jeudi, janvier 22, 2026

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Edito: La FINUL sous pression, un regard libanais sur un jeu géopolitique dangereux

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Depuis sa création en 1978, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) occupe une place complexe dans le paysage libanais. Chargée de surveiller la cessation des hostilités entre Israël et le Liban, de veiller au respect de la Ligne bleue et d’appuyer l’Armée libanaise au sud du Litani, elle est à la croisée des tensions régionales. Ces derniers mois, des pressions croissantes exercées par Israël et les États-Unis pour remettre en cause la présence de la FINUL soulèvent des interrogations graves. Cherchent-ils à écarter un témoin des violations du droit international ? Ou à pousser le Liban, déjà fragilisé, vers une instabilité interne propice à un conflit civil ? Cet éditorial explore, depuis une perspective libanaise, les faits et les enjeux de cette offensive contre la FINUL.

Une mission sous tension

Établie après l’invasion israélienne de 1978 et renforcée par la résolution 1701 de 2006, la FINUL déploie environ 10 000 Casques bleus issus de 49 pays. Son mandat : maintenir la stabilité dans le sud du Liban, une région historiquement volatile. Pour les habitants du Sud, la FINUL est une présence à double visage. Elle apporte un soutien humanitaire, crée des emplois locaux et offre une forme de protection symbolique face aux incursions israéliennes. Mais elle est aussi critiquée pour sa passivité face aux violations, notamment les survols illégaux de l’espace aérien libanais par Israël – plus de 22 000 recensés entre 2006 et 2023, selon l’Armée libanaise – ou les frappes ciblées. Malgré ces failles, la FINUL demeure un observateur international dont les rapports documentent les infractions des deux côtés, un rôle qui semble gêner certains acteurs.

Une campagne contre la FINUL

Depuis l’escalade des tensions régionales en 2023, Israël a intensifié ses critiques contre la FINUL. Des responsables, comme le ministre de la Défense Yoav Gallant, l’ont accusée de « protéger le Hezbollah » ou d’être inefficace. Ces déclarations s’accompagnent d’incidents concrets : tirs à proximité des positions de la FINUL, restrictions imposées à ses patrouilles et pressions diplomatiques pour réduire son mandat ou son financement. Les États-Unis, principal allié d’Israël au Conseil de sécurité, appuient cette ligne en suggérant une « redéfinition » du rôle de la FINUL, arguant qu’elle ne remplit pas ses objectifs.

Ces pressions ne sont pas neutres. Les rapports de la FINUL, bien que prudents, consignent les violations de la Résolution 1701, y compris les incursions israéliennes. En affaiblissant la mission, Israël et les États-Unis pourraient chercher à agir sans témoins internationaux, rendant leurs actions moins visibles. Sans la FINUL, le sud du Liban risque de devenir un espace opaque, où les escalades militaires pourraient se multiplier sans contrôle extérieur.

Un risque de déstabilisation interne

Au-delà de l’aspect régional, la remise en cause de la FINUL menace la cohésion interne du Liban. Le pays, asphyxié par une crise économique, une paralysie politique et des fractures communautaires, est un terrain fertile pour les manipulations extérieures. En présentant la FINUL comme partiale ou inefficace, les discours israéliens et américains trouvent un écho dans certaines franges de la population libanaise. Des factions politiques, déjà sceptiques vis-à-vis de la force onusienne, pourraient exploiter ces critiques pour accuser les autorités d’être « complices » d’une mission perçue comme alignée sur des intérêts étrangers.

Ce narratif alimente un clivage dangereux. D’un côté, les défenseurs de la FINUL, souvent proches du gouvernement ou des partis modérés, risquent d’être qualifiés de « pro-israéliens », creusant un fossé avec une partie de la population. De l’autre, le Hezbollah, acteur incontournable au Sud, entretient une relation ambiguë avec la FINUL, entre coopération pragmatique et méfiance. Un retrait de la FINUL pourrait pousser le mouvement à renforcer son contrôle sur la région, exacerbant les tensions avec d’autres communautés. L’Armée libanaise, déjà fragilisée, pourrait elle aussi être accusée de « collusion » avec des forces extérieures, sapant davantage la légitimité de l’État.

Une stratégie aux multiples facettes

La remise en cause de la FINUL s’inscrit dans un calcul plus large. Un Liban déstabilisé, plongé dans des tensions internes, serait moins à même de défendre ses intérêts face à Israël, que ce soit sur les frontières maritimes, les ressources gazières ou la souveraineté territoriale. Un vide sécuritaire au Sud, laissé par un éventuel départ de la FINUL, risquerait de transformer la région en un théâtre d’affrontements directs entre Israël et le Hezbollah, avec des civils pris en étau. Les communautés locales, déjà frappées par la pauvreté, perdraient un soutien humanitaire crucial.

Sur le plan régional, l’affaiblissement de la FINUL servirait les intérêts de ceux qui souhaitent opérer sans contraintes. Les rapports de l’ONU, bien que parfois édulcorés, constituent une archive des violations, un outil que le Liban peut mobiliser pour défendre sa cause à l’international. En éliminant ce témoin, les pressions extérieures sur le Liban pourraient s’intensifier sans frein.

Une réponse libanaise à construire

Face à ces défis, le Liban se trouve à un carrefour. Les autorités, malgré leurs divisions, doivent réaffirmer leur soutien à la FINUL et exiger le respect de son mandat. L’Armée libanaise, en coordination avec les Casques bleus, devrait renforcer sa présence au Sud pour prévenir tout vide sécuritaire. Sur le plan diplomatique, Beyrouth doit mobiliser ses alliés, comme la France ou la Chine, pour contrer les pressions au Conseil de sécurité.

Mais la réponse ne peut être seulement institutionnelle. La société libanaise, confrontée à des narratifs qui attisent la méfiance, doit faire preuve de discernement. Les médias et la société civile ont un rôle clé pour déconstruire les discours visant à diviser. La FINUL, malgré ses limites, reste un rempart contre l’escalade et un symbole de la présence internationale au Liban. Sa marginalisation ne servirait que ceux qui prospèrent dans le chaos.

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Newsdesk Libnanews
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