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Edito: La journée mondiale de la langue arabe entre traditions et modernité

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La Journée mondiale de la langue arabe, célébrée chaque 18 décembre, est une occasion précieuse de réfléchir sur la place qu’occupe cette langue millénaire dans la société libanaise. Au Liban, l’arabe n’est pas qu’un simple outil de communication. Elle est le pilier d’une identité riche, forgée par des siècles d’histoire, et un vecteur de création culturelle à travers des figures littéraires d’exception. Pourtant, son avenir dans le pays des cèdres soulève des interrogations face à l’émergence des langues étrangères et les défis de la mondialisation.

Une langue au carrefour des influences

Le Liban occupe une position singulière dans le monde arabe. Carrefour entre Orient et Occident, il a toujours été un terrain fertile pour les échanges linguistiques et culturels. Si l’arabe est la langue officielle, le français et l’anglais y occupent une place importante, tant dans les institutions éducatives que dans les médias. Cette coexistence multilingue, bien que souvent perçue comme une richesse, alimente un débat récurrent : celui de la préservation de l’arabe face à une certaine érosion culturelle.

Dans les grandes écoles et universités du pays, de plus en plus de matières sont enseignées en anglais ou en français, souvent au détriment de l’arabe. Ce phénomène, couplé à l’essor des technologies et des réseaux sociaux, accentue le risque d’un désamour générationnel envers une langue perçue par certains jeunes comme moins moderne. Pourtant, l’arabe est au cœur de l’identité libanaise, et il reste un vecteur essentiel de la mémoire collective.

Une tradition littéraire rayonnante

Malgré les défis, le Liban continue d’être une terre de création littéraire en langue arabe. Depuis des siècles, il a vu naître des auteurs et penseurs qui ont marqué l’histoire culturelle du monde arabe. Parmi eux, Gibran Khalil Gibran, bien qu’écrivant également en anglais, a offert au monde des œuvres majeures en arabe, dont Les Esprits Rebelles, qui abordent les luttes pour la liberté et la justice.

Un autre nom incontournable est celui de Mikhaïl Naïma, membre fondateur de la célèbre Ligue de la plume (Al-Rabita al-Qalamiyya), qui a largement contribué à moderniser la littérature arabe en intégrant des thèmes philosophiques et spirituels. Ses essais, ses poèmes et ses pièces de théâtre continuent d’inspirer de nouvelles générations.

La poésie libanaise, quant à elle, a été portée par des figures telles que Said Akl, connu pour sa maîtrise de l’arabe classique et son engagement pour une identité libanaise distincte. Son style poétique, empreint de mysticisme et d’élégance, a influencé de nombreux écrivains arabophones.

Plus récemment, des auteurs contemporains comme Hoda Barakat, lauréate du prestigieux prix international de la fiction arabe, rappellent que l’arabe demeure une langue de créativité et de réflexion sur les enjeux modernes, qu’ils soient politiques, sociaux ou identitaires.

L’arabe face aux défis contemporains

Cependant, la place de la langue arabe au Liban ne se limite pas à sa dimension littéraire. Elle est aussi le reflet de tensions politiques et sociales. La diversité confessionnelle et communautaire du Liban a parfois influencé les attitudes vis-à-vis de l’arabe. Certaines communautés la perçoivent comme une langue unificatrice, tandis que d’autres préfèrent mettre en avant leur appartenance à des cultures francophones ou anglophones.

Face à ces dynamiques complexes, la Journée mondiale de la langue arabe invite à une réflexion collective. Comment redonner à l’arabe sa place centrale dans l’éducation et la vie publique sans renier l’héritage multilingue du Liban ? Comment transmettre aux jeunes générations l’amour d’une langue qui porte en elle une si riche tradition tout en étant un outil de modernité ?

Le rôle des institutions culturelles

Des initiatives existent pour raviver l’intérêt pour l’arabe. Les festivals littéraires, comme ceux organisés à Beyrouth, mettent en avant des auteurs arabophones. Les écoles sont encouragées à diversifier leurs approches pédagogiques pour rendre l’apprentissage de l’arabe plus accessible et attractif. Mais ces efforts restent insuffisants sans une véritable politique nationale de promotion de la langue.

En ce jour symbolique, il est essentiel de rappeler que l’arabe n’est pas simplement une langue ancienne et poétique. Elle est un miroir des aspirations et des luttes du peuple libanais, un lien avec le passé et une fenêtre ouverte sur l’avenir. C’est par elle que s’écrira, en partie, le renouveau culturel et social du Liban.

La langue arabe, au Liban comme ailleurs, est une richesse qui doit être chérie, protégée et portée avec fierté. Elle est le témoignage vivant d’une histoire partagée et d’une capacité de résilience inégalée face aux défis du présent.

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Newsdesk Libnanews
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