Dans la nuit du 17 au 18 septembre, depuis Londres où il effectuait une visite d’État, le président Donald Trump a franchi un nouveau cap dans son offensive contre les institutions démocratiques en désignant le mouvement Antifa comme « organisation terroriste majeure » via un message sur Truth Social. Cette annonce, survenant une semaine après l’assassinat de Charlie Kirk, figure du conservatisme et fondateur de Turning Point USA, s’inscrit dans un climat de polarisation où la Maison Blanche instrumentalise un drame pour justifier une traque idéologique. Qualifiant Antifa de « SICK, DANGEROUS, RADICAL LEFT DISASTER », Trump promet de poursuivre ses financeurs présumés, une rhétorique évoquant les chasses aux sorcières du maccarthysme. Mais cette mesure n’est qu’un pan d’une stratégie plus vaste, où l’administration s’attaque à la liberté de la presse, à la recherche scientifique et à l’autonomie universitaire, tout en consolidant son emprise sur les sphères financières. Avec plus de 1 247 journalistes licenciés depuis janvier, des gels de fonds pour les études climatiques et vaccinales, des enquêtes contre 52 universités pour leurs programmes de diversité, et une complaisance de Wall Street face à un président aux allures de monarque, cette dérive autoritaire menace les contrepoids démocratiques. Les tentatives de censure sur les enquêtes liées à Jeffrey Epstein renforcent l’image d’un pouvoir exécutif prêt à écraser toute dissidence pour imposer sa vision.
L’assassinat de Kirk, le 10 septembre à l’université de l’Utah Valley, a servi de catalyseur. Les douilles gravées de slogans antifascistes – « Hey fascist ! Catch ! » et des références à « Bella ciao » – ont été exploitées pour accuser Antifa, bien que le suspect, Tyler Robinson, 22 ans, inculpé pour meurtre au premier degré, n’ait pas de lien formel avec le mouvement. « Nous avons des lunatiques de la gauche radicale, et nous les arrêterons », a tonné Trump avant son départ pour Londres. Cette instrumentalisation, couplée à des pressions sur les médias, des purges scientifiques et universitaires, et une mainmise économique, dessine un tableau alarmant : un régime où la liberté d’expression et le savoir sont sacrifiés au nom d’un contrôle partisan.
Antifa : un épouvantail pour une croisade idéologique
La désignation d’Antifa comme organisation terroriste, bien que symbolique, illustre une volonté de criminaliser l’opposition idéologique. Annoncée depuis Londres, elle fait écho à une promesse de 2020, lorsque Trump accusait le mouvement d’orchestrer les violences post-George Floyd. À l’époque, William Barr, procureur général, avait mobilisé le FBI sans aboutir à une labellisation, freiné par la nature diffuse d’Antifa. Ce réseau d’activistes anti-fascistes, sans hiérarchie ni membres recensés, est une idéologie plus qu’une organisation, comme l’avait souligné Christopher Wray en 2020 : « Antifa n’est pas une entité structurée comme Al-Qaïda. » Pourtant, l’administration persiste. Stephen Miller, vice-chef de cabinet, promet de « démanteler » les groupes radicaux, tandis que Trump évoque des poursuites RICO contre leurs financeurs. Mary McCord, ex-responsable du Département de la Justice, avertit : « Aucune loi fédérale ne permet de classer une idéologie domestique comme terroriste ; cela ouvre la porte à des abus. » Malcolm Nance, analyste, va plus loin : « C’est une tactique fasciste pour cibler tout dissident. »
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Le meurtre de Kirk fournit un prétexte idéal. Tué lors d’un discours sur l’immigration illégale, cet allié de Trump incarnait une droite combative. Erika Kirk, sa veuve, a déclaré le 13 septembre : « Charlie défendait la foi et le patriotisme ; sa mort exige justice. » Le suspect, Tyler Robinson, arrêté après identification par sa mère, avait exprimé une haine personnelle contre Kirk, sans lien organisationnel. Le FBI, sous Kash Patel, interroge 20 contacts, mais des fuites révèlent une politisation des enquêtes. La sénatrice Lisa Murkowski, républicaine modérée, exprime son malaise : « Près de la moitié des électeurs de 2024 craignaient un glissement autocratique. Ces mesures ne rassurent personne. »
La presse bâillonnée : l’affaire Kimmel et une vague de licenciements
L’offensive contre les médias atteint un paroxysme avec l’affaire Jimmy Kimmel. Le 14 septembre, l’animateur d’ABC a qualifié le meurtre de Kirk de « tragédie prévisible dans un climat de haine trumpien ». La réplique est immédiate : Stephen Miller l’accuse de « banaliser le terrorisme », et Brendan Carr, président de la FCC, menace le 16 septembre de révoquer les licences d’ABC et Disney, invoquant des « contenus menaçant la cohésion nationale ». Le lendemain, Disney suspend l’émission, officiellement pour « raisons éthiques ». Des sources internes pointent une pression directe de la FCC. Depuis janvier, le Committee to Protect Journalists (CPJ) recense 1 247 licenciements ou démissions forcées, dont 500 à Voice of America sous Kari Lake, qui justifie ces purges par la lutte contre le « wokisme ». John Brinkley, ex-correspondant de VOA, témoigne : « C’était une chasse aux sorcières méthodique. »
Le 3 juin, Trump a proposé de couper 1,1 milliard de dollars aux budgets de NPR et PBS, accusés de « biais anti-américain ». Le budget 2026 réduit de 30 % les subventions aux médias indépendants. Karen Attiah, licenciée du Washington Post pour un tweet sur la violence politique, et Don Lemon, évincé de CNN, illustrent cette autocensure. Reporters Sans Frontières (RSF) dénonce une « démolition » de la presse libre, avec 312 plaintes pour harcèlement de journalistes. Just Security alerte : « Trump légitime une violence rhétorique qui menace physiquement les reporters. »
Le tabou Epstein : une censure ciblée
Les enquêtes sur les liens de Trump avec Jeffrey Epstein subissent une censure brutale. Le 12 février, le Miami Herald a licencié Alex Mena après un article sur les visites de Trump à la résidence d’Epstein. Le 4 avril, un documentaire PBS sur Epstein a été annulé sous pression de la Maison Blanche, menaçant une coupe budgétaire de 20 %. En mai, le New York Times a reçu une mise en demeure de 15 milliards pour un article sur des paiements à des associés d’Epstein. Julie K. Brown, figure des révélations Epstein, rapporte un harcèlement en ligne orchestré par des comptes pro-Trump. Margaret Sullivan, ex-ombudsman du Post, note : « Les rédactions autocensurent par peur des représailles financières et judiciaires. »
L’autodafé scientifique : climat et vaccins sous le joug
L’administration mène une croisade contre la science, ciblant les recherches climatiques et vaccinales. Le 6 février, le National Security Archive révélait la suppression de données climatiques des sites fédéraux. Le Sabin Center recense 57 cas de censure, incluant l’effacement de termes comme « changement climatique ». En avril, 300 chercheurs de l’USGS ont été licenciés ou réaffectés. Le 9 septembre, un rapport sénatorial dénonçait 57 décisions unscientifiques favorisant l’industrie fossile. Le Grantham Research Institute alerte sur une campagne de déni climatique, tandis que le Harvard Cyberlaw Clinic note un accès restreint aux données publiques.
En santé publique, le 15 septembre, Robert F. Kennedy Jr. a gelé 500 millions de dollars pour la recherche mRNA, qualifiant les vaccins de « dogme de Big Pharma ». L’OMS a dénoncé un « coup dur » à la préparation pandémique. Le 12 septembre, Yahoo News révélait un contrat sans appel d’offres pour des études sur vaccins et autisme, aligné sur des thèses anti-vaccinales. Le 15 septembre, le Tennessee Lookout rapportait une coupe de 2 millions pour un centre HIV. L’AAAS recense des annulations de réunions FDA, et Global Biodefense critique un ordre limitant les recherches gain-of-function.
Les universités au pas : une purge des programmes DEI
Les universités subissent une mise au pas méthodique. Le 14 mars, NPR rapportait des enquêtes contre 52 universités pour leurs admissions jugées « biaisées ». Le 23 avril, un ordre exécutif a imposé des politiques conservatrices, gelant des fonds pour les campus promouvant la diversité. Le 8 mai, CNN révélait des menaces contre l’accréditation des universités DEI. Harvard a résisté, mais d’autres négocient sous pression. L’AAUP alerte sur une « ingérence dangereuse », tandis que des employés de l’Université de Californie poursuivent l’administration pour « coercition financière ».
Wall Street à la cour du roi Trump
Dans les milieux financiers, Trump cultive une image monarchique. Mar-a-Lago génère 50 millions de dollars annuels, quintuplés depuis 2014. Le Dow Jones a bondi de 5 % post-élection, porté par des promesses de dérégulation. Scott Bessent, au Trésor, rassure Wall Street : « Les fusions-acquisitions prospéreront. » Reuters anticipe un boom pour Goldman Sachs. Les enquêtes sur les financeurs d’Antifa, scrutés via des lois anti-blanchiment, visent des philanthropes comme George Soros, sans preuves solides. Le Pentagone surveille les posts militaires, les employés fédéraux sont incités à dénoncer les dissidents, et des visas d’activistes risquent la révocation, tandis que le FBI et l’ATF traquent les flux financiers progressistes, alignant l’économie sur l’agenda répressif.



