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Éditorial : La France et ses alliés sous la pression israélo-américaine

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À l’approche de septembre 2025, où la France s’apprête à reconnaître l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale des Nations unies, les tensions avec Israël et les États-Unis atteignent un point critique. L’accusation quasi d’antisémitisme portée contre Emmanuel Macron par l’ambassadeur américain en France, Charles Kushner – père de Jared Kushner, proche de Benjamin Netanyahou et gendre de Donald Trump – marque une rupture diplomatique majeure. Relayée par l’Agence France-Presse, cette charge fait écho à une lettre du 17 août où Netanyahou reproche à Paris d’« alimenter le feu antisémite » par sa politique pro-palestinienne. L’ironie est amère : l’envoyé américain, successeur de Benjamin Franklin, figure des Lumières et défenseur de la liberté des peuples, s’oppose au droit des Palestiniens à un État, trahissant les valeurs fondatrices de l’alliance franco-américaine scellée en 1778.

Cette offensive ne vise pas seulement la France : l’Australie, le Royaume-Uni, le Canada et d’autres nations ralliées à la reconnaissance palestinienne subissent des pressions similaires, révélant une stratégie concertée pour freiner ce mouvement. Jared Kushner, architecte des accords d’Abraham, aggrave ce dévoiement en marginalisant la question palestinienne, notamment par des propositions controversées de redéveloppement de Gaza au détriment de ses habitants.L’accusation d’antisémitisme contre Macron est une arme rhétorique aussi grave qu’infondée.

En liant la reconnaissance de la Palestine à une prétendue montée de la haine antijuive, Kushner et Netanyahou cherchent à discréditer une initiative visant à relancer la solution à deux États, asphyxiée par des décennies de colonisation israélienne. Benjamin Haddad, ministre délégué aux Affaires étrangères, a dénoncé des allégations « abjectes », rappelant l’engagement de la France à protéger sa communauté juive, la plus importante d’Europe occidentale avec 500 000 personnes. Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, les actes antisémites ont augmenté, mais les autorités ont renforcé la sécurité des synagogues et des écoles, comme l’atteste le dernier rapport du ministère de l’Intérieur.

Cette rhétorique n’est pas unique à la France. L’Australie, qui a annoncé le 11 août sa reconnaissance de la Palestine, s’est vue accusée par l’envoyé israélien Amir Maimon d’« élever la position du Hamas », tandis que l’Executive Council of Australian Jewry a dénoncé une « trahison ». Le Royaume-Uni, sous Keir Starmer, a été critiqué par le département d’État américain pour un « coup dans le visage » des victimes du 7 octobre. Le Canada, conditionnant sa reconnaissance à des réformes palestiniennes, subit des menaces de tarifs douaniers de Trump.

Ces attaques, qu’elles invoquent l’antisémitisme ou la complicité avec le terrorisme, traduisent un effort coordonné pour délégitimer toute reconnaissance palestinienne.

L’initiative française, officialisée le 24 juillet par une lettre à Mahmoud Abbas, s’inscrit dans une ambition plus large : réanimer la solution à deux États face à l’impasse des négociations. En co-organisant une conférence avec l’Arabie saoudite, Paris a rallié le Royaume-Uni, le Canada, le Portugal, Malte, la Finlande, le Luxembourg, San Marino, Andorre et la Nouvelle-Zélande, portant à 147 le nombre d’États reconnaissant la Palestine.

Cette démarche, saluée par Mathilde Panot et la gauche française, suscite l’ire de la droite : Marine Le Pen fustige une « reconnaissance d’un État terroriste », tandis que François-Xavier Bellamy critique une précipitation alors que 49 otages restent captifs à Gaza, dont 27 déclarés morts, et que le Hamas n’a pas renoncé à son arsenal. L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a ironisé sur un « Franc-en-Stine » sans frontières claires, reflétant un scepticisme international.

Pourtant, la France persiste, portée par l’urgence humanitaire à Gaza, où les images d’enfants affamés et les alertes des ONG contrastent avec les propositions de Jared Kushner. Ce dernier, selon des sources critiques, envisage un redéveloppement économique de Gaza qui marginaliserait ses habitants, s’inscrivant dans la logique des accords d’Abraham, qui ont privilégié la normalisation entre Israël et des États arabes au détriment d’un État palestinien.

Cette fermeté expose Paris à une offensive israélo-américaine d’une rare virulence. La lettre de Netanyahou, exigeant une action contre l’antisémitisme avant Roch Hachana le 23 septembre, adopte un ton comminatoire qui outrepasse les usages diplomatiques. Marco Rubio qualifie la décision française d’« imprudente », et Trump la juge « sans importance ». La nomination de Charles Kushner, lié à Netanyahou via son fils Jared, incarne ce front commun.

Les accords d’Abraham, portés par Jared Kushner sous l’administration Trump, ont sciemment relégué la question palestinienne, favorisant des alliances économiques avec Israël sans aborder la création d’un État palestinien. La convocation de Kushner par le Quai d’Orsay le 25 août, pour violation de la Convention de Vienne de 1961, traduit la gravité de la crise franco-américaine.

Ce camouflet contraste avec l’héritage de Franklin, dont l’alliance de 1778 avec la France reposait sur un idéal de liberté. Condamner aujourd’hui le droit palestinien à un État bafoue cet héritage, transformant une amitié historique en un levier de pression.

Cette crise exacerbe les fractures internes en France. Le Crif, par Yonathan Arfi, s’oppose à la reconnaissance, craignant des tensions communautaires dans un pays abritant à la fois la plus grande communauté juive d’Europe et une importante population arabo-musulmane. À gauche, on dénonce l’instrumentalisation de l’antisémitisme pour faire plier Macron ; à droite, on reproche une naïveté face au Hamas.

Cette polarisation n’est pas propre à la France : au Royaume-Uni, les groupes pro-israéliens dénoncent une « politique vide », tandis qu’en Australie, les critiques internes parlent de « trahison ». Ces divisions reflètent une difficulté universelle à débattre du conflit israélo-palestinien sans dérapages. Les pays moins influents, comme Malte ou la Finlande, semblent attirer moins de foudre, mais leur ralliement à la reconnaissance les expose à des pressions similaires, quoique moins médiatisées.

En défiant l’hégémonie israélo-américaine, la France joue un pari audacieux mais risqué. Sans sanctions européennes contre la colonisation israélienne, comme le réclament Elie Barnavi et Vincent Lemire, et sans avancées sur la libération des otages ou la démilitarisation du Hamas, la reconnaissance pourrait rester un symbole. Les attaques contre Paris, Canberra, Londres et Ottawa – accusations de terrorisme, menaces économiques, insinuations d’antisémitisme – révèlent une stratégie d’intimidation.

Pourtant, cette pression pourrait, paradoxalement, renforcer la détermination de Macron à défendre l’indépendance de la France. Face à ceux qui, loin des idéaux de Franklin, privilégient la realpolitik et les alliances économiques, Paris tente de redonner vie à une solution à deux États, fidèle à ses principes universalistes, dans un conflit où chaque geste est un combat.

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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