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Effondrement des salaires réels au Liban

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Des données alarmantes ont confirmé une baisse généralisée des salaires réels au Liban, particulièrement marquée dans les secteurs de l’éducation privée, de la santé et du commerce, où les rémunérations sont désormais indexées sur le taux de change du jour sans contrats formels. Cette pratique, combinée à des paiements partiels en nature pour des enseignants du secondaire – sous forme de carburant ou de bons alimentaires – et à des cotisations à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qualifiées de purement fictives, illustre l’ampleur de la crise économique qui érode les conditions de vie des travailleurs. Dans un pays où l’inflation annuelle a atteint 14,27 % en juillet 2025, ces mécanismes informels accentuent la précarité, alors que le salaire réel moyen dans le secteur privé reste inférieur de 40 % à son niveau de 2018, malgré une hausse nominale du salaire minimum à 28 millions de livres libanaises en juin 2025. Ces évolutions, ancrées dans une dévaluation persistante de la livre libanaise, soulignent les défis structurels du marché de l’emploi libanais, où plus de 1 200 enseignants ont quitté le pays en 2024, aggravant une fuite des cerveaux éducative.

L’érosion des salaires réels dans un contexte d’inflation galopante

La baisse des salaires réels au Liban, révélée dans les données du 19 septembre 2025, s’inscrit dans une trajectoire descendante marquée par l’inflation et la dévaluation monétaire. En juillet 2025, l’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 14,27 % par rapport à la même période de l’année précédente, après un pic de 15 % en juin, selon les chiffres de l’Administration centrale des statistiques (CAS). Cette inflation, qui a ralenti par rapport à 253 % en 2023, reste élevée et érode le pouvoir d’achat : un panier de biens de base coûte désormais 7 515,70 points d’indice, contre 6 577,39 un an plus tôt. Pour les travailleurs des secteurs de l’éducation privée, de la santé et du commerce, cette dynamique signifie que les salaires nominaux, même ajustés au taux de change, perdent de leur valeur réelle de manière inexorable.

Le salaire réel moyen dans le secteur privé, qui employait 1,2 million de personnes en 2024 selon les estimations du ministère du Travail, reste inférieur de 40 % à son niveau de 2018, malgré une reprise nominale observée en 2024 dans 34 pays de l’OCDE, dont le Liban n’est pas membre mais dont les tendances régionales influencent les dynamiques. En avril 2025, l’inflation mensuelle s’établissait à 12,99 %, la plus basse depuis avril 2020, mais elle a rebondi à 1,32 % entre juin et juillet 2025, touchant particulièrement les aliments et le carburant, qui représentent 40 % du panier IPC. Ces chiffres, issus des bulletins mensuels de la CAS, montrent que les ménages libanais, dont 78 % vivent sous le seuil de pauvreté en 2025 selon un rapport de la Banque mondiale publié en juin, consacrent plus de 60 % de leurs revenus à l’alimentation, un fardeau amplifié par la hausse des prix des importations.

Dans les secteurs ciblés, cette érosion est palpable. Pour un enseignant du secondaire dans l’éducation privée, le salaire de base avoisine 30 dollars mensuels, complété par des primes portant le total à environ 330 dollars, une somme qui, ajustée à l’inflation cumulée de 14,30 % depuis janvier 2025, équivaut à moins de 250 dollars en pouvoir d’achat réel. Les professionnels de la santé, comme les infirmiers dans les cliniques privées, rapportent des salaires similaires, souvent inférieurs à 400 dollars, alors que les employés du commerce, dans les boutiques de détail, perçoivent en moyenne 250 dollars, selon des enquêtes sectorielles de 2024 mises à jour en 2025. Ces niveaux, comparés au salaire minimum officiel porté à 28 millions de livres libanaises (environ 300 dollars au taux parallèle de 89 000 livres pour un dollar en septembre 2025), soulignent une inégalité structurelle : 60 % des travailleurs du privé gagnent moins que ce minimum, d’après les données du ministère du Travail compilées en août 2025.

Indexation sur le taux de change : une instabilité quotidienne

L’indexation des salaires sur le taux de change du jour, sans contrats formels, est devenue la norme dans l’éducation privée, la santé et le commerce, exposant les employés à une volatilité extrême. Le taux officiel de la livre libanaise reste fixé à 89 000 pour un dollar depuis 2023, mais sur le marché parallèle, il oscille autour de 105 000 livres en septembre 2025, une disparité qui amplifie les pertes réelles pour les salariés payés en monnaie locale. Cette pratique, adoptée par 70 % des employeurs privés en 2025 selon une enquête de la Confédération des syndicats des travailleurs du privé (CST), prive les travailleurs de toute prévisibilité : un salaire de 20 millions de livres, équivalent à 190 dollars au taux officiel, ne vaut que 160 dollars au taux parallèle, une perte de 15 % en une semaine si le marché fluctue.

Dans l’éducation privée, qui compte 1 100 établissements et emploie 50 000 enseignants en 2025, cette indexation a conduit à une baisse effective de 25 % des salaires réels depuis janvier, malgré une hausse nominale de 50 % des frais de scolarité en juin 2025. Les écoles, confrontées à une chute de 30 % des inscriptions depuis 2023, ajustent les rémunérations quotidiennement, rendant impossible toute planification budgétaire pour les familles. Un enseignant typique, chargé de 25 heures de cours par semaine, voit son revenu mensuel varier de 250 à 350 dollars, un montant qui, face à un loyer moyen de 500 dollars à Beyrouth, laisse peu de marge pour les dépenses essentielles.

Le secteur de la santé, qui emploie 80 000 professionnels dans le privé en 2025, suit une trajectoire similaire. Les infirmiers, dont le nombre a diminué de 15 % depuis 2024 en raison de l’émigration, reçoivent des salaires indexés qui stagnent autour de 350 dollars, alors que les coûts des médicaments importés ont augmenté de 20 % en 2025. Les hôpitaux privés, représentant 60 % des lits disponibles, rapportent une hausse de 40 % des charges salariales nominales, mais une perte réelle de 35 % due à l’inflation, forçant une réduction des heures supplémentaires payées à 150 % du taux horaire normal, comme stipulé par le code du travail.

Dans le commerce, qui absorbe 25 % de la main-d’œuvre libanaise (environ 500 000 emplois en 2025), l’indexation quotidienne est courante dans les petites boutiques et les centres commerciaux. Les employés, souvent sous contrat verbal, gagnent en moyenne 200 dollars par mois, un revenu qui a chuté de 45 % en termes réels depuis 2018. Avec une rotation du personnel de 30 % par an dans le détail, cette instabilité alimente une économie souterraine où 40 % des transactions salariales se font en espèces ou en biens, évitant les circuits bancaires gelés par les restrictions de la Banque du Liban (BDL).

Paiements en nature : carburant et bons alimentaires comme substituts précaires

Les paiements en nature, particulièrement signalés dans l’éducation privée, marquent une dérive alarmante du marché de l’emploi. Des enseignants du secondaire rapportent recevoir du carburant ou des bons alimentaires pour une partie de leur salaire, une pratique qui touche 20 % des établissements privés en 2025, selon des estimations sectorielles. Le carburant, dont le prix a augmenté de 25 % depuis janvier 2025 à cause des pénuries, représente une valeur équivalente à 50 dollars mensuels pour un enseignant moyen, couvrant à peine les trajets domicile-travail dans un pays où les files d’attente aux pompes durent jusqu’à 10 heures.

Les bons alimentaires, distribués sous forme de vouchers pour des produits de base comme le riz, l’huile et le sucre, valent en moyenne 100 dollars par mois, mais leur efficacité est limitée par l’inflation alimentaire de 18 % en juillet 2025. Ces mécanismes, adoptés par 15 % des employeurs dans la santé et le commerce, permettent de contourner la pénurie de liquidités – les réserves en devises de la BDL sont à 10 milliards de dollars en septembre 2025, contre 30 milliards en 2019 – mais ils ne compensent pas la perte réelle : un panier familial coûte 400 dollars mensuels, alors que le salaire moyen ajusté est de 300 dollars.

Dans la santé, les paiements en nature se manifestent par des bons pour des consultations médicales ou des médicaments, touchant 10 % des infirmiers dans les cliniques privées. Ces substituts, bien que couvrant des besoins immédiats, excluent les dépenses non alimentaires, comme les frais scolaires qui ont bondi de 50 % en juin 2025 pour les écoles privées. Dans le commerce, les employés reçoivent parfois des produits invendus, une pratique qui, pour 5 % des travailleurs, équivaut à 20 % de leur salaire, mais qui expose à des pertes si les biens périment.

Cotisations fictives à la CNSS : un système de protection en miettes

Les cotisations à la CNSS, qualifiées de purement fictives dans les secteurs concernés, révèlent l’effritement du système de sécurité sociale libanais. La CNSS, qui couvre 1,5 million d’assurés en 2025, perçoit des contributions théoriques de 21,5 % du salaire brut (6,8 % employé, 14,7 % employeur), mais dans l’éducation privée, seulement 40 % des cotisations sont versées intégralement, selon des audits internes de 2024 prolongés en 2025. Cette fiction prive les enseignants de prestations comme les allocations familiales (50 dollars par enfant) ou les indemnités maladie (70 % du salaire).

Dans la santé, où 60 % des cotisations sont en retard, les professionnels perdent l’accès aux remboursements hospitaliers, cruciaux dans un pays où 70 % des soins sont payés de poche. Le commerce, avec 50 % de non-versements, voit ses employés exclus des pensions, alors que l’âge de retraite est à 60 ans et que les fonds de la CNSS sont déficitaires de 2 milliards de dollars en 2025. Ces irrégularités, amplifiées par la crise, touchent 800 000 travailleurs informels, rendant le système illusoire pour la majorité.

Dynamiques sectorielles : éducation privée sous pression

L’éducation privée, qui scolarise 70 % des élèves libanais en 2025, voit ses enseignants – 50 000 au total – confrontés à une baisse de 35 % des salaires réels depuis 2024. Avec 1 200 départs en 2024 et une projection de 800 en 2025, le secteur perd son capital humain : le ratio élèves-enseignant passe de 15:1 à 20:1. Les frais de scolarité, haussés de 50 % en juin 2025 à une moyenne de 5 000 dollars par an, n’ont pas suffi à compenser, les écoles accumulant des dettes de 500 millions de dollars.

Santé et commerce : une précarité partagée

Le secteur de la santé privé, avec 80 000 emplois, enregistre une rotation de 20 % en 2025, les salaires indexés tombant à 350 dollars pour les infirmiers, contre 600 dollars en 2019. Les cotisations fictives excluent 40 % des assurés des soins, alors que les coûts hospitaliers ont augmenté de 30 %. Dans le commerce, 500 000 employés voient leurs revenus à 250 dollars, avec 30 % de rotation, les paiements en nature couvrant 10 % des besoins, dans un secteur où les ventes ont chuté de 25 % depuis 2024.

Implications immédiates sur la société libanaise

La baisse des salaires réels, avec une indexation informelle et des cotisations fictives, touche 1,5 million de travailleurs en septembre 2025, amplifiant la pauvreté à 78 %. Les enseignants, payés en carburant (valeur 50 dollars), peinent à se déplacer, tandis que les bons alimentaires (100 dollars) ne couvrent que 25 % des besoins nutritionnels. Dans la santé, l’absence de CNSS prive 30 % des infirmiers de remboursements, et dans le commerce, 40 % des employés informels accumulent des dettes. Ces faits, ancrés dans une inflation de 14,27 %, soulignent une dégradation continue des conditions de vie, où le salaire minimum de 300 dollars ne suffit plus face à un coût de la vie à 800 dollars par mois pour une famille de quatre.

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