Dans un contexte de tensions persistantes sur l’infrastructure libanaise, le bureau du Premier ministre Nawaf Salam a annoncé, ce lundi 9 février 2026, l’évacuation de 16 bâtiments présentant des fissures importantes dans la ville de Tripoli, au nord du pays. Cette mesure, prise en application des décisions émises le même jour par le chef du gouvernement, touche 161 familles et s’accompagne du lancement de travaux de renforcement sur sept édifices jugés réparables, selon les rapports techniques officiels. Cette intervention rapide vise à préserver la sécurité publique, tout en intégrant un soutien social et sanitaire pour les personnes affectées, illustrant la mobilisation des autorités face à des risques récurrents dans une région marquée par la précarité économique.
Cette annonce intervient alors que la ville de Tripoli, deuxième agglomération du Liban avec plus de 500 000 habitants, continue de pâtir d’un héritage de négligences accumulées. Les bâtiments concernés, situés dans des quartiers populaires comme Bab al-Tabbaneh, présentent des dégradations liées à l’âge des constructions, à l’absence d’entretien régulier et aux impacts résiduels des secousses sismiques passées. Selon les détails fournis par le communiqué officiel, 46 familles parmi les 161 évacuées ont déjà été relogées dans des centres d’hébergement temporaires, tandis que l’ensemble des ménages bénéficie désormais d’une inclusion dans les programmes d’assistance nationale. Cette opération s’inscrit dans une stratégie intégrée, alliant actions sur le terrain et mesures administratives, pour répondre à une urgence qui n’est pas isolée mais reflète des dysfonctionnements plus profonds au sein du tissu urbain libanais.
Le Premier ministre a insisté sur la nécessité d’une surveillance quotidienne par les instances concernées, afin d’assurer une exécution rapide et précise de ces directives. Cette approche, qui met l’accent sur la protection des citoyens, intervient au lendemain d’un incident similaire dans la région de l’Akkar, soulignant l’urgence d’une coordination renforcée entre les niveaux local et national.
Un incident révélateur dans l’Akkar : l’effondrement partiel d’un toit à Barqayel
Plus tôt dans la journée du 9 février 2026, un effondrement partiel de toit dans une maison ancienne à Barqayel, dans le district de l’Akkar, a semé la panique parmi les habitants. Selon les rapports de l’agence nationale d’information, des fragments de plafond se sont détachés d’un bâtiment vétuste, provoquant une vague d’inquiétude quant à la stabilité de l’édifice et des structures avoisinantes. Cet événement, survenu dans une zone rurale déjà fragilisée par des années de sous-investissement, n’a heureusement pas fait de victimes, mais il a mis en lumière les vulnérabilités persistantes des habitations traditionnelles dans le nord du Liban.
Le maire de Barqayel, l’avocat Abdel Rahman al-Hassan, a immédiatement réagi en dépêchant un membre du conseil municipal, l’ingénieur Mohammad Obeid, pour inspecter les lieux. L’expertise a révélé des fissures importantes, attribuables à l’ancienneté de la construction et à un état de délabrement avancé. Dans une déclaration relayée par les médias locaux, le maire a indiqué avoir informé le gouverneur de l’Akkar, l’avocat Imad al-Labaki, de la situation, et annoncé l’envoi d’un courrier officiel pour exposer les dangers potentiels. Il a par ailleurs exhorté les résidents à évacuer les lieux par mesure de précaution, soulignant que la sécurité des familles prime sur toute autre considération.
Cet incident à Barqayel n’est pas anodin : il s’ajoute à une série de cas similaires dans l’Akkar, une région frontalière avec la Syrie, où les infrastructures souffrent d’un manque chronique de maintenance. Les habitants, souvent issus de communautés agricoles modestes, font face à des défis accrus par la proximité des zones de conflit passées et par les répercussions des crises économiques successives. La réponse locale, bien que prompte, met en évidence les limites des municipalités face à des problèmes structurels qui nécessitent une intervention étatique plus ample.
Les racines d’une crise infrastructurelle ancrée dans l’histoire récente
Pour comprendre l’ampleur de ces événements, il convient de replacer Tripoli et l’Akkar dans le cadre plus large des défis infrastructurels du Liban. Depuis la crise économique amorcée en 2019, le pays a vu son produit intérieur brut chuter de plus de 50 %, passant d’environ 55 milliards de dollars à moins de 23 milliards en 2021, avec une contraction persistante qui efface des années de croissance. Cette dégringolade, qualifiée par la Banque mondiale comme l’une des plus sévères de l’histoire moderne, a été aggravée par la pandémie de Covid-19, l’explosion du port de Beyrouth en 2020 et, plus récemment, les tensions géopolitiques régionales.
Les infrastructures, déjà fragiles en raison de la guerre civile de 1975-1990 qui a vu naître de nombreuses constructions illégales sans respect des normes antisismiques, ont souffert d’un sous-financement chronique. À Tripoli, ville historiquement marginalisée malgré son importance portuaire, plus de la moitié de la population vivait déjà sous le seuil de pauvreté avant 2019. Les bâtiments anciens, souvent érigés sans permis ou agrandis illégalement, présentent des risques accrus, exacerbés par les pluies hivernales et les mouvements de terrain.
Le séisme de février 2023, centré sur la Turquie et la Syrie voisine, a eu des répercussions directes au Liban, endommageant des milliers de structures dans le nord du pays. Un an plus tard, en 2024, Amnesty International rapportait que des milliers de personnes continuaient à vivre dans des bâtiments dangereux à Tripoli, malgré les promesses d’un plan d’urgence gouvernemental. Les autorités locales avaient identifié entre 800 et 1 000 édifices à risque, mais les interventions se limitaient souvent à des avis d’évacuation sans soutien concret, laissant les familles dans l’incertitude.
Dans l’Akkar, région montagneuse et agricole, les défis sont similaires mais amplifiés par l’isolement géographique. Les routes dégradées, les réseaux d’eau insuffisants et les habitations datant parfois du siècle dernier composent un paysage vulnérable. Les inondations saisonnières et les torrents aggravent les fissures, tandis que l’absence d’investissements publics, due à la crise financière, empêche toute rénovation d’envergure. Le gouverneur Imad al-Labaki, informé de l’incident de Barqayel, incarne cette chaîne de responsabilité où les alertes locales remontent vers les instances centrales, mais où les ressources manquent souvent pour agir préventivement.
La mobilisation des programmes sociaux : un filet de sécurité pour les familles affectées
Face à ces urgences, le gouvernement a activé des mécanismes de soutien existants. Toutes les familles évacuées de Tripoli ont été intégrées au programme Aman du ministère des Affaires sociales, dirigé par la ministre Hanine Sayyed. Ce dispositif, lancé en réponse à la crise économique, fournit une assistance financière mensuelle aux ménages vulnérables, couvrant des besoins essentiels comme le logement et l’alimentation. En décembre 2025, le programme a été étendu pour inclure 150 000 Libanais affectés par les conflits récents, avec des transferts directs assurant une transparence accrue.
Parallèlement, le ministère de la Santé publique, sous la direction du ministre Rakan Nasreddine, a garanti une couverture médicale complète pour les familles concernées. Cette mesure inclut les soins d’urgence et le suivi sanitaire, particulièrement crucial dans des zones comme Tripoli où les services hospitaliers sont surchargés. En février 2026, le ministère a confirmé la prise en charge des frais médicaux pour les blessés d’effondrements récents, soulignant une collaboration interministérielle pour atténuer les impacts humains.
Ces programmes, financés en partie par des aides internationales comme celles de la Banque mondiale, visent à assurer une continuité du soutien. Pour les 46 familles relogées temporairement, des centres d’accueil ont été aménagés avec l’appui du Haut Comité de secours, dirigé par Bassam Naboulsi. Cette approche intégrée reflète une tentative de stabiliser les situations immédiates, tout en posant les bases d’une reconstruction plus durable.
Les disparités régionales et les enjeux de la sécurité publique
Tripoli, souvent décrite comme la “capitale oubliée” du Liban, illustre les clivages nord-sud du pays. Alors que Beyrouth concentre les investissements, le nord souffre d’un taux de chômage avoisinant les 40 % et d’une pauvreté endémique. Les effondrements récents, comme celui du 8 février 2026 à Bab al-Tabbaneh qui a fait 14 à 15 morts, ont suscité une indignation générale, avec des manifestations locales réclamant une action étatique ferme.
Le maire de Tripoli, Abdel Hamid Karimeh, a déclaré la ville “zone sinistrée” en raison des bâtiments dangereux menaçant des milliers de vies. Lors d’une conférence de presse, il a souligné l’incapacité de la municipalité à gérer seule la crise, appelant à une intervention nationale. Le gouvernement a répondu en ordonnant l’évacuation de 114 bâtiments dans un délai d’un mois, avec des allocations logement pour un an, payées trimestriellement.
Dans l’Akkar, les dynamiques sont comparables, avec une population majoritairement sunnite et des influences confessionnelles qui influencent les allocations de ressources. Les inspections comme celle menée par l’ingénieur Mohammad Obeid à Barqayel révèlent des défaillances récurrentes : matériaux obsolètes, absence de renforts antisismiques et expositions aux intempéries. Le maire Abdel Rahman al-Hassan, en informant le gouverneur, incarne cette vigilance locale, mais les retards dans les réponses étatiques persistent.
Les implications immédiates pour les communautés locales
Au-delà des mesures d’urgence, les autorités locales poursuivent leurs efforts de surveillance. À Tripoli, des équipes techniques évaluent quotidiennement les structures signalées, tandis que dans l’Akkar, les municipalités comme celle de Barqayel préparent des rapports détaillés pour les instances supérieures. Le Haut Comité de secours coordonne les renforcements, avec des priorités sur les édifices réparables, comme les sept identifiés à Tripoli.
Ces actions, bien que ciblées, mettent en exergue les besoins en expertise technique. Les syndicats d’ingénieurs, impliqués dans les évaluations, insistent sur des normes actualisées, adaptées aux risques sismiques. Dans les quartiers évacués, les familles reçoivent un accompagnement pour accéder aux aides, avec des visites sur site pour vérifier les besoins.
Les opérations en cours incluent également des inspections élargies dans d’autres districts du nord, où des fissures similaires ont été rapportées. Le ministère de l’Intérieur, via le ministre Ahmad Hajjar, assure la coordination sécuritaire pour éviter tout trouble lors des évacuations. Ces développements factuels soulignent une phase active de gestion des risques, avec une emphase sur la prévention des drames futurs dans un contexte où les infrastructures demeurent sous pression constante.
