Donald Trump soutient depuis des mois une thèse simple : l’Europe impose des prix “trop bas”, les laboratoires “se rattrapent” aux États-Unis, et cela expliquerait la cherté des médicaments américains. Dans cette logique, il cite explicitement la France et Emmanuel Macron, en affirmant avoir exigé une hausse des prix en Europe sous menace de droits de douane.
Cette thèse contient un élément de contexte réel — les pays européens négocient fortement les prix — mais elle devient trompeuse lorsqu’elle se transforme en causalité directe : “les prix US sont élevés à cause de l’Europe/Macron”.
Ce qui est vrai
- Les prix publics et les dépenses en médicaments sont plus élevés aux États-Unis que dans les pays comparables.
- L’ASPE (HHS) et RAND estiment qu’en 2022 les prix US sur l’ensemble des médicaments étaient ~2,78 fois ceux de 33 pays OCDE, et les médicaments de marque au moins ~3,22 fois, même après ajustement de rebates estimés côté US.
- Les comparaisons internationales montrent aussi que le niveau de dépense par habitant est nettement plus élevé aux États-Unis, et que l’écart tient surtout aux prix (pas seulement au volume).
- L’Europe obtient souvent des prix plus bas via négociation centralisée, références internationales, et contrôle de remboursement.
C’est précisément l’un des facteurs qui différencient les systèmes : beaucoup de pays fixent/négocient directement les prix ou le remboursement, ce que le système américain a longtemps fait beaucoup moins fortement (ou de façon fragmentée).
Ce qui est faux ou trompeur
Dire que le prix élevé aux États-Unis est “la faute de l’Europe (et de Macron)” est trompeur, pour une raison centrale : la capacité des laboratoires à imposer des prix élevés aux États-Unis est d’abord un produit des règles américaines (marché, brevets, structure d’achat, intermédiation, régulation).
Les analyses de référence pointent des mécanismes internes récurrents :
- absence/limites de négociation directe dans certaines configurations,
- protections de brevets/exclusivités et faible concurrence sur les produits de marque,
- rôle des PBM et des rebates (écart prix “liste” / prix net, incitations),
- fragmentation des payeurs et règles de couverture,
- vitesse de lancement et part plus élevée des nouveaux médicaments chers.
En clair : l’Europe n’oblige pas les États-Unis à payer plus. Les laboratoires facturent davantage aux États-Unis parce que le système américain le permet (ou l’a permis longtemps), et parce que les stratégies commerciales s’y optimisent.
Où Trump “joue” sur un raisonnement incomplet
Il existe bien une idée économique derrière son argument : la “discrimination par les prix”. Un industriel peut vouloir vendre plus cher là où le marché l’accepte, et moins cher là où les acheteurs publics imposent un plafond — ce qui crée un sentiment de “subvention croisée”.
Mais même si ce mécanisme existe dans certaines industries, il ne suffit pas à expliquer l’écart massif observé. Les données disponibles décrivent surtout :
- des prix de marque beaucoup plus élevés aux États-Unis,
- une structure de négociation et d’intermédiation spécifique,
- une part importante des dépenses orientée vers des médicaments récents et chers.
Autrement dit : l’Europe obtient des prix bas parce qu’elle négocie, pas parce qu’elle “vole” l’Amérique. Et si l’Amérique paie cher, c’est d’abord parce que son architecture de marché et de régulation aboutit à des prix plus hauts.
Le cas “Macron” : attribution politique, pas explication économique
Associer l’écart de prix américain à Emmanuel Macron est, factuellement, un raccourci politique :
- En France, la tarification et le remboursement sont structurés par des organismes et procédures (négociation, service médical rendu, etc.), pas par la seule volonté d’un chef d’État.
- Surtout, même si la France payait plus cher, rien ne garantit mécaniquement une baisse équivalente aux États-Unis : cela dépendrait des contrats, de la concurrence, des règles de remboursement, et du jeu PBM/laboratoires.
Verdict
Affirmation trompeuse.
- Oui, l’Europe (dont la France) obtient des prix plus bas par négociation.
- Non, ce n’est pas “la faute de l’Europe/Macron” si les prix sont élevés aux États-Unis : l’écart s’explique d’abord par les règles et la structure du marché américain, et par les stratégies commerciales qu’elles autorisent.
- Trump utilise ce constat réel (prix plus bas en Europe) pour soutenir une causalité simplifiée et politiquement utile — mais économiquement insuffisante.


