samedi, février 21, 2026

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Focus Liban: L’acquisition d’Odeabank par ADQ : la page se tourne pour Bank Audi

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La société d’investissement et de holding ADQ, basée à Abu Dhabi, a conclu un accord définitif avec un consortium dirigé par la banque libanaise Bank Audi pour acquérir une participation de 96 % dans la banque turque Odeabank. Cet accord marque un tournant significatif pour les deux parties impliquées, mais il est surtout révélateur des enjeux plus larges autour de la situation financière précaire de Bank Audi.

Odeabank : Une filiale sous pression

Fondée en 2012, Odeabank s’est rapidement imposée comme une institution bancaire montante en Turquie. Cependant, sa croissance rapide et son exposition à un marché économique instable ont provoqué des tensions entre les actionnaires, incluant Bank Audi et des investisseurs turcs. Les premières années d’Odeabank ont été marquées par des désaccords sur la stratégie de gestion, notamment en ce qui concerne l’expansion de la banque et les risques liés au marché local. Ces tensions ont culminé en 2016, avec l’effondrement de la livre turque, entraînant d’importantes pertes financières pour la banque.

La crise de 2016 : L’impact de la dépréciation de la livre turque

En 2016, la Turquie a traversé une période d’instabilité politique majeure, avec la tentative de coup d’État de juillet et les répercussions économiques qui en ont suivi. La livre turque a alors subi une dépréciation massive, perdant une grande partie de sa valeur par rapport aux principales devises internationales. Cette chute a directement affecté Odeabank, dont les engagements en devises étrangères sont devenus insoutenables. La dévaluation a provoqué une augmentation des créances douteuses et une détérioration du portefeuille de prêts de la banque, entraînant des pertes importantes.

Certains rapports estiment que ces pertes sur le marché turc ont poussé Bank Audi à chercher des solutions pour recapitaliser sa filiale, et que ces difficultés ont influencé les décisions de la Banque du Liban (BdL). Les opérations d’ingénierie financière mises en place par la BdL entre 2016 et 2018 avaient pour objectif de recapitaliser plusieurs banques libanaises, dont Bank Audi, qui a reçu un soutien massif. Selon certaines estimations, rien que pour Bank Audi, ces opérations ont coûté plus de 4 milliards de dollars.

L’ingénierie financière de la Banque du Liban : un sauvetage déguisé ?

L’ingénierie financière de la BdL a été largement critiquée pour son manque de transparence et les risques qu’elle a fait peser sur l’économie libanaise. Entre 2016 et 2018, la BdL a lancé une série de plans visant à attirer des devises étrangères en offrant des taux d’intérêt très attractifs aux banques locales, dans le but de renforcer les réserves de change et de soutenir le système financier. Cependant, plusieurs analystes considèrent que ces plans visaient en réalité à sauver des banques en difficulté, notamment Bank Audi, qui était durement touchée par ses pertes sur le marché turc.

En plus des 4 milliards de dollars injectés dans Bank Audi, d’autres banques libanaises ont également bénéficié de ces opérations. Selon les chiffres disponibles, Byblos Bank et Fransabank auraient respectivement reçu environ 2,5 milliards de dollars et 1,8 milliard de dollars, tandis que la BLOM Bank aurait bénéficié d’environ 3 milliards de dollars. Ces injections massives de liquidités ont permis de stabiliser temporairement le système bancaire, mais au prix d’un coût élevé pour l’économie libanaise.

Le procès entre Bank Audi et l’IFC

En parallèle de ces défis financiers, Bank Audi fait face à un procès intenté par l’International Finance Corporation (IFC), le bras privé de la Banque mondiale. L’IFC et un fonds affilié ont lancé une action en justice devant la Haute Cour de justice à Londres pour exiger le remboursement de prêts contractés par Bank Audi pour soutenir Odeabank. Ces prêts, d’une valeur totale de 234 millions de dollars, avaient été utilisés pour financer l’expansion de la filiale turque. Cependant, en raison de la crise financière au Liban, Bank Audi a cessé de payer les intérêts à partir de 2020, affirmant qu’elle ne pouvait plus honorer ses engagements faute de bénéfices suffisants.

Bank Audi défend sa position en déclarant que ses relations avec l’IFC restent bonnes et qu’elle a honoré ses obligations tant que cela était possible. Toutefois, l’IFC continue de réclamer le remboursement complet de la dette, ce qui met Bank Audi dans une position délicate alors qu’elle tente de stabiliser ses finances à travers la vente d’actifs, notamment Odeabank.

La situation financière de Bank Audi aujourd’hui

La vente d’Odeabank à ADQ s’inscrit dans une série de désinvestissements opérés par Bank Audi ces dernières années, dans un contexte de crise financière sévère. Depuis la crise de liquidités au Liban en 2019 et le défaut de paiement de l’État libanais en 2020, la banque a dû se restructurer en vendant plusieurs de ses filiales à l’étranger. Ces désinvestissements avaient pour objectif de lever des fonds en devises étrangères pour compenser les pertes subies sur le marché local.

Parmi les principales ventes :

  • Bank Audi Égypte : En 2021, Bank Audi a vendu sa filiale égyptienne au groupe First Abu Dhabi Bank (FAB), dans une transaction visant à renforcer sa trésorerie en dollars.
  • Bank Audi Jordanie et Irak : La banque a également cédé ses filiales en Jordanie et en Irak, réduisant sa présence sur ces marchés pour se concentrer sur ses opérations au Liban et dans la région MENA.
  • Odeabank : L’acquisition de 96 % d’Odeabank par ADQ représente l’un des derniers actifs importants cédés par Bank Audi dans le cadre de sa restructuration.

Malgré ces efforts, la situation financière de Bank Audi reste critique. L’insolvabilité de la banque, aggravée par la crise économique au Liban, rend difficile toute amélioration à court terme. De plus, les tensions autour des pertes sur le marché turc et les doutes persistants quant à la gouvernance interne de la banque continuent de peser sur sa réputation et sa capacité à attirer des investisseurs.

Conclusion

L’acquisition d’Odeabank par ADQ s’inscrit dans une dynamique plus large de restructuration des actifs bancaires libanais, notamment ceux de Bank Audi, qui tente de se redresser après des années de pertes et de crises. Si cette transaction offre un répit temporaire à la banque, elle ne résout pas pour autant les problèmes structurels plus profonds du système bancaire libanais. Les coûts élevés des opérations d’ingénierie financière de la BdL, destinées à recapitaliser les banques en difficulté comme Bank Audi, ont eu un impact durable sur l’économie libanaise et continuent de susciter des débats quant à leur efficacité et leur transparence.

La vente d’Odeabank pourrait marquer la fin d’une époque pour Bank Audi, mais le chemin vers la stabilisation reste semé d’embûches, tant au niveau national qu’international.

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