La nuit du 5 au 6 mars 2026 a vu l’Iran lancer une vaste campagne de missiles balistiques et de drones contre plusieurs pays du Golfe, en réponse directe à l’assassinat de son guide suprême Ali Khamenei fin février et aux opérations militaires israélo-américaines. Aux Émirats arabes unis, les autorités ont confirmé trois morts et 78 blessés, principalement dans la zone de Dubaï où des incendies ont touché des infrastructures proches de l’aéroport international et des Palm Islands. Au Koweït, un décès et 32 blessés ont été recensés parmi les populations civiles et les travailleurs migrants. Des dommages similaires ont été signalés au Qatar, à Oman et en Arabie saoudite, avec des frappes sur des sites portuaires et énergétiques qui ont contraint le Qatar à suspendre temporairement ses exportations de gaz naturel liquéfié.
Ces développements interviennent au cinquième jour d’une escalade déclenchée par les tirs de roquettes et de drones du Hezbollah le 1er mars, eux-mêmes présentés comme une riposte à l’élimination de Khamenei. Au Liban, les frappes israéliennes se sont intensifiées sur la banlieue sud de Beyrouth, le sud du pays et la Bekaa, tandis que le gouvernement de Beyrouth a pris la décision historique d’interdire les activités militaires du Hezbollah. Dans ce contexte régional explosif, le bilan pour Israël, l’Iran et les pays du Golfe se dessine avec une précision croissante au matin du 6 mars.
Israël : une campagne ciblée au Liban avec des pertes limitées et une opportunité stratégique inédite
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Depuis le 2 mars, l’armée israélienne a multiplié les opérations aériennes et terrestres sur le territoire libanais. Plus de 150 à 200 frappes aériennes ont visé des positions attribuées au Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, connue sous le nom de Dahiyeh, ainsi que dans les villages frontaliers du sud et dans la plaine de la Bekaa. Des troupes terrestres ont été observées par les Casques bleus de la Finul près de Kfar Kila, Houla, Kfar Shouba, Yaroun, Khiam, Markaba et Al Adeisse. Ces mouvements s’inscrivent dans une stratégie déclarée de « défense avancée » visant à neutraliser les capacités résiduelles du Hezbollah et à créer une zone tampon supplémentaire le long de la Ligne bleue.
Les ordres d’évacuation diffusés par Tsahal ont concerné plus de cinquante localités du sud du Liban, puis la banlieue sud de Beyrouth elle-même, provoquant un exode massif. Du côté israélien, le bilan humain reste extrêmement contenu sur ce front libanais. Le Hezbollah a revendiqué plusieurs barrages de roquettes et l’emploi de drones, entraînant des alertes dans le nord d’Israël, mais seuls deux soldats ont été modérément blessés par un tir antichar, selon les communiqués militaires. Aucune victime civile israélienne n’a été rapportée dans cette phase récente de l’escalade.
Cette relative retenue des pertes s’explique par la préparation israélienne et par le fait que le Hezbollah opère dans un état de grande faiblesse après les combats de 2024. Pour Jérusalem, l’escalade offre une fenêtre stratégique rare. Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a convoqué un cabinet d’urgence en présence du président Joseph Aoun et a annoncé l’interdiction totale des activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, limitant son rôle à la sphère politique. L’armée libanaise a reçu l’ordre d’appliquer cette mesure « par tous les moyens », notamment au nord du Litani. Cette décision convergente avec les objectifs de longue date d’Israël – application pleine et entière de la résolution 1701 et retrait des forces non étatiques du sud – constitue un alignement tacite inédit depuis des décennies.
Dans le contexte plus large de la confrontation avec l’Iran, Israël maintient une posture défensive renforcée. Les systèmes antimissiles ont intercepté la grande majorité des projectiles iraniens dirigés vers son territoire lors des phases précédentes, limitant les dommages. Le gouvernement israélien a justifié ses opérations au Liban comme une mesure nécessaire pour empêcher toute reconstitution des capacités du Hezbollah, tout en soulignant que la décision de guerre et de paix doit revenir exclusivement à l’État libanais.
L’Iran : un axe de la résistance affaibli, des pertes lourdes et une riposte élargie au Golfe
L’assassinat d’Ali Khamenei fin février a représenté un choc existentiel pour la République islamique. Les autorités iraniennes ont immédiatement accusé Israël et les États-Unis, déclenchant une chaîne de réactions en cascade. Le Hezbollah, présenté comme le maillon le plus opérationnel de l’« axe de la résistance », a été mobilisé pour ouvrir un front secondaire au Liban. Naim Qassem, secrétaire général du mouvement, a explicitement lié les tirs du 1er mars à cette dynamique régionale, affirmant que la « résistance » restait une nécessité face à l’agression.
Cependant, l’Iran paie un prix élevé. Les frappes américano-israéliennes sur son territoire ont causé entre 555 et 1 230 morts selon les estimations croisées des services de renseignement régionaux et des sources officielles iraniennes. Les infrastructures militaires, nucléaires et énergétiques ont subi des dommages importants. Dans ce contexte, la riposte iranienne a pris une ampleur inédite : des centaines de missiles balistiques et près de 1 000 drones ont été lancés non seulement vers Israël mais surtout vers les pays du Golfe, considérés comme des bases arrière des opérations adverses.
Au Liban, le rôle du Hezbollah sert à maintenir une pression constante sans engager l’Iran dans un conflit direct total. Pourtant, le mouvement libanais est lui-même sous pression extrême. Les frappes israéliennes des derniers jours ont touché des centres de commandement et des dépôts, tandis que le gouvernement Salam a ordonné la remise des armes. Pour Téhéran, l’enjeu est double : préserver l’influence du Hezbollah comme outil de dissuasion et démontrer que toute atteinte à son leadership suprême entraînera un coût régional élevé.
Les pays du Golfe : cibles directes, condamnations unanimes et craintes économiques immédiates
Les monarchies du Golfe se retrouvent au premier rang des victimes collatérales de cette escalade. Les Émirats arabes unis ont été particulièrement touchés : trois morts et 78 blessés ont été confirmés par le ministère de la Défense, avec des frappes sur des zones civiles et économiques à Dubaï. Le Koweït a déploré un mort et 32 blessés. Au Qatar, au moins 16 personnes ont été blessées, tandis que des installations portuaires et aéroportuaires ont été endommagées. Oman a signalé des attaques de drones sur le complexe de Duqm, et l’Arabie saoudite a rapporté des interceptions au-dessus de son territoire.
Sur le plan économique, les retombées sont instantanées. La suspension des exportations de GNL qatarien, qui représentent environ 20 % de l’offre mondiale, a provoqué une onde de choc sur les marchés énergétiques internationaux. Les compagnies aériennes ont annulé des centaines de vols vers la région, et les compagnies d’assurance ont relevé leurs primes pour les navires transitant par le détroit d’Ormuz. Les marchés boursiers de Dubaï, Abu Dhabi et Riyad ont ouvert en forte baisse.
Les réactions officielles des capitales du Golfe sont fermes. L’Arabie saoudite, les Émirats, le Qatar, le Koweït et Bahreïn ont condamné les frappes iraniennes dans des communiqués coordonnés via le Conseil de coopération du Golfe. Riyad a transmis un message clair à ses partenaires : éviter toute mesure qui pourrait élargir le conflit. Les monarchies ont activé leurs systèmes de défense antimissile, souvent en coordination avec les forces américaines présentes sur leurs bases, et ont intercepté plus de 1 000 projectiles. Malgré ces condamnations, les dirigeants du Golfe privilégient une posture de prudence, soucieux de préserver leurs intérêts économiques et de ne pas fournir à l’Iran un prétexte supplémentaire.
L’interconnexion des fronts : le Liban comme théâtre secondaire d’une confrontation plus large
Au Liban, les conséquences directes de cette dynamique régionale se font sentir avec acuité. Le ministère de la Santé libanais a confirmé, au 6 mars, 123 morts et 683 blessés depuis le début de l’escalade, dont une majorité de civils. Plus de 90 000 personnes ont été déplacées, avec un exode massif depuis la banlieue sud de Beyrouth et les villages du sud. La Force intérimaire des Nations unies au Liban a documenté des mouvements israéliens persistants et des violations répétées de la résolution 1701, tout en maintenant ses patrouilles dans la mesure du possible.
Le gouvernement Salam a réaffirmé sa ligne souverainiste : l’État libanais refuse toute action militaire lancée depuis son territoire et exige le monopole exclusif sur la force. L’armée libanaise a déployé des unités supplémentaires au nord du Litani pour faire appliquer ces décisions. Le Hezbollah, par la voix de Naim Qassem, a maintenu sa posture de résistance, rejetant tout désarmement imposé.



