Le 18 septembre 2025, Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et apôtre de l’extrême droite, a livré une performance d’anthologie au Sommet sur le renouveau urbain à Tel-Aviv. Avec l’aplomb d’un promoteur immobilier vantant un terrain vague, il a qualifié Gaza, cette enclave transformée en charnier, de « bonanza immobilier ». Oui, un « pactole », comme si les 62 966 Palestiniens tués et les 97 otages israéliens encore captifs n’étaient qu’un détail gênant avant la pose de la première pierre. « Nous avons payé beaucoup d’argent pour cette guerre, il faut maintenant partager les pourcentages sur les ventes de terrains à Gaza », a-t-il claironné, affirmant qu’un plan d’affaires trônait déjà « sur le bureau du président Trump ». Pendant ce temps, le droit international, ce vieux parchemin poussiéreux, doit se retourner dans sa tombe face à tant de mépris. Smotrich, Trump et Netanyahu, trio infernal, semblent avoir décidé que les lois de la guerre sont des suggestions, et les vies humaines, des variables d’ajustement dans leurs rêves de béton et de dollars.
Un carnage ? Non, juste une « phase de démolition »
Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a fauché 1 219 vies israéliennes et enlevé 251 otages, Gaza est un abattoir à ciel ouvert. Selon le ministère de la Santé de l’enclave, au 15 septembre 2025, 62 966 Palestiniens sont morts, dont 17 881 enfants et 11 000 femmes, des chiffres validés par l’ONU. Une étude de The Lancet en juillet 2025 va plus loin, estimant que le bilan, incluant les morts indirectes dues à la famine et au manque de soins, pourrait frôler les 186 000 âmes, soit 8 % de la population de l’enclave. Ajoutez à cela 111 588 blessés, souvent mutilés, et 14 222 disparus, probablement ensevelis sous les gravats. Et les otages ? Sur les 97 encore captifs, seuls 33 seraient en vie, selon les estimations israéliennes. Un tableau macabre, mais pour Smotrich, c’est juste la « phase de démolition » d’un grand projet immobilier. « Maintenant, il faut construire », a-t-il lancé, comme si les corps sous les décombres étaient des fondations et le sang versé, du mortier.
Ce cynisme, digne d’un requin de l’immobilier flairant un terrain à bas prix, n’a rien d’un dérapage. Smotrich, chef du parti Sionisme religieux, assume une vision où Gaza, débarrassée de ses habitants, devient une page blanche pour promoteurs audacieux. Le droit international ? Une broutille. La Convention de Genève de 1949, qui interdit le déplacement forcé de populations civiles, doit lui sembler aussi désuète qu’un plan cadastral du XIXe siècle. Quant aux otages, leur tragédie est à peine un post-scriptum dans ce grand livre des profits.
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Trump et Kushner : la Riviera des cyniques
De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump, président des États-Unis depuis le 20 janvier 2025, n’est pas en reste dans ce concours de mépris. En février 2025, il a décrété que Gaza était un « grand site immobilier », prêt à devenir une « Riviera » sous contrôle américain, à condition d’expulser ses 2,3 millions d’habitants. Une vidéo publiée sur son réseau Truth Social, générée par une intelligence artificielle à la morale douteuse, montrait un Gaza transformé en station balnéaire de luxe, avec une statue dorée de Trump, un Elon Musk croquant du houmous et des leaders israéliens et américains bronzant sur une plage immaculée. Le droit international, qui qualifie l’expulsion massive de civils de crime de guerre, n’a pas sa place dans cette farce grotesque. La communauté internationale a crié au scandale, mais Trump, fidèle à son style, a haussé les épaules, fort de son statut de maître du monde.
Jared Kushner, gendre de Trump et magnat de l’immobilier, a lui aussi flairé le filon. En mars 2024, il proposait de faire de Gaza une « zone de développement », à condition de « relocaliser » ses habitants. Relocaliser, un euphémisme pour dire « chasser ». Kushner, dont la fortune s’est bâtie sur des tours de verre et des contrats juteux, voit dans Gaza un terrain à lotir, les Palestiniens n’étant qu’un obstacle à évacuer. Le droit international, avec ses Conventions de Genève et ses résolutions de l’ONU, doit lui sembler aussi encombrant qu’un locataire récalcitrant dans un immeuble à rénover.
Netanyahu : le chef d’orchestre du chaos
Benjamin Netanyahu, Premier ministre israélien, n’est pas un simple spectateur dans cette comédie macabre. Bien qu’il n’ait pas publiquement endossé les propos de Smotrich, son silence face à ces projets immobiliers en dit long. En septembre 2025, alors que des chars israéliens s’approchent du camp d’Al-Shati, à 1,5 kilomètre au nord de Gaza, selon des images satellites du 16 septembre, Netanyahu poursuit une offensive militaire qui a transformé l’enclave en un désert de décombres. Cette opération, qui déplace 1,9 million de Palestiniens vers un sud surpeuplé, crée un vide que Smotrich et Ben Gvir rêvent de combler avec des colonies. Le droit international, qui condamne la colonisation des territoires occupés, est piétiné avec une désinvolture qui frise l’arrogance.
Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, a promis le 16 septembre 2025 un « magnifique quartier » pour les officiers de police israéliens à Gaza, une fois l’opération militaire terminée. Cette vision, qui fait écho aux ambitions de Smotrich, s’inscrit dans une idéologie coloniale assumée. Pour ces figures de l’extrême droite israélienne, les 62 966 morts palestiniens et les otages captifs ne sont que des dommages collatéraux dans un grand projet de reconquête. Netanyahu, embourbé dans ses propres scandales judiciaires et sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale depuis 2024, laisse faire, trop occupé à jongler entre son alliance avec Trump et les pressions internationales.
Le droit international : une vieille plaisanterie
Le trio Trump-Netanyahu-Smotrich semble considérer le droit international comme une relique gênante. La Convention de Genève, les résolutions de l’ONU, les arrêts de la Cour pénale internationale : tout cela n’est qu’un bruit de fond face à leurs ambitions. En août 2025, une enquête de l’ONU a accusé Israël de « génocide » à Gaza, pointant des « incitations » de hauts responsables, dont Netanyahu. La réponse ? Un haussement d’épaules. Trump, qui a imposé des sanctions contre les juges de la CPI pour leur mandat contre Netanyahu, n’a que faire des conventions internationales. Smotrich, lui, parle de « pourcentages » et de « ventes de terrains » comme si Gaza était un Monopoly géant, où les cases « prison » et « cimetière » sont déjà bien remplies.
Même les otages, dont le sort mobilise des manifestations hebdomadaires à Tel-Aviv, semblent secondaires face à ces projets. Les familles, qui supplient pour des négociations avec le Hamas, sont éclipsées par les rêves de béton de Smotrich et Ben Gvir. Quant à Trump, son indignation sélective – il a fustigé Netanyahu pour une frappe au Qatar le 9 septembre 2025, non pas pour des raisons humanitaires, mais parce qu’elle compliquait ses plans diplomatiques – montre que la souffrance, qu’elle soit palestinienne ou israélienne, n’est qu’un pion sur son échiquier.
Une indignation internationale à géométrie variable
Face à ce festival de cynisme, la communauté internationale patine. L’Union européenne a proposé des sanctions après l’annonce d’une nouvelle incursion à Gaza, mais ces mesures restent des gesticulations symboliques. L’UNRWA, asphyxiée par le manque de fonds, a lancé un énième appel le 9 septembre 2025 : « Un cessez-le-feu est plus urgent que jamais, et l’aide doit arriver à Gaza. » Peine perdue. Pendant ce temps, un responsable de la Maison-Blanche, interrogé sur les propos de Smotrich, s’est contenté d’un laconique : « Le président Trump promeut des solutions pour aider Gaza à se reconstruire », assorti d’un prérequis – le désarmement du Hamas – qui sonne comme une clause impossible.
En Israël, des voix s’élèvent, mais elles peinent à percer. B’Tselem, ONG israélienne, a dénoncé le 17 septembre 2025 les propos de Smotrich comme une « incitation à la colonisation illégale ». Des manifestations à Jérusalem et Tel-Aviv, réunissant familles d’otages et militants pacifistes, exigent un retour aux négociations et un arrêt des hostilités. Mais face à la machine de guerre et aux rêves immobiliers, ces cris semblent bien faibles.
Des ruines aux profits : une dystopie en marche
Alors que les chars israéliens grondent à l’orée de Gaza, que les 62 966 morts palestiniens s’entassent dans les statistiques et que les 97 otages attendent dans l’ombre, Smotrich, Trump et Kushner dessinent un avenir où Gaza devient un terrain de jeu pour promoteurs. Les ruines de l’enclave, encore chaudes du sang versé, sont déjà vues comme des lots à vendre. Le droit international, piétiné avec un sourire narquois, n’est qu’un obstacle mineur dans cette ruée vers l’or immobilier. En septembre 2025, Gaza n’est pas seulement un champ de bataille : c’est une vitrine pour les cyniques, où le malheur des uns fait le bonheur des autres.



