Alors que les frappes israéliennes ont de nouveau visé les banlieues sud de Beyrouth, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a pris la parole pour qualifier ces attaques de « scandale majeur ». À ses yeux, le retour des bombardements sur la capitale, près de huit mois après l’accord de cessez-le-feu signé en novembre 2024, constitue une alerte politique majeure. L’homme politique met en cause l’absence de stratégie claire au sein de l’État libanais et appelle à une refonte complète de la gouvernance nationale en matière de sécurité et de relations internationales.
Une dénonciation des justifications classiques
Dans sa déclaration, Samir Geagea a vivement critiqué les discours habituels sur la responsabilité israélienne. Il reconnaît que Tel-Aviv agit de manière violente, mais il refuse que cela serve d’explication suffisante à l’exposition des populations civiles. « Ils nous disent que cela s’est produit parce qu’Israël est barbare… Nous le savons, mais qu’avez-vous fait pour empêcher cela ? » a-t-il lancé.
Ce positionnement remet en question l’attitude du gouvernement face à la réalité sécuritaire du pays. Il appelle à dépasser les justifications morales pour interroger les responsabilités politiques internes. L’analyse de Geagea met l’accent sur l’inaction étatique, qu’il perçoit comme une faille de gouvernance face aux menaces extérieures.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
L’équation régionale et internationale comme solution
Pour le leader des Forces libanaises, la sortie de crise ne peut passer que par un repositionnement stratégique du Liban dans les équilibres régionaux et mondiaux. Il évoque la nécessité de « l’équation régionale claire et de l’équation internationale claire » comme seules issues viables pour mettre fin à l’insécurité.
Geagea souligne que le Liban ne peut se contenter de déclarations politiques ou de communiqués de condamnation. Il faut, selon lui, une inscription volontaire dans un cadre d’alliances et de médiations diplomatiques concrètes. L’homme politique souligne l’urgence de faire endosser ces équations par des parties capables d’imposer une protection durable au Liban.
Ce passage traduit une volonté de repositionner le pays dans une logique de sécurité collective, en lien avec les puissances régionales et occidentales, notamment les pays du Golfe et les États-Unis.
La transformation de l’État comme condition préalable
Samir Geagea relie directement la vulnérabilité actuelle du Liban à la faiblesse structurelle de ses institutions. Il affirme que la solution ne peut émerger qu’à travers la construction d’un « État réel ». À ses yeux, le problème de fond réside dans la cohabitation entre l’État officiel et les groupes armés non étatiques.
Il insiste sur le fait que la présence militaire du Hezbollah en dehors du cadre légal affaiblit le Liban face à ses partenaires et face à ses ennemis. Il déplore que les responsables étatiques adoptent une attitude de complaisance, voire de résignation, devant la détention d’armes par des groupes politiques.
Selon lui, seule une remise à plat des rapports entre le pouvoir central et les formations armées permettrait au Liban de se réinscrire dans une logique d’État. Ce passage du discours articule la problématique de la souveraineté interne à celle de la sécurité externe.
Un appel à saisir une opportunité diplomatique
Samir Geagea affirme que « le Liban a aujourd’hui une opportunité », laissant entendre que la fenêtre d’intervention diplomatique est temporaire. Il alerte sur le fait que cette occasion pourrait ne plus exister dans deux mois. Ce passage témoigne d’un sentiment d’urgence face à l’évolution rapide du contexte régional.
Il évoque des soutiens possibles : les pays du Golfe, à commencer par l’Arabie saoudite, et les États-Unis. Ces puissances, selon lui, sont prêtes à aider le Liban à mettre fin aux attaques israéliennes et à obtenir un retrait d’Israël de son territoire. Mais cette aide, rappelle-t-il, est conditionnée à l’émergence d’un État libanais crédible.
Ce raisonnement met en avant la diplomatie conditionnelle, selon laquelle l’assistance internationale dépend d’une transformation interne préalable. Geagea souligne ainsi que la responsabilité revient d’abord aux acteurs libanais d’organiser un cadre institutionnel digne de confiance.
Le rejet des discours symboliques
Dans un dernier temps, le chef des Forces libanaises critique le recours systématique à des « attaques verbales » contre Israël. Il les juge inefficaces et appelle à sortir du registre de l’indignation pour entrer dans celui de la résolution. Cette critique vise les prises de position politiques qui, sans effet pratique, entretiennent l’illusion d’une action.
En déclarant que « les attaques verbales ne peuvent pas résoudre les problèmes du Liban », il met en accusation les mécanismes rhétoriques utilisés pour masquer l’inaction ou le manque de stratégie. Il appelle à une diplomatie active et à une réorganisation de la légitimité de l’État.
Ce rejet des effets de langage souligne l’exigence de résultats tangibles, dans un contexte où la population libanaise est exposée à des menaces militaires constantes.



