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Human Rights Watch accuse Israël d’un usage illégal de phosphore blanc dans une zone résidentielle du sud du Liban

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Human Rights Watch a rendu public, ce lundi 9 mars 2026, un rapport accablant sur l’emploi de munitions au phosphore blanc par l’armée israélienne au-dessus du quartier résidentiel de la localité de Yohmor, dans le sud du Liban. L’organisation a vérifié et géolocalisé sept images montrant des explosions aériennes d’au moins deux obus d’artillerie de 155 mm de la série M825, projetant des nuages de fumée caractéristiques du phosphore blanc. Ces munitions ont déclenché des incendies dans au moins deux habitations et un véhicule, obligeant les équipes de la défense civile à intervenir sur les toits et dans les rues du village.

L’incident s’est produit le 3 mars 2026, au cœur d’une nouvelle phase d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah. Dès le 2 mars au matin, le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, avait diffusé deux ordres d’évacuation urgents à 5 h 27 et 12 h 12, enjoignant les habitants de Yohmor et de cinquante autres localités de se déplacer immédiatement à au moins mille mètres de leurs villages vers des zones ouvertes. Ces directives, couplées à l’utilisation du phosphore blanc, ont amplifié la panique dans une région déjà marquée par des déplacements massifs.

Le phosphore blanc, substance chimique qui s’enflamme au contact de l’oxygène, est dispersé par ces obus en 116 tampons de feutre imprégnés, couvrant une zone de 125 à 250 mètres de diamètre selon l’altitude et l’angle de l’explosion. Human Rights Watch identifie formellement le panache de fumée en forme de « poing » typique des projectiles M825. Les photographies publiées sur les réseaux sociaux et sur la page Facebook de l’équipe de défense civile du Comité islamique de la santé à Yohmor, datées du 3 mars à 11 h 34 et 13 h 36, montrent des agents éteignant des foyers sur les toits et dans une voiture, avec de la fumée s’échappant des balcons d’une maison. Tous ces sites géolocalisés se trouvent dans un rayon inférieur à 160 mètres.

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Le phosphore blanc, une arme aux effets dévastateurs sur les civils et l’environnement

Le phosphore blanc n’est pas interdit en tant qu’arme chimique, mais son emploi en zones peuplées soulève de graves questions au regard du droit international humanitaire. Il peut servir à créer des écrans de fumée, à marquer des cibles ou à illuminer le champ de bataille. Pourtant, lorsqu’il est tiré en explosion aérienne au-dessus de quartiers résidentiels, il devient indiscriminé. Les fragments incandescents provoquent des brûlures atroces, des lésions respiratoires, des défaillances d’organes et, dans les cas graves, la mort. Ils déclenchent également des incendies difficiles à maîtriser, qui se propagent aux habitations, aux véhicules et aux terres agricoles.

Au Liban, les conséquences dépassent largement l’immédiat. Entre octobre 2023 et mai 2024, Human Rights Watch avait déjà documenté l’usage de ces munitions dans au moins dix-sept municipalités du sud du pays, dont cinq cas d’explosions aériennes illégales au-dessus de zones résidentielles denses. Des villages comme Kfar Kila, Mays al-Jabal, Boustane, Markaba ou Aita al-Chaab avaient été touchés. Les autorités libanaises avaient alors fait état de 173 blessés liés à ces attaques, selon le ministère de la Santé publique. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le ministère libanais de l’Agriculture avaient recensé plus de 918 hectares de terres brûlés, privant 90 % des éleveurs d’accès à leurs pâturages.

Un contexte d’escalade persistante malgré le cessez-le-feu de novembre 2024

L’incident de Yohmor s’inscrit dans une reprise des tensions qui n’a jamais totalement cessé depuis le cessez-le-feu conclu en novembre 2024. Le 2 mars 2026, le Hezbollah a lancé des roquettes et des drones vers le nord d’Israël. En riposte, l’armée israélienne a mené plus de soixante-dix frappes à travers le Liban, touchant le sud, l’est et même les faubourgs sud de Beyrouth. Selon le ministère libanais de la Santé, au moins 217 personnes avaient été tuées au Liban au 6 mars, et des centaines de milliers d’autres déplacées. Les ordres d’évacuation israéliens concernent désormais l’ensemble de la population vivant au sud du Litani, ainsi que les habitants de la banlieue sud de Beyrouth.

Ces mesures radicales, selon Human Rights Watch, soulèvent des inquiétudes sérieuses quant à leur véritable objectif. Elles pourraient ne pas viser uniquement la protection des civils, mais contribuer à semer la terreur et à provoquer un déplacement forcé à grande échelle, qualifié de crime de guerre dans certaines circonstances. Le sud du Liban, déjà dévasté par les combats de 2023-2024, voit des villages entiers réduits à des ruines. Plus d’un million de personnes avaient fui leurs foyers lors de l’escalade précédente, selon les estimations du gouvernement libanais et du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Le cadre juridique international et les obligations non respectées

Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch, a déclaré : « L’utilisation illégale de phosphore blanc par l’armée israélienne au-dessus de zones résidentielles est extrêmement alarmante, et aura des conséquences désastreuses pour les civils. Les effets incendiaires du phosphore blanc peuvent causer la mort, ou des blessures cruelles qui entraînent des souffrances à vie. » Il a ajouté : « Israël devrait immédiatement mettre fin à cette pratique et les États qui fournissent des armes à Israël, y compris des munitions au phosphore blanc, devraient immédiatement suspendre leur aide militaire et leurs ventes d’armes et faire pression sur Israël pour qu’il cesse de tirer ces munitions dans les zones résidentielles. »

Le Protocole III de la Convention sur les armes classiques, auquel le Liban est partie mais pas Israël, réglemente les armes incendiaires. Il définit comme telle toute arme « essentiellement conçue » pour provoquer des incendies ou des brûlures, excluant ainsi les munitions polyvalentes comme celles au phosphore blanc. Même dans ce cadre, l’emploi en « concentration de civils » – terme qui englobe villages et villes – doit respecter des précautions strictes. L’explosion aérienne aggrave l’indiscrimination : les fragments se dispersent sur une vaste superficie, rendant impossible de limiter les dommages aux seuls objectifs militaires.

Human Rights Watch rappelle que des alternatives existent, y compris des obus fumigènes produits par des entreprises israéliennes, comme le projectile M150, déjà utilisé par l’armée israélienne par le passé pour masquer ses positions sans les effets incendiaires du phosphore blanc. L’organisation exhorte les alliés d’Israël – États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne en tête – à suspendre immédiatement toute assistance militaire liée à ces munitions.

Les impacts humanitaires et environnementaux cumulés

Les incendies provoqués par le phosphore blanc ne se limitent pas aux bâtiments. Dans le passé, ils ont ravagé des oliveraies, des vergers et des terres cultivées, compromettant la subsistance de milliers de familles. Des agriculteurs du sud, comme ceux de Qlayaa, ont témoigné de leur impossibilité de retourner sur leurs champs par crainte de contamination. Le Conseil national libanais de la recherche scientifique avait dénombré 175 attaques au phosphore blanc entre octobre 2023 et l’automne 2024, provoquant des feux sur plus de 600 hectares.

Sur le plan sanitaire, les brûlures au phosphore blanc sont particulièrement insidieuses : la substance continue de brûler tant qu’elle est en contact avec l’oxygène, pénétrant les tissus et provoquant des infections graves. Les lésions respiratoires, causées par l’inhalation des fumées toxiques, peuvent entraîner des complications à long terme. Même sans confirmation de blessés directs à Yohmor – Human Rights Watch n’a pu vérifier la présence de civils au moment précis des tirs –, le risque demeure élevé dans une région où des familles restent souvent malgré les ordres d’évacuation.

La position des autorités libanaises face aux accusations récurrentes

L’agence nationale d’information ANI, citant des sources locales, avait déjà rapporté dimanche des tirs d’artillerie et de phosphore blanc sur les localités de Khiam et Tal Nahas, près de la frontière. Les autorités libanaises, par la voix du ministère de la Santé et de la défense civile, ont régulièrement dénoncé ces pratiques depuis 2023. Le président Joseph Aoun avait qualifié d’« acte contre l’environnement » l’utilisation présumée d’herbicides comme le glyphosate le long de la frontière, soulignant la volonté israélienne de rendre certaines zones inhabitables.

Beyrouth appelle depuis longtemps à une enquête internationale indépendante. Le gouvernement libanais, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a multiplié les démarches auprès des Nations unies pour documenter les violations. Les forces de la Finul, déployées dans le sud, ont elles aussi fait état de risques accrus pour les civils et les casques bleus dans un environnement saturé d’armes incendiaires.

Les appels à une réglementation internationale renforcée

Au-delà du cas libanais, Human Rights Watch et de nombreux États plaident pour combler les lacunes du Protocole III. L’instrument actuel offre une protection insuffisante face aux munitions polyvalentes. Des discussions sont réclamées lors des prochaines réunions des États parties à la Convention sur les armes classiques, à Genève. L’objectif : interdire ou encadrer strictement l’emploi d’armes incendiaires en zones peuplées, quelle que soit leur conception principale.

Le Liban, partie au Protocole, insiste sur la nécessité d’une norme universelle. Israël, qui n’y a pas adhéré, maintient que ses munitions au phosphore blanc servent uniquement à des fins de camouflage et respectent le droit international. Aucune réaction officielle israélienne n’a été publiée à ce jour concernant l’incident spécifique de Yohmor.

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