Depuis l’élection de Joseph Aoun à la présidence en 2024 et la désignation de Nawaf Salam comme Premier ministre, le Liban peine à sortir de l’impasse politique qui le paralyse depuis des années. Alors que le pays fait face à une crise économique et sociale sans précédent, la formation d’un gouvernement inclusif capable de répondre aux attentes internationales reste un défi majeur. Cette paralysie est exacerbée par les rivalités politiques profondes entre les différentes factions libanaises, alimentées par des influences régionales.
Rôle central de Nabih Berri dans les négociations
En tant que président du Parlement depuis 1992, Nabih Berri est un acteur incontournable de la politique libanaise. Proche du Hezbollah et des milieux chiites, Berri joue le rôle de médiateur entre les différents blocs politiques. Son expérience et son réseau lui permettent d’être au centre des négociations, mais son positionnement suscite également des critiques. Certains le considèrent comme un frein aux réformes nécessaires, accusant son leadership de préserver un statu quo favorable à ses alliés politiques. Cependant, son rôle reste essentiel pour débloquer les discussions sur la répartition des portefeuilles ministériels et garantir la formation d’un gouvernement inclusif.
Obstacles à la formation d’un gouvernement
La formation d’un gouvernement libanais est traditionnellement un exercice complexe, marqué par un équilibre délicat entre les différentes communautés religieuses et politiques. Aujourd’hui, plusieurs obstacles majeurs ralentissent ce processus. Les divisions entre blocs pro-iraniens, représentés par le Hezbollah, et pro-saoudiens, soutenus par des forces sunnites, sont au cœur des blocages. Le Hezbollah, dirigé par Naim Kassem depuis le décès de Hassan Nasrallah, revendique un contrôle stratégique sur certains ministères clés. De l’autre côté, les forces réformistes, incarnées par Nawaf Salam, cherchent à réduire l’influence des partis traditionnels et à former un gouvernement technocratique indépendant.
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Pressions internationales pour des réformes
La communauté internationale, notamment la France, les États-Unis et les pays du Golfe, exerce une pression croissante sur les dirigeants libanais pour accélérer la formation d’un gouvernement. Emmanuel Macron, lors de sa visite le 17 janvier 2025, a souligné l’urgence de mettre en place une équipe capable de mener les réformes nécessaires. Ces réformes incluent la lutte contre la corruption, la transparence budgétaire et la restructuration du secteur bancaire. Les institutions internationales, telles que le FMI, conditionnent leur soutien financier à la mise en œuvre de ces mesures. Cependant, l’absence d’un gouvernement fonctionnel complique ces efforts, prolongeant ainsi la crise économique.
Impact de l’impasse sur la situation économique
Le retard dans la formation du gouvernement aggrave une situation économique déjà catastrophique. Le taux de chômage dépasse 40 %, et une grande partie de la population vit sous le seuil de pauvreté. La monnaie nationale continue de perdre de sa valeur, entraînant une inflation galopante. Sans gouvernement, il est impossible de débloquer les fonds internationaux ou de mettre en œuvre les réformes structurelles nécessaires pour stabiliser l’économie. Les tensions sociales s’intensifient, alimentées par des manifestations régulières contre la classe politique.
Réactions des principaux acteurs politiques
Joseph Aoun, président de la République, a exhorté les dirigeants politiques à dépasser leurs différends et à accélérer la formation d’un gouvernement. « Le Liban ne peut pas se permettre de perdre davantage de temps », a-t-il déclaré lors d’une récente allocution. Nawaf Salam, quant à lui, a insisté sur l’importance de former une équipe technocratique pour répondre aux exigences internationales et restaurer la confiance des citoyens. Nabih Berri, pour sa part, a défendu son rôle de médiateur, affirmant que « seule une solution consensuelle pourra garantir la stabilité ».
Tensions régionales et influence des puissances étrangères
Le Liban, en tant que théâtre d’influences régionales, subit les pressions de puissances étrangères qui cherchent à étendre leur influence dans le pays. L’Iran, par le biais du Hezbollah, continue de jouer un rôle majeur, tandis que l’Arabie saoudite et les autres États du Golfe soutiennent les factions opposées. Cette rivalité complique la tâche de Nawaf Salam, qui doit naviguer entre ces influences tout en tentant de préserver l’indépendance du Liban.
Perspectives pour la formation du gouvernement
Malgré les défis, certains signes d’avancées sont visibles. Les discussions entre Nabih Berri et Nawaf Salam se poursuivent, avec le soutien d’Emmanuel Macron qui a encouragé un dialogue constructif lors de sa visite. Cependant, sans compromis sur la répartition des portefeuilles ministériels et l’engagement à mettre en œuvre des réformes, le processus risque de s’enliser davantage. La formation d’un gouvernement est essentielle pour débloquer les fonds internationaux et amorcer une reprise économique, mais cela nécessitera des concessions de la part de toutes les parties.



