jeudi, février 19, 2026

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Inflation 2025 au Liban : l’indice ralentit, mais les prix montent en livres et

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La dollarisation devient un piège

En 2025, l’inflation libanaise ne se résume plus à une spirale de dépréciation monétaire. Le choc des années 2020–2023 s’est transformé : le taux de change s’est stabilisé autour du taux officiel de 89 500 livres pour un dollar, et l’inflation annuelle est retombée à des niveaux “à deux chiffres” plutôt que “à trois”. Mais ce n’est pas un retour à la normale. C’est un changement de régime, plus insidieux : les prix continuent d’augmenter, et désormais cette hausse concerne autant les prix affichés en livres que ceux fixés directement en dollars.

Le résultat est un piège économique et social. Quand l’économie se dollarise de fait, l’inflation n’est plus seulement une conséquence de la livre. Elle devient une dynamique propre, alimentée par les coûts en devises, la réindexation des services essentiels, la reconstruction de marges, et la disparition de la concurrence par la monnaie. En clair : même si la livre se stabilise, la vie continue de renchérir.

Les chiffres 2025 : une inflation “basse” pour le Liban, mais encore très élevée pour les ménages

Les données de l’indice des prix à la consommation montrent une inflation annuelle autour de 15% en 2025. En septembre 2025, l’inflation annuelle est mesurée à environ 15,06%. En novembre 2025, elle est mesurée à environ 14,74%, après une hausse autour de 16,4% en octobre. Les variations mensuelles restent positives (par exemple autour de 0,60% en septembre et 0,82% en novembre).

Ce ralentissement est réel par rapport à 2024 (inflation moyenne bien plus élevée) et surtout par rapport à 2023 (hyperinflation). Mais un chiffre doit être regardé en face : 15% par an, ce n’est pas un “retour” ; c’est un niveau qui continue d’éroder les revenus, particulièrement quand les salaires ne suivent pas.

Le second chiffre clef de 2025, c’est la stabilité du taux de change. Quand le change ne bouge presque plus, l’inflation mesurée en livres devient beaucoup plus proche d’une inflation “réelle” en dollars. Autrement dit : l’inflation en livres n’est plus seulement l’effet de la dépréciation, c’est l’effet d’une hausse des prix eux-mêmes.

L’inflation en dollars : le fait majeur de 2025

C’est le point qui change tout en 2025 : une part croissante des prix sont fixés en dollars, ou indexés au dollar, et pourtant ils continuent de monter en double chiffre dans plusieurs postes décisifs. L’idée que “le dollar protège de l’inflation” ne tient plus quand le pays vit une inflation en dollars sur ses services essentiels.

Trois postes suffisent à documenter ce basculement :

D’abord, l’éducation. En novembre 2025, la composante “Éducation” de l’indice des prix enregistre une hausse annuelle autour de +76,8%. Or ce mouvement est directement lié à la dollarisation des frais : les écoles et universités facturent de plus en plus en “fresh dollars” et ajustent fortement les montants. Dans la réalité, cela signifie que des frais exprimés en dollars ont augmenté, parfois très fortement, d’une année sur l’autre.

Ensuite, le logement, surtout via les nouveaux loyers. Sur un mois de référence de 2025, la statistique officielle relève une hausse annuelle d’environ +25,92% sur les “nouveaux loyers”. Et sur le terrain, cela se traduit en dollars : des loyers cités comme passant de 600 dollars à 1 000 dollars dans certains quartiers, ou des hausses marquées après la séquence sécuritaire récente, sans retour en arrière.

Enfin, l’énergie domestique (électricité privatisée de fait). Les ménages payent un mix EDL + générateur, avec des factures souvent exprimées en dollars. Des témoignages chiffrés sur 2025 décrivent des hausses de l’ordre de 25% sur la facture mensuelle de générateur (à consommation comparable). Ce sont des hausses en dollars, pas seulement des hausses converties.

Ces trois postes ont un point commun : ce sont des dépenses difficilement compressibles. Quand elles augmentent en dollars, l’inflation devient une machine à inégalités.

La dollarisation excessive : quand la monnaie cesse d’être un amortisseur et devient une trappe

Avant, au Liban, le “jeu de parité” — même dégradé — fonctionnait comme un mécanisme brutal d’ajustement : dépréciation, inflation importée, baisse des salaires réels, puis parfois regain de compétitivité par la monnaie. C’était violent, mais c’était un instrument, même mal maîtrisé.

En 2025, cet instrument disparaît de facto. Le pays s’est tellement dollarisé que la variation du taux de change ne corrige plus grand-chose dans la structure des prix : une partie massive des services essentiels est directement en dollars, donc la parité ne corrige plus, elle aggrave. Si la livre bouge, elle frappe d’abord les revenus en livres ; si la livre se stabilise, les prix en dollars continuent d’augmenter quand même.

C’est une trappe : on perd la souveraineté monétaire sans gagner la stabilité sociale, parce que l’économie dollarisée reste inflationniste, et parce qu’elle fonctionne largement en cash.

Inflation et salaires : la redistribution silencieuse, par écrasement du pouvoir d’achat

En 2025, le vrai scandale social n’est pas seulement l’inflation. C’est le différentiel inflation–revenus. Même après relèvement, le salaire minimum officiel, porté à 28 000 000 livres (août 2025), représente environ 300–315 dollars au taux de 89 500. Avant-crise, le minimum légal était souvent présenté autour de 450 dollars au taux officiel d’alors.

Ce décalage montre ce que l’inflation produit réellement : une compression durable des salaires en dollars pour ceux qui sont payés en livres, et une segmentation du marché du travail en trois pays superposés.

Premier pays : ceux qui sont payés en dollars (ou majoritairement en dollars) et absorbent mieux l’inflation.

Deuxième pays : ceux qui ont des revenus mixtes et survivent par ajustements.

Troisième pays : ceux qui restent majoritairement en livres et subissent une inflation “pleine”, puisque les prix clés sont en dollars.

Dans ce cadre, l’inflation n’est plus seulement un indicateur macro. C’est un mécanisme de tri social.

L’inégalité : le produit direct de l’inflation en dollars

Le Liban de 2025 vit une inflation qui creuse les écarts, parce qu’elle frappe en priorité des postes où l’accès dépend de la capacité à payer en devise : école, santé, logement, énergie.

Les indicateurs d’inégalité confirment une tendance lourde : des évaluations récentes décrivent une hausse marquée de l’inégalité des revenus au fil de la crise, avec une concentration extrême au sommet (le top 10% captant une part disproportionnée du revenu national selon les estimations de référence utilisées dans les diagnostics récents). Cette concentration rend l’inflation encore plus politique : quand une minorité peut absorber des hausses en dollars et qu’une majorité n’y arrive pas, l’inflation devient un accélérateur de ressentiment et d’instabilité.

Et la dollarisation renforce cette inégalité par un canal simple : l’économie cash favorise ceux qui ont accès à des flux en devise. Or, la part de l’économie fonctionnant hors canaux bancaires formels est décrite comme très élevée dans les diagnostics récents. Cela complique la fiscalité, réduit la capacité redistributive, et laisse les ménages seuls face à la hausse des prix.

Le point aveugle de 2025 : on a “stabilisé” sans rendre la vie abordable

Le danger du récit 2025, c’est de confondre stabilisation monétaire et normalisation sociale. Le Liban a peut-être réduit la volatilité du taux de change, mais il n’a pas reconstitué les amortisseurs : salaires, sécurité sociale, école publique robuste, couverture santé, transport public, crédit logement.

Dans ces conditions, une inflation à 15% n’est pas “gérable” : elle est corrosive. Et quand elle s’ajoute à une inflation en dollars sur les services essentiels, elle devient explosive, parce qu’elle ne laisse pas d’espace d’ajustement aux ménages.

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