Une position d’équilibriste dans un contexte de blocage
Dans une interview publiée par Nahar le 27 mai 2025, Karim Souaid, nouveau gouverneur de la Banque du Liban, a affirmé qu’il n’était “ni l’ennemi des banques, ni leur allié”. Cette déclaration résume sa volonté d’établir une posture d’équilibre dans un environnement institutionnel fragilisé.
Les relations entre la Banque centrale et les établissements bancaires restent tendues. Selon Nahar, certains établissements refusent encore de se plier aux réformes, notamment celles visant les taux d’intérêt et la transparence sur les dépôts transférés à l’étranger. Le gouverneur souhaite restaurer une autorité régulatrice indépendante, mettant fin à la confusion entre politique monétaire et intérêts bancaires.
Souaid précise que son objectif est de rétablir la confiance dans une institution fortement critiquée au cours des dernières années. Il évoque la nécessité de reconstruire un espace monétaire sain, dans lequel la Banque centrale ne sert plus de protection implicite aux grandes banques commerciales.
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Des tensions avec le secteur bancaire sur la restructuration
Toujours dans l’interview accordée à Nahar, Souaid détaille les difficultés à convaincre les banques d’adopter les mécanismes de régulation. Il pointe les résistances autour des audits, la réticence à accepter des mécanismes de bail-in, et l’absence de consensus sur la hiérarchisation des pertes.
Le gouverneur affirme cependant sa détermination à imposer une régulation plus stricte si le dialogue ne permet pas d’aboutir. Il rappelle que la restructuration du secteur est une priorité pour relancer les fonctions fondamentales du système bancaire, notamment l’accès au crédit et la protection des dépôts.
Les efforts actuels visent à consolider un système plus transparent. Des contrôles sont en place pour suivre l’évolution des liquidités et analyser les risques systémiques. La coopération des banques demeure cependant partielle, freinant la mise en œuvre rapide des réformes.
Blocage des discussions avec les institutions internationales
Selon le même article de Nahar, les négociations entre le Liban et le Fonds monétaire international sont actuellement gelées. Le désaccord principal concerne la réforme du secteur public. Le FMI réclame des engagements concrets sur la réduction des dépenses et une restructuration de l’administration.
Dans une autre interview citée dans Nahar, le ministre des Finances affirme que “la restructuration du secteur public doit précéder toute embauche”. Il indique que des mesures de rationalisation sont en cours, incluant la fusion de services et la digitalisation des procédures. Il souligne aussi que les marges budgétaires restent très limitées.
Karim Souaid appuie cette ligne. Il considère que l’assainissement fiscal est une condition essentielle pour restaurer une politique monétaire efficace. Il insiste sur la coordination entre les autorités fiscales et monétaires, afin d’assurer la stabilité macroéconomique.
Tentatives de rétablir la confiance institutionnelle
Toujours selon Nahar (27 mai 2025), la Banque du Liban a engagé plusieurs initiatives pour rétablir sa crédibilité. Elle publie désormais des rapports mensuels sur ses réserves et met en œuvre un audit externe. Un comité d’experts indépendants a été formé pour accompagner les orientations stratégiques de la Banque.
Un département spécialisé surveille les pratiques des établissements financiers. Il évalue la liquidité, contrôle les anomalies, et propose des mesures de redressement. L’objectif affiché est de créer un climat de régulation constructive sans interférence politique.
Le gouverneur indique que cette nouvelle gouvernance doit s’accompagner d’une indépendance renforcée. Il défend la transparence dans les décisions monétaires et appelle les acteurs économiques à coopérer pour accélérer le redressement du système.
Problèmes persistants de convertibilité et de taux de change
La question du régime de change reste au cœur des préoccupations. Nahar rappelle que les distorsions entre les différents taux utilisés alimentent l’incertitude et les pratiques spéculatives. Le gouverneur envisage une unification progressive, à condition que les équilibres budgétaires soient stabilisés.
Une plateforme électronique de change a été mise en place. Elle vise à centraliser les transactions et à réduire les écarts entre les taux. Toutefois, les résultats restent limités. Le volume reste insuffisant et l’implication des banques est encore faible.
Souaid souligne qu’une politique de change cohérente nécessite un retour progressif de la confiance. Il avertit que toute réforme précipitée sans base économique solide risque d’aggraver les déséquilibres. Il plaide pour une approche graduelle et encadrée.
Réformes structurelles encore inabouties
Dans les colonnes de Nahar, Souaid revient sur les obstacles juridiques à la réforme. Le projet de loi sur la résolution bancaire, pourtant attendu, n’a pas encore été voté. Il prévoit de clarifier les responsabilités des établissements en cas d’insolvabilité et de protéger les déposants.
Le cadre juridique de l’indépendance de la Banque du Liban reste flou. Le gouverneur souhaite un renforcement de son autonomie, tout en respectant les équilibres institutionnels. Il appelle à un débat parlementaire pour garantir des garde-fous solides.
Les tensions avec les commissions parlementaires restent vives. Certains députés demandent plus de transparence sur les décisions passées. Ils exigent des comptes sur les politiques précédentes, notamment les pertes sur les actifs et la gestion des réserves.
Souaid répond qu’il assumera ses responsabilités mais refuse les tentatives d’ingérence. Il insiste sur la nécessité de préserver l’autonomie décisionnelle de la Banque centrale pour garantir la crédibilité du système financier.



