La montée des tensions entre Israël et le Hezbollah constitue l’un des principaux foyers d’instabilité au Moyen-Orient. Depuis la guerre de 2006, Israël a adopté une stratégie de « containment » visant à limiter les capacités militaires et stratégiques du Hezbollah tout en évitant un conflit ouvert. Cependant, cette politique comporte des risques majeurs pour la région et plus particulièrement pour le Liban, où une confrontation directe pourrait avoir des conséquences dévastatrices. La chute du régime de Bachar el-Assad en Syrie bouleverse également les équilibres stratégiques dans la région, tandis que de nouveaux événements récents compliquent encore plus le contexte.
La stratégie israélienne de containment : objectifs et moyens
La stratégie de containment développée par Israël repose sur plusieurs axes. Le premier est la dissuasion, par des opérations ciblées contre les infrastructures militaires et logistiques du Hezbollah. Cela inclut des frappes aériennes en Syrie, où le groupe chiite était historiquement actif aux côtés des forces iraniennes et du régime de Bachar al-Assad.
Cependant, avec l’effondrement du régime syrien et la prise de pouvoir par Hayat Tahrir al-Sham (HTS) dans plusieurs régions du nord, la situation a radicalement changé. HTS, un groupe sunnite dominé par des influences turques plutôt qu’iraniennes, a affaibli la profondeur stratégique du Hezbollah en Syrie. Cette perte de base arrière constitue un coup dur pour le groupe chiite, qui doit aujourd’hui repenser son déploiement et ses routes logistiques.
Parallèlement, le conflit israélo-libanais du 1er octobre au 27 novembre a mis en lumière les fragilités du dispositif militaire israélien. Bien que le Hezbollah ait également subi des pertes, les affrontements ont révélé un potentiel affaiblissement des capacités israéliennes. La conclusion d’un cessez-le-feu temporaire amène aujourd’hui de nombreuses incertitudes : la question reste de savoir si le conflit pourrait reprendre et dans quelles conditions.
Selon Amos Harel, analyste pour Haaretz, ces derniers événements ont placé Israël dans une position inconfortable, où la pression sur le Hezbollah demeure forte, mais le risque d’une escalade incontrôlée s’intensifie.
Le Hezbollah : une capacité militaire déstabilisée et un leadership fragilisé
Malgré la perte de sa base arrière en Syrie et la pression israélienne, le Hezbollah conserve une capacité militaire importante au Liban. Selon un rapport de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), le Hezbollah disposerait aujourd’hui de plus de 130 000 roquettes et missiles, dont certains capables de frapper précisément des cibles stratégiques en Israël.
Cependant, l’assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah le 27 septembre a porté un coup sévère au leadership du Hezbollah. Nasrallah, dirigeant charismatique et figure emblématique du groupe, a été remplacé par son numéro 2, Naim Kassem. Moins charismatique et perçu comme davantage aligné sur les intérêts iraniens, Naim Kassem peine à rassembler la même base de soutien, tant au Liban qu’au sein des cercles chiites plus larges.
Les risques d’une confrontation directe
Si la stratégie de containment israélienne a jusqu’ici permis d’éviter une guerre ouverte, le risque d’une confrontation directe demeure élevé. Plusieurs scénarios pourraient déclencher une escalade :
- Une frappe israélienne contre un site majeur du Hezbollah au Liban. La perte de la Syrie comme base arrière rend les cibles au Liban encore plus vulnérables.
- Un déplacement des affrontements vers des zones frontalières libanaises. Le vide stratégique laissé en Syrie pourrait pousser Israël et le Hezbollah à se concentrer sur des affrontements directs au sud-Liban.
- Une rupture du cessez-le-feu actuel. Les affrontements du 1er octobre au 27 novembre ont créé un climat de tension permanente, laissant ouverte la possibilité d’un retour des hostilités.
Pour le Liban, un tel scénario aurait des conséquences catastrophiques. La guerre de 2006 avait déjà causé des destructions massives, avec des pertes humaines et économiques considérables. Une nouvelle guerre serait dévastatrice pour un pays déjà fragilisé par une crise économique sans précédent.
Les dynamiques internes libanaises
Le rôle du Hezbollah dans le paysage politique libanais est central pour comprendre les enjeux de cette stratégie de containment. En tant que force politique et militaire, le Hezbollah exerce une influence prépondérante au Liban. Toutefois, cette position suscite des tensions internes.
Les forces politiques rivales du Hezbollah, soutenues par l’Arabie saoudite et d’autres acteurs occidentaux, accusent le groupe de compromettre la souveraineté libanaise en alignant les intérêts du pays sur ceux de l’Iran. Ces divisions internes affaiblissent la capacité du Liban à présenter un front uni face à la stratégie israélienne.
Perspectives ouvertes
La chute de Bachar el-Assad en Syrie redessine le paysage stratégique de la région et fragilise la position du Hezbollah. Pour Israël, la stratégie de containment s’avère plus efficace, mais le risque d’escalade reste réel, notamment après les affrontements du 1er octobre au 27 novembre.
L’assassinat de Sayyed Hassan Nasrallah et la montée en puissance de Naim Kassem ajoutent un élément d’incertitude quant à la posture future du Hezbollah. Pour le Liban, la priorité reste de naviguer dans un environnement régional de plus en plus complexe tout en préservant sa stabilité interne. Une solution durable nécessiterait un dialogue régional inclusif ainsi qu’un engagement international renforcé pour stabiliser la frontière israélo-libanaise. En attendant, le Liban reste pris au piège d’une confrontation latente dont il est à la fois acteur et victime.



