L’ancien ministre de la Culture, figure emblématique de la vie politique et culturelle française, a remis sa démission le 7 février 2026, alors qu’il était convoqué au Quai d’Orsay le lendemain. Cette décision intervient dans un contexte de pression croissante, alimentée par les documents récemment publiés sur ses liens avec le financier américain Jeffrey Epstein, condamné pour des crimes sexuels. À 86 ans, Jack Lang quitte ainsi la tête d’une institution qu’il dirigeait depuis 2013, laissant derrière lui un bilan marqué par des succès en matière d’expositions ambitieuses mais aussi par des controverses liées à un manque d’engagement de certains pays arabes. Cette crise dépasse le cadre personnel pour interroger la gouvernance des institutions culturelles et leur rôle dans les relations diplomatiques entre la France et le monde arabe.
Une démission précipitée sous la contrainte gouvernementale
Le 7 février 2026, Jack Lang a adressé une lettre au ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans laquelle il propose de remettre sa démission lors d’un prochain conseil d’administration extraordinaire de l’Institut du monde arabe (IMA). Cette annonce survient à la veille d’une convocation au ministère des Affaires étrangères, demandée par le président Emmanuel Macron et le Premier ministre Sébastien Lecornu. Le Quai d’Orsay, qui supervise l’IMA et fournit la moitié de son budget, avait exprimé le besoin d’obtenir des explications sur les liens de Jack Lang avec Jeffrey Epstein, décédé en prison en 2019.
Jean-Noël Barrot a immédiatement pris acte de cette démission et lancé la procédure pour désigner un successeur intérimaire. “Il a mis les intérêts de l’Institut du monde arabe en premier”, a déclaré un proche de Jack Lang, tout en insistant sur le fait que l’ancien ministre nie toute implication dans des actes répréhensibles. Cette démission marque la fin d’une semaine intense pour Jack Lang, qui, encore le 4 février, refusait catégoriquement de quitter son poste, affirmant recevoir “des milliers de messages de soutien du monde arabe, de France et d’ailleurs”.
Les documents publiés par le département de la Justice américain le 30 janvier 2026 ont révélé des correspondances intermittentes entre Jack Lang et Jeffrey Epstein de 2012 à 2019, ainsi que des liens financiers potentiels. Le nom de Jack Lang apparaît plus de 600 fois dans ces fichiers, selon une analyse de Reuters. Ces révélations ont conduit le Parquet national financier (PNF) à ouvrir, le 6 février, une enquête préliminaire pour “blanchiment aggravé de fraude fiscale” visant Jack Lang et sa fille, la productrice de cinéma Caroline Lang. Cette dernière avait déjà démissionné, le 2 février, de la présidence d’un syndicat de producteurs de films.
Les appels à la démission se sont multipliés dès la publication des documents, provenant de milieux politiques, culturels et associatifs. Des figures de gauche, traditionnellement alliées de Jack Lang, ont rejoint le chœur des critiques, soulignant le risque pour la réputation de l’IMA. Le ministère des Affaires étrangères a insisté sur la nécessité de protéger l’institution, soulignant que “l’intérêt supérieur de l’IMA prime”. Cette affaire illustre la rapidité avec laquelle un scandale international peut fragiliser une direction institutionnelle, même solidement ancrée.
Les liens controversés avec Jeffrey Epstein
Les connexions de Jack Lang avec Jeffrey Epstein remontent à plusieurs années, bien que l’ancien ministre ait toujours maintenu qu’il ignorait les activités criminelles du financier. Epstein, condamné pour exploitation sexuelle de mineures, entretenait un réseau d’influence impliquant des personnalités politiques, culturelles et économiques. Les fichiers publiés en janvier 2026 incluent des échanges épistolaires et des références à des prêts de véhicules pour la famille Lang, ainsi que des discussions sur des projets culturels potentiels.
Jack Lang a admis avoir rencontré Epstein à plusieurs reprises, notamment lors de dîners à Paris et à New York, mais il a qualifié ces interactions de “superficielles” et liées à des cercles mondains. “Je n’avais aucune idée de ses agissements”, a-t-il répété dans une déclaration du 3 février. Cependant, les documents suggèrent des liens plus étroits, incluant des invitations à des événements et des échanges sur des financements. Caroline Lang est également mentionnée, avec des références à des voyages et des contacts professionnels.
Cette affaire n’est pas isolée en France. D’autres personnalités ont été éclaboussées par les révélations Epstein, mais Jack Lang est la plus emblématique touchée au sein des institutions publiques. Le PNF, chargé des enquêtes sur la grande délinquance financière, examine désormais si ces liens ont pu impliquer des irrégularités fiscales, comme des dons ou des prêts non déclarés. Aucune charge n’a été retenue pour l’instant, mais l’enquête pourrait s’étendre à d’autres aspects, y compris des soupçons de blanchiment.
Au-delà des aspects judiciaires, cette crise met en lumière les risques pour les dirigeants d’institutions publiques d’entretenir des relations avec des figures controversées. L’IMA, financé en partie par l’État français et des pays arabes, doit maintenir une image irréprochable pour préserver ses partenariats internationaux. La démission de Jack Lang apparaît ainsi comme une mesure de sauvegarde, évitant un scandale prolongé qui aurait pu nuire aux activités de l’institut.
Un bilan contrasté à la tête de l’Institut du monde arabe
Depuis sa nomination en 2013, Jack Lang a imprimé sa marque sur l’IMA, une institution fondée en 1987 pour promouvoir la culture arabe en France et en Europe. Sous sa présidence, l’institut a organisé des expositions ambitieuses, attirant des mécènes privés et augmentant sa visibilité. Parmi les succès notables, l’exposition “Trésors sauvés de Gaza : 5000 ans d’histoire”, prolongée jusqu’en décembre 2025, a mis en lumière le patrimoine archéologique de Gaza, avec plus de 100 objets prêtés par des collections palestiniennes et suisses. Cette manifestation, inaugurée le 3 avril 2025, a attiré plus de 200 000 visiteurs, soulignant l’importance de Gaza comme carrefour de civilisations antiques.
Jack Lang a également favorisé des événements sur des thèmes sensibles, comme “Ce que la Palestine apporte au monde”, reportée puis reprogrammée en 2023 en raison des tensions liées au conflit israélo-palestinien. L’IMA a accueilli des débats sur une paix juste entre Palestiniens et Israéliens, avec une session prévue le 11 février 2026. En avril 2025, lors de l’ouverture de l’exposition sur Gaza, Jack Lang a déclaré : “Rien n’est pire que l’oubli et l’indifférence. Le patrimoine archéologique nourrit l’identité palestinienne contemporaine, et sa préservation est le corollaire indispensable du respect des droits humains des Palestiniens.”
Malgré ces avancées, le bilan est mitigé. L’IMA a souffert d’un manque d’engagement financier de certains pays arabes, ralentissant des projets d’expansion. En 2025, Jack Lang avait critiqué publiquement l’Algérie pour son absence de soutien à une exposition sur l’écrivain Boualem Sansal, emprisonné en février de cette année-là. Les budgets ont été complétés par des mécénats privés, mais cela a parfois suscité des interrogations sur l’indépendance de l’institut. En décembre 2025, Jack Lang évoquait encore son intention de prolonger son mandat jusqu’en 2026, affirmant : “Quand je suis quelque part, j’y suis pour l’éternité.”
La crise actuelle révèle les vulnérabilités d’une gouvernance dépendante de personnalités charismatiques. L’IMA, avec son architecture iconique signée Jean Nouvel, incarne une diplomatie culturelle franco-arabe, mais sa direction est nommée par le gouvernement français, en consultation avec les États arabes membres. La démission de Jack Lang ouvre une période de transition, avec des noms comme Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense, ou Audrey Azoulay, ex-ministre de la Culture et actuelle directrice générale de l’Unesco, circulant pour le poste intérimaire.
La diplomatie culturelle au cœur des enjeux symboliques
L’IMA n’est pas une simple maison de culture ; il s’agit d’un outil de soft power français dans le monde arabe. Fondé sous la présidence de François Mitterrand, l’institut vise à renforcer les liens entre la France et les 22 pays de la Ligue arabe, à travers des expositions, des conférences et des programmes éducatifs. Sous Jack Lang, l’IMA a pris des positions publiques sur des conflits régionaux, comme la guerre à Gaza déclenchée en octobre 2023. En février 2025, l’institut a organisé une table ronde sur “l’exigence d’une paix juste entre Palestiniens et Israéliens”, invitant des intellectuels des deux côtés.
Ces initiatives montrent que la diplomatie culturelle n’est pas neutre. L’IMA sert d’espace pour des récits multiples, où les conflits symboliques se jouent. Par exemple, l’exposition sur les trésors de Gaza, en partenariat avec le Musée d’art et d’histoire de Genève, a permis de rapatrier virtuellement des artefacts bloqués depuis 2007 en raison du blocus israélien. Jack Lang a alors souligné : “Gaza n’est pas seulement un champ de bataille ; c’est une ancienne cité méditerranéenne, et son histoire ne s’efface pas facilement.”
Cette approche a parfois suscité des tensions. En 2023, des événements liés à la Palestine ont été reportés en raison de difficultés pour les artistes à voyager du Moyen-Orient. L’IMA a dû naviguer entre sensibilités diplomatiques, évitant les annulations pour ne pas pénaliser les créateurs palestiniens. La crise de gouvernance actuelle risque d’affecter ces programmations, en fragilisant les partenariats avec des institutions arabes. Des sources au Quai d’Orsay indiquent que la priorité est de restaurer la confiance, afin que l’IMA continue à promouvoir une image positive du monde arabe en Europe.
L’écho particulier pour le public libanais
Pour les Libanais, l’IMA représente un pont culturel vital avec l’Europe. Depuis sa création, l’institut a offert une visibilité à des artistes, écrivains et cinéastes libanais, dans un contexte de crises multiples au Liban. Des expositions comme “Photographier le patrimoine du Liban, 1864-1970”, ouverte en avril 2025, ont mis en valeur des archives photographiques, rappelant l’âge d’or beyrouthin. Des figures comme l’écrivain Amin Maalouf ou le cinéaste Ziad Doueiri y ont été honorées, renforçant les liens franco-libanais.
La crise à l’IMA résonne particulièrement à Beyrouth, où les institutions culturelles luttent contre l’instabilité politique et économique. Annahar, quotidien libanais, note que l’affaire Epstein fragilise non seulement la direction, mais aussi la représentation du monde arabe. Des partenariats avec des festivals libanais, comme le Beirut Art Fair, pourraient être impactés si la transition est chaotique. Des artistes libanais, souvent invités à l’IMA pour des résidences ou des projections, expriment des inquiétudes sur la continuité des programmes.
En 2025, l’IMA a accueilli les “Journées de l’Histoire : Fêtes et émotions populaires dans le monde arabe”, incluant des contributions libanaises sur les traditions beyrouthines. Ces événements soulignent la fragilité des espaces culturels face aux tempêtes politiques. La démission de Jack Lang pourrait marquer un tournant, avec un successeur appelé à consolider ces liens régionaux.
Les implications immédiates pour l’institution
La procédure de nomination d’un nouveau président est en cours, supervisée par le ministère des Affaires étrangères. Jean-Noël Barrot a indiqué que l’intérim sera assuré rapidement, pour éviter toute interruption des activités. Parmi les noms évoqués, Jean-Yves Le Drian, avec son expérience des relations franco-arabes, et Audrey Azoulay, experte en culture internationale, figurent en bonne place. Le conseil d’administration, composé de représentants français et arabes, devra valider le choix.
En attendant, l’IMA poursuit ses engagements. L’exposition sur Gaza reste ouverte, avec des visites guidées adaptées aux scolaires. Une conférence sur “l’art pour soigner” en Algérie coloniale est programmée pour octobre 2025, prolongée jusqu’en juin 2026. Ces initiatives maintiennent l’institut actif, malgré la crise. Le budget 2026, en discussion, pourrait intégrer des ajustements pour renforcer les mécénats, compensant les retards accumulés.
Les enquêtes judiciaires se poursuivent, avec des auditions prévues pour Jack Lang et sa fille. Le PNF examine des documents sur des sociétés offshore et des propriétés à Marrakech, potentiellement liées à Epstein. Ces développements récents, survenus entre le 6 et le 8 février 2026, soulignent les ramifications immédiates de l’affaire, affectant la stabilité institutionnelle sans pour autant interrompre les opérations quotidiennes de l’IMA.

