Un taux de chômage alarmant chez les jeunes diplômés
Le taux de chômage des jeunes diplômés au Liban dépasse désormais les 50 %, selon les informations relayées le 14 juillet 2025. Ce chiffre provient d’associations patronales interrogées par un quotidien local, qui décrivent une situation de blocage persistant sur le marché de l’emploi. Cette donnée n’est pas isolée : elle s’inscrit dans une tendance continue de désintégration du tissu économique formel, particulièrement sensible dans les secteurs à forte valeur ajoutée ou dans les professions techniques.
Les diplômés des universités libanaises, en particulier dans les domaines du droit, de la gestion, de l’ingénierie et des sciences sociales, peinent à intégrer le marché local. Les opportunités se raréfient, tandis que les rémunérations proposées lorsqu’un poste est disponible chutent en raison de la perte de valeur de la livre libanaise. Le contraste est saisissant entre le niveau de qualification de cette génération et la nature précaire des rares offres d’emploi.
Cette situation pousse de nombreux jeunes à envisager l’émigration comme seule issue viable. Les départs vers l’Europe, le Canada et les pays du Golfe se multiplient, souvent dans des conditions administratives et sociales difficiles. Le capital humain libanais, longtemps considéré comme l’un des plus qualifiés de la région, se trouve ainsi engagé dans une fuite systémique, aggravant le déficit structurel en compétences que connaît le pays.
Un vide institutionnel dans la politique de formation professionnelle
L’une des causes majeures de cette crise de l’emploi réside dans l’absence de politiques publiques adaptées à l’évolution du marché du travail. Les articles parus soulignent que les dispositifs de formation professionnelle sont largement obsolètes. Ils ne correspondent plus aux besoins du tissu économique local, ni aux standards des secteurs émergents. L’offre reste trop théorique, déconnectée de la demande, et les rares initiatives privées ne bénéficient d’aucun appui gouvernemental structuré.
Un responsable syndical, cité par un journal local, déclare sans détour : « Nous avons une génération sacrifiée par l’absence de vision. » Cette formule, brutale, traduit une perception répandue dans les milieux éducatifs et professionnels. Le manque de coordination entre le ministère du Travail, le ministère de l’Éducation et les milieux économiques empêche toute réforme cohérente de la formation post-universitaire.
Les programmes de stages obligatoires sont peu encadrés, souvent perçus comme une forme de travail gratuit sans débouché. Les incitations à l’embauche pour les jeunes diplômés sont quasiment inexistantes, à l’exception de quelques dispositifs ponctuels financés par des bailleurs internationaux. Ces initiatives, bien qu’utiles, restent limitées dans leur périmètre et leur durée.
Des secteurs en panne de relance structurelle
Les jeunes diplômés libanais font face à une double contrainte : un marché local anémié et un tissu économique privé en pleine contraction. Plusieurs secteurs jadis porteurs – comme les services bancaires, l’hôtellerie, les télécommunications – sont aujourd’hui sinistrés ou tournés vers l’externalisation. Les entreprises, fragilisées par les difficultés de financement, gèlent les embauches et réduisent leurs effectifs.
Dans ce contexte, les profils les plus qualifiés se retrouvent en concurrence avec des travailleurs plus expérimentés mais sous-payés. Les recruteurs, dans un souci de réduction des coûts, préfèrent souvent des contrats à court terme ou des statuts informels. La précarité s’installe dès la première embauche, créant une spirale négative pour l’insertion durable.
En parallèle, des métiers techniques ou artisanaux restent vacants, faute de profils formés. Le déséquilibre entre offre de formation universitaire et besoins réels du marché crée une inadéquation préoccupante. Les responsables économiques alertent depuis plusieurs mois sur cette asymétrie, sans que cela ne se traduise par des réformes concrètes.
Des initiatives privées en ordre dispersé
Faute de stratégie nationale, des initiatives émergent localement, portées par des ONG, des fondations privées ou des organismes internationaux. Ces programmes visent à former les jeunes à des compétences transversales : informatique, marketing digital, gestion de projets. Certaines structures proposent des incubateurs de startups ou des programmes d’accompagnement à l’auto-emploi.
Cependant, l’impact de ces actions reste limité par l’absence d’un cadre institutionnel de coordination. Les certifications obtenues n’ont pas toujours de reconnaissance officielle, et les débouchés réels dépendent d’un marché national sous tension. Le modèle des micro-entreprises est freiné par le manque d’accès au crédit, les obstacles réglementaires et l’instabilité fiscale.
Des économistes proposent la création d’un Conseil national pour l’insertion professionnelle, réunissant les ministères concernés, les partenaires sociaux et les acteurs éducatifs. Ce type d’organe pourrait assurer une veille sur les besoins du marché, piloter les formations, et soutenir les initiatives à fort potentiel d’emploi. À ce jour, aucune annonce en ce sens n’a été faite par les autorités.
Un climat psychologique délétère parmi les jeunes
Au-delà des données économiques, l’impact psychologique de cette impasse professionnelle est massif. Les témoignages de jeunes diplômés font état d’un sentiment de découragement généralisé. Beaucoup évoquent une perte de confiance envers les institutions, un isolement social croissant, et des troubles anxieux liés à l’incertitude du lendemain.
Cette détresse est aggravée par le fossé entre les discours publics et la réalité quotidienne. Alors que certains responsables continuent d’évoquer une relance économique à venir, la jeunesse diplômée ne perçoit aucun signe tangible d’amélioration. L’absence de dialogue structuré avec les représentants des jeunes renforce ce décalage.
Les familles, longtemps garantes d’une certaine stabilité intergénérationnelle, sont elles-mêmes affaiblies. La solidarité familiale ne suffit plus à compenser l’effondrement des débouchés. Le déclassement social s’accélère, menaçant le contrat social et les équilibres communautaires traditionnels.



