L’élection de Joseph Aoun à la présidence libanaise, après un long vide institutionnel, a marqué un tournant dans l’histoire politique du pays. En tant qu’ancien commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun a été élu en décembre 2024 grâce à un consensus interne et une pression diplomatique extérieure exercée par des puissances comme la France et l’Arabie saoudite. Selon Ad Diyar (12 janvier 2025), sa candidature a mis fin à des mois de paralysie, causée par les désaccords entre les principaux blocs parlementaires.
Joseph Aoun est le premier président libanais à être élu sans l’appui direct de factions politiques alignées sur des puissances étrangères comme la Syrie ou l’Iran. Cette élection a été vue comme un compromis pour stabiliser le pays et amorcer une sortie de crise. Cependant, l’optimisme entourant son élection risque d’être rapidement refroidi si les premiers actes de son mandat s’inscrivent dans la continuité des politiques passées, souvent accusées de perpétuer le statu quo.
Les priorités du mandat
Stabilisation économique
La crise économique reste la priorité absolue. La livre libanaise a perdu une grande partie de sa valeur, plongeant près de 80 % de la population sous le seuil de pauvreté. Joseph Aoun a promis d’accélérer la mise en œuvre des réformes exigées par le Fonds Monétaire International (FMI), notamment la restructuration du secteur bancaire et la lutte contre la corruption. Selon Al Quds (12 janvier 2025), ces réformes sont cruciales pour débloquer l’aide internationale et relancer l’économie libanaise.
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Cependant, la nomination probable de Najib Mikati comme Premier ministre, une figure centrale du système politique traditionnel, envoie un signal inquiétant pour les partisans du changement. Mikati, bien que considéré comme un homme d’expérience, incarne un ordre établi souvent accusé d’avoir plongé le pays dans l’impasse actuelle. Si cette nomination se confirme, elle pourrait compromettre la capacité de Joseph Aoun à insuffler un véritable renouveau et renforcer la méfiance populaire envers les institutions.
Unifier les forces politiques
La fragmentation des blocs parlementaires constitue un obstacle majeur à l’action présidentielle. Joseph Aoun, en tant qu’ancien chef de l’armée, bénéficie d’une réputation de neutralité, mais devra jongler avec des alliances complexes pour former un gouvernement inclusif. Al Sharq Al Awsat souligne que le soutien des blocs chiites, notamment le Hezbollah, sera essentiel pour éviter de nouveaux blocages institutionnels.
Cependant, ce besoin de consensus pourrait se transformer en une entrave si le président s’appuie trop sur des figures controversées comme Mikati. Une telle décision risquerait de renforcer la perception d’un mandat incapable de rompre avec le passé et de répondre aux aspirations populaires.
Relations internationales
Sur le plan extérieur, Aoun devra renforcer les liens avec les partenaires traditionnels du Liban, tout en naviguant entre les intérêts contradictoires des puissances régionales. L’Arabie saoudite et la France, qui ont salué son élection, attendent des mesures concrètes en faveur des réformes. En revanche, l’Iran et le Hezbollah surveillent de près ses actions, notamment en ce qui concerne la position du Liban dans les équilibres régionaux.
Enjeux sécuritaires
Le rôle d’Aoun en tant qu’ancien chef de l’armée lui confère une légitimité particulière sur les questions sécuritaires. Le Liban reste confronté à plusieurs défis :
- Tensions frontalières avec Israël : Les violations régulières de l’espace aérien libanais par Israël alimentent les tensions. Aoun devra travailler à préserver le fragile cessez-le-feu établi après les conflits passés.
- Présence des réfugiés syriens : La gestion de plus de 1,5 million de réfugiés syriens sur le sol libanais est un dossier épineux. Selon Al Sharq Al Awsat, Aoun souhaite établir un plan concerté avec Damas pour faciliter leur retour, tout en sollicitant un soutien international pour alléger le fardeau économique.
- Stabilité intérieure : Les conflits interconfessionnels et la montée de l’extrémisme représentent des menaces potentielles. Aoun devra mobiliser son expérience militaire pour renforcer la cohésion nationale.
Réactions internes et internationales
L’élection de Joseph Aoun a suscité des réactions mitigées. À l’interne, elle a été accueillie avec soulagement par les forces réformistes et une partie de la société civile, qui voient en lui une chance de rompre avec la politique traditionnelle. Cependant, cette perception positive pourrait rapidement s’effriter si les premières décisions, comme la nomination de Najib Mikati, renforcent l’image d’un mandat dans la continuité des échecs passés.
Sur le plan international, l’Arabie saoudite et la France se sont félicitées de cette élection, espérant qu’elle amorce une nouvelle phase de stabilité. L’Iran, pour sa part, observe attentivement comment Aoun gérera ses relations avec le Hezbollah et ses alliés régionaux.
Scénarios et perspectives
Le mandat de Joseph Aoun commence sous de grandes attentes, mais aussi sous d’importantes pressions. Sa capacité à réunir un gouvernement fonctionnel et à répondre aux attentes sociales et économiques sera cruciale. Cependant, si ses choix initiaux, comme celui de Mikati, se confirment, cela pourrait être perçu comme un aveu d’impuissance face au système. Ce démarrage risquerait d’exacerber la méfiance populaire et d’envenimer les tensions sociales. À l’inverse, un virage vers des réformes structurelles ambitieuses pourrait rétablir une partie de la confiance des Libanais.



