Le 5 juin 2025, plusieurs frappes aériennes israéliennes ont ciblé les quartiers de Haret Hreik, Borj al-Barajneh et Hadath dans la banlieue sud de Beyrouth. Selon l’armée israélienne, ces frappes visaient des « infrastructures souterraines » destinées à la fabrication de drones. Le porte-parole militaire israélien, Avichay Adraee, a affirmé, dans une déclaration diffusée le jour même par la chaîne israélienne 14, que l’opération avait été « coordonnée avec nos partenaires américains ».
Cette confirmation immédiate a provoqué une onde de choc au Liban, ravivant les critiques anciennes sur la politique américaine au Moyen-Orient. La coordination militaire explicite entre Tel-Aviv et Washington est apparue comme une nouvelle étape dans l’implication des États-Unis dans les opérations israéliennes à la frontière nord. Elle marque une rupture avec la prudence diplomatique observée par certaines administrations américaines précédentes.
Réactions institutionnelles libanaises
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Le président de la République, Joseph Aoun, a vivement réagi à ces déclarations, les qualifiant de preuve d’une complicité stratégique entre les États-Unis et Israël contre le Liban. Il a déclaré que cette coordination militaire constituait une « violation flagrante de la souveraineté nationale », tout en appelant les partenaires internationaux à condamner publiquement les frappes.
De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam a dénoncé une « tentative délibérée de compromettre la stabilité économique, sociale et politique du Liban » par un « message sanglant adressé à l’État libanais avec le soutien américain ». Il a également évoqué l’impact négatif sur la relance touristique et les investissements, à un moment clé du calendrier économique libanais.
Le président du Parlement, Nabih Berri, a rejoint ces critiques en affirmant que « l’agression israélienne ne vise pas une faction ou une zone, mais l’unité du Liban dans son ensemble ». Selon lui, la coordination entre Israël et les États-Unis s’inscrit dans une stratégie visant à exacerber les tensions internes pour affaiblir l’État.
Résultats des inspections et contestation du récit israélien
L’armée libanaise s’est rendue sur les lieux bombardés dès les premières heures du 6 juin. Son rapport, relayé dans la presse libanaise, indique l’absence de toute activité militaire ou présence d’armement dans les immeubles détruits. Les bâtiments touchés sont décrits comme résidentiels, sans caractéristiques stratégiques ni accès à des structures souterraines particulières.
Cette évaluation vient contredire directement les justifications israéliennes. Aucune preuve n’a été présentée publiquement par l’armée israélienne pour soutenir les allégations de fabrication de drones ou de tunnels opérationnels. Cette contradiction a renforcé le sentiment d’arbitraire dans l’opinion publique libanaise, déjà marquée par une série de violations répétées de l’espace aérien par des drones israéliens.
Conséquences géopolitiques et perception publique
La confirmation d’une coordination américano-israélienne a provoqué une onde de choc dans les milieux politiques et médiatiques libanais. Elle est perçue comme une escalade diplomatique majeure, mettant fin à la fiction d’une neutralité américaine dans le conflit israélo-libanais. Plusieurs tribunes publiées le 6 juin dénoncent un basculement de Washington d’un rôle de médiateur à celui d’acteur engagé dans une logique de confrontation.
Sur les réseaux sociaux, la colère s’est exprimée par des campagnes ciblant la politique étrangère américaine et appelant à une révision des relations bilatérales. Des appels au boycott symbolique ont été lancés, notamment contre les institutions associées aux États-Unis au Liban, bien que ces mouvements restent marginaux.
Les manifestants rassemblés dans certains quartiers de Beyrouth ont brandi des pancartes accusant l’administration américaine de « complicité active dans les crimes contre les civils ». Si aucune violence n’a été signalée, ces actions témoignent d’un climat de tension politique croissante.
Silence international et fragilisation du multilatéralisme
Malgré la gravité de la situation, aucune réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU n’a été convoquée. Les principales capitales occidentales se sont abstenues de commenter les événements. Ce silence a été interprété à Beyrouth comme un feu vert implicite aux actions israéliennes, surtout dans un contexte où la FINUL n’a pas émis de communication officielle sur les frappes.
Cette absence de réponse multilatérale alimente la conviction d’un déséquilibre croissant du système international, dominé par des alliances bilatérales aux dépens des cadres onusiens. Plusieurs responsables politiques libanais ont exhorté la communauté internationale à réaffirmer le respect de la résolution 1701, qui encadre les opérations militaires dans le sud du Liban et interdit toute attaque transfrontalière non justifiée.
Équilibres régionaux et calculs stratégiques
La coordination entre Israël et les États-Unis est également interprétée à travers le prisme des tensions plus larges impliquant l’Iran, la Syrie et leurs alliés régionaux. Le moment choisi – la veille de l’Aïd al-Adha – est considéré par plusieurs analystes comme un message politique à destination des acteurs de la région, destiné à rappeler la supériorité technologique et l’immunité stratégique israélienne.
L’absence de riposte du Hezbollah jusqu’à présent est perçue comme une retenue tactique. Le mouvement n’a publié aucun communiqué officiel au sujet des frappes ni des déclarations israéliennes. Toutefois, des médias proches du parti laissent entendre qu’une réponse pourrait être différée, ou calibrée en fonction des prochaines étapes sur le front diplomatique.
Précédents historiques de coordination israélo-américaine
La collaboration entre les États-Unis et Israël sur le plan militaire n’est pas nouvelle. Depuis les années 1980, les deux pays entretiennent une coopération stratégique documentée, marquée par des exercices conjoints, le partage de renseignements, et un appui constant au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU. Ce partenariat s’est intensifié après 2006, notamment avec le développement de systèmes de défense comme le Dôme de fer, financé en grande partie par Washington.
Toutefois, l’officialisation d’une coordination opérationnelle dans le cadre d’une frappe contre une capitale étrangère marque un tournant. Jusqu’ici, les États-Unis avaient souvent maintenu une certaine ambiguïté sur leur degré d’implication dans les opérations israéliennes au Liban ou en Syrie. La déclaration d’Avichay Adraee lève cette ambiguïté. Elle institutionnalise un partenariat qui, jusque-là, s’exprimait principalement par le biais du soutien diplomatique ou logistique.
Répercussions internes au Liban
Au Liban, cette révélation a ravivé les lignes de fracture politiques. Les partis proches du 14 Mars ont exprimé une position de prudence, appelant à éviter toute surenchère verbale. À l’inverse, les formations issues du 8 Mars ont multiplié les déclarations accusant les États-Unis de « porter une responsabilité morale et politique directe dans l’agression ».
Dans certains cercles parlementaires, la question d’un appel à la suspension temporaire de la coopération bilatérale avec les États-Unis a été évoquée. Bien qu’aucune initiative formelle n’ait été déposée, cette option a été discutée dans des réunions internes, notamment au sein de blocs indépendants. D’autres élus ont proposé d’intensifier la diplomatie parlementaire avec les pays européens, jugés plus à l’écoute des arguments libanais, pour contrebalancer l’influence américaine dans les fora internationaux.
Rôle de la diplomatie libanaise et options possibles
Le ministère des Affaires étrangères libanais n’a pas annoncé de démarche officielle vis-à-vis de l’ambassade américaine. Toutefois, plusieurs sources diplomatiques à Beyrouth rapportent que des consultations sont en cours pour définir une réponse adaptée. L’option d’un envoi de lettre officielle au secrétaire général des Nations unies a été envisagée. Cette lettre soulignerait la gravité de la coordination israélo-américaine dans un acte militaire unilatéral, en violation du droit international.
Certains diplomates appellent à une stratégie de documentation des violations israéliennes à travers la FINUL, mais aussi en collaboration avec des ONG internationales spécialisées dans le droit de la guerre. L’objectif serait de bâtir un dossier juridique solide en vue d’éventuelles démarches auprès de la Cour pénale internationale.
Scénarios de réponse militaire ou dissuasive
Sur le plan militaire, les options du Liban restent limitées. Le Hezbollah, principal acteur de la résistance armée, n’a pas annoncé de riposte. Le calcul stratégique semble être d’éviter une escalade immédiate, dans un contexte régional déjà saturé de tensions. Toutefois, la possibilité d’une réponse différée, ciblée ou symbolique, reste sur la table, selon des analystes proches du mouvement.
Des experts militaires estiment que le Hezbollah pourrait opter pour une action de dissuasion en intensifiant sa présence sur la frontière sud, sans pour autant déclencher une nouvelle phase de confrontation. L’objectif serait de signifier qu’aucune opération ne peut rester sans conséquence, tout en ménageant l’espace diplomatique au niveau régional.
Réactions des médias israéliens et justifications officielles
Côté israélien, les médias ont largement relayé les déclarations du porte-parole militaire, soulignant la dimension stratégique de l’opération du 5 juin. Certains éditoriaux insistent sur la nécessité de « frapper préventivement toute menace en formation », dans une logique de dissuasion asymétrique. Des commentateurs israéliens rappellent que la doctrine militaire de l’État hébreu repose sur la neutralisation anticipée des capacités hostiles, qu’elles soient réelles ou en développement.
Toutefois, des voix plus critiques ont émergé dans des publications alternatives, questionnant l’efficacité réelle de ces frappes et les conséquences potentielles sur la stabilité régionale.
Position des partenaires européens et diplomatie régionale
En Europe, la réaction est restée prudente. Aucun gouvernement majeur n’a condamné l’opération du 5 juin, mais plusieurs chancelleries ont exprimé « leur inquiétude face aux risques de dérapage dans un contexte de forte instabilité régionale ». L’Union européenne a rappelé son attachement à la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701 et au respect de la souveraineté libanaise.
La frappe israélienne du 5 juin, rendue plus significative encore par la confirmation de sa coordination avec Washington, constitue une étape marquante dans l’évolution du rapport de force au Liban. Au-delà des dégâts immédiats, elle cristallise une série de tensions latentes : sur la souveraineté nationale, la crédibilité du système international, et la nature des alliances dans une région en mutation.



