jeudi, janvier 22, 2026

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La crise de confiance envers les banques entraine une diminution des transferts de la diaspora libanaise

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Les transferts d’argent de la diaspora libanaise, une bouée de sauvetage historique pour une économie en difficulté, connaissent une baisse significative, menaçant davantage un pays déjà fragilisé par l’effondrement bancaire de 2019. Selon les estimations, ces transferts, qui représentaient environ 30 % du produit intérieur brut (PIB) avant la crise, ont chuté de 25,5 % en 2024, tandis que Western Union et OMT rapportent une baisse des transactions de 15 % sur les trois premiers mois de 2025. Cette diminution, alimentée par l’hésitation des Libanais à l’étranger – notamment en France et aux États-Unis – à envoyer de l’argent, reflète la méfiance croissante envers un système financier non crédible, marqué par la crise bancaire, des restrictions draconiennes comme la Circular 158, et des accusations de « vols » sur les dépôts. Dans un contexte où les remittances étaient un pilier essentiel, cette tendance soulève des questions sur la résilience de l’économie libanaise, les défis de la gouvernance financière, et les implications pour les ménages et les entreprises dépendant de ces fonds.

Les transferts de la diaspora : un pilier historique de l’économie libanaise

La diaspora libanaise, estimée entre 5 et 14 millions de personnes selon le Khayrallah Center for Lebanese Diaspora Studies et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), a toujours été un moteur économique crucial pour le Liban. Avec des communautés importantes au Brésil (environ 7 millions de personnes), en France, aux États-Unis, dans les pays du Golfe, et ailleurs, les Libanais à l’étranger ont envoyé des milliards de dollars chaque année, représentant jusqu’à 30 % du PIB avant 2019, selon le PNUD et l’IntelliNews. En 2014, ces remittances s’élevaient à 8,9 milliards de dollars, soit 18 % du PIB, et en 2022, elles atteignaient 6,8 milliards de dollars, soit 37,8 % du PIB, selon la Banque mondiale, reflétant leur importance croissante face à la crise.

Ces fonds, principalement envoyés par des travailleurs dans les pays du Golfe (50-60 % des transferts, selon le CIDOB), mais aussi par des communautés en France et aux États-Unis, ont soutenu la consommation privée, financé les déficits commerciaux, et permis aux ménages libanais de survivre face à une économie en stagnation chronique. Historiquement, les remittances ont compensé l’absence de croissance du secteur productif, injectant des devises étrangères dans un pays où le système bancaire était considéré comme un refuge, attirant des dépôts avec des taux d’intérêt élevés. Cependant, l’effondrement de 2019, marqué par l’insolvabilité des banques, une dévaluation massive de la livre libanaise, et des restrictions draconiennes sur les retraits, a transformé ce système en un gouffre de confiance, affectant directement les transferts de la diaspora.

Une chute drastique en 2024 et 2025 : les chiffres et les causes

En 2024, les transferts de la diaspora libanaise ont chuté de 25,5 %, selon les estimations économiques disponibles, un déclin attribué à la méfiance croissante envers un système financier en crise. Cette baisse s’est accentuée au premier trimestre 2025, avec une réduction de 15 % des transactions signalée par Western Union et OMT, deux des principaux opérateurs de transferts au Liban. Cette tendance reflète une hésitation des Libanais à l’étranger, notamment en France et aux États-Unis, à envoyer de l’argent, en raison de plusieurs facteurs liés à la crise bancaire.

Premièrement, la crise bancaire de 2019, qui a gelé des milliards de dollars de dépôts et imposé des restrictions comme la Circular 158 – limitant les retraits à 400 dollars par mois – a sapé la crédibilité du système financier. Les accusations de « vols » sur les dépôts, portées par des déposants et des économistes, soulignent une perception de spoliation, où les banques, insolvables avec 70 % de leurs actifs liés à des créances irrécouvrables sur la BDL ou l’État, sont perçues comme ayant détourné des fonds ou protégé leurs actionnaires au détriment des épargnants. Cette méfiance s’est propagée parmi la diaspora, qui craint que leurs transferts ne soient également bloqués ou dévalués dans un système sans confiance.

Deuxièmement, la dévaluation de la livre libanaise, qui a perdu plus de 90 % de sa valeur sur le marché parallèle depuis 2019, a réduit le pouvoir d’achat des remittances une fois converties en monnaie locale. Les épargnants à l’étranger, confrontés à des taux de change multiples et à une absence d’ATMs, de cartes de crédit ou de branches bancaires fonctionnelles, préfèrent souvent conserver leurs fonds à l’étranger ou les utiliser pour soutenir directement leurs familles via des canaux informels, comme les bureaux de change ou les réseaux familiaux, plutôt que de passer par un système bancaire perçu comme non fiable.

Troisièmement, les conditions économiques des diasporas elles-mêmes ont évolué. La baisse des prix du pétrole dans les pays du Golfe, principale source des transferts (50-60 %, selon le CIDOB), a réduit les revenus des travailleurs libanais dans ces régions, limitant leur capacité à envoyer de l’argent. De plus, les communautés en France et aux États-Unis, souvent plus éduquées et prospères, sont affectées par l’inflation mondiale et des incertitudes économiques, les incitant à prioriser leurs propres besoins face à une situation désespérée au Liban. Les rapports d’IntelliNews et de la Banque mondiale indiquent que, malgré la résilience historique de la diaspora, la crise prolongée au Liban, combinée à une absence de réformes structurelles, a poussé de nombreux expatriés à reconsidérer leurs envois.

Enfin, l’absence d’un cadre financier crédible, avec des négociations toujours en cours avec le FMI et des retards dans les réformes, renforce cette hésitation. Les protestations à Beyrouth depuis 2019, ciblant les banques et l’ABL, et les restrictions persistantes sur les dépôts ont amplifié une perception de « vol institutionnalisé », où les fonds envoyés risquent d’être bloqués ou dévalués, rendant les transferts moins attrayants pour la diaspora.

Conséquences pour l’économie libanaise : un coup dur pour les ménages et les entreprises

La diminution des transferts de la diaspora représente un choc majeur pour une économie déjà en déroute. Ces fonds, qui représentaient 30 % du PIB avant la crise, soutenaient la consommation privée, selon la Banque mondiale, et compensaient l’absence de production locale et les déficits commerciaux. Leur chute de 25,5 % en 2024 et de 15 % au premier trimestre 2025 aggrave la récession, réduisant le pouvoir d’achat des ménages, qui dépendent fortement de ces revenus pour leurs besoins de base, et privant les PME d’un flux de liquidités crucial pour leur survie.

Dans un pays où 50-60 % du PIB est estimé dans l’économie informelle, selon Diana Menhem du PNUD, et où les services publics sont en faillite, les remittances étaient une bouée de sauvetage pour des millions de Libanais. Leur diminution accroît la dépendance envers une économie presque totalement cash-based, avec des bureaux de change et des entreprises de transferts comme Western Union prenant le relais des banques défaillantes. Cependant, cette transition ne compense pas la perte de volume, surtout avec la baisse des transactions signalée en 2025, menaçant de plonger davantage les ménages dans la pauvreté et de fermer des entreprises déjà fragiles.

L’impact s’étend également aux réserves en devises du Liban, cruciales pour importer des biens essentiels comme les carburants, les médicaments et les produits alimentaires. Avec une BDL en insolvabilité et des restrictions sur les retraits, la chute des transferts réduit les entrées de dollars, exacerbant les pénuries et la dévaluation de la livre libanaise sur le marché parallèle. Cela alimente une spirale inflationniste, rendant les produits de première nécessité inaccessibles pour une population où plus de 80 % vivent sous le seuil de pauvreté, selon les estimations de la Banque mondiale en 2023.

Perspectives et défis : restaurer la confiance pour relancer les transferts

Restaurer les transferts de la diaspora exige des réformes structurelles profondes pour redonner confiance dans le système financier libanais. Le FMI, dans ses négociations avec le Liban, insiste sur une unification des taux de change, une recapitalisation de la BDL, un audit transparent des comptes bancaires, et une répartition équitable des pertes entre l’État, les banques et les déposants. Ces mesures, combinées à une levée des restrictions comme la Circular 158, pourraient inciter la diaspora à reprendre ses envois, mais elles nécessitent un engagement politique que le Parlement, divisé par des intérêts confessionnels, peine à atteindre.

L’ABL, qui défend les intérêts des banques, pourrait jouer un rôle clé, mais ses propositions – comme un « bail-in » massif et une recapitalisation publique – sont perçues comme favorisant les banquiers au détriment des déposants, renforçant la méfiance de la diaspora. Les Forces libanaises, pro-banques, soutiennent ces mesures, mais leur impact sur la confiance reste limité face aux revendications populaires. Le Hezbollah et Amal, avec des bases populaires dépendant des transferts, pourraient pousser pour des réformes plus équitables, mais leurs alliances politiques compliquent une position unifiée.

Sur le plan international, des initiatives comme des partenariats avec Western Union, OMT, et d’autres opérateurs pourraient moderniser les canaux de transferts, mais cela nécessite une stabilité macroéconomique que le Liban n’a pas encore atteinte. Les ressources en gaz et pétrole, potentiellement exploitables dans la zone économique exclusive (ZEE), pourraient attirer des investissements et des devises, mais les différends avec Israël, les retards dans les explorations par TotalEnergies, ENI et QatarEnergy, et les contraintes techniques limitent leur impact à court terme.

À long terme, la diaspora, riche, éduquée et influente selon Wikipedia, pourrait être mobilisée via des incitations fiscales, des programmes d’investissement, ou des assurances sur les dépôts, mais cela exige une gouvernance transparente que le système actuel peine à offrir. Sans ces réformes, la baisse des transferts risque de se prolonger, plongeant le Liban dans une crise humanitaire et économique encore plus profonde, avec des implications sociales et politiques majeures.

Une diaspora hésitante : des stratégies d’adaptation

Face à cette crise, la diaspora libanaise adapte ses stratégies. En France, où la langue et les liens historiques facilitent les connexions, et aux États-Unis, où les communautés prospères sont actives, beaucoup privilégient des canaux informels, comme les bureaux de change ou les transferts familiaux, pour contourner les banques. Ces méthodes, bien qu’efficaces à court terme, réduisent la traçabilité des fonds et limitent leur impact macroéconomique. Dans les pays du Golfe, la baisse des revenus pétroliers et les restrictions migratoires affectent les travailleurs libanais, diminuant leurs capacités d’envoi.

Certaines initiatives, comme celles du PNUD ou de la Banque mondiale, visent à encourager les transferts via des partenariats avec des fintechs ou des assurances sur les dépôts, mais leur succès dépend de la restauration de la confiance. Les Libanais à l’étranger, souvent considérés comme « riches, éduqués et influents » selon Wikipedia, pourraient investir directement dans des projets au Liban, mais cela nécessite un cadre juridique et économique stable, absent aujourd’hui. Cette hésitation reflète une réalité douloureuse : la diaspora, jadis un moteur de résilience, devient une variable d’incertitude face à un système financier en ruine.

Implications à long terme : un avenir incertain

La diminution des transferts de la diaspora menace de transformer une crise économique en catastrophe humanitaire. Sans ces fonds, les ménages libanais, déjà aux prises avec une inflation galopante et des pénuries, pourraient voir leur pouvoir d’achat s’effondrer davantage, tandis que les PME, cœur de l’économie informelle, risquent de disparaître, aggravant le chômage. L’État, incapable de lever des impôts ou d’emprunter sur les marchés, dépend encore plus des aides internationales, mais celles-ci sont conditionnées à des réformes que le Parlement peine à adopter.

Sur le plan politique, cette baisse renforce les tensions confessionnelles et sociales. Les protestations à Beyrouth, qui dénoncent les banques et l’ABL, pourraient s’intensifier, menaçant la stabilité déjà fragile. Les blocs politiques, comme les Forces libanaises, le Hezbollah et Amal, devront naviguer entre leurs bases populaires, dépendantes des transferts, et leurs alliances avec les intérêts bancaires, compliquant les réformes nécessaires.

À l’international, le Liban risque un isolement accru si la baisse des transferts se prolonge, réduisant les entrées de devises et limitant les négociations avec le FMI. Les ressources en gaz et pétrole, bien que prometteuses, ne compenseront pas à court terme cette perte, face aux défis géopolitiques et techniques. Sans une restauration rapide de la confiance, le Liban pourrait voir sa diaspora se détourner définitivement, transformant un pilier économique en une source de vulnérabilité chronique.

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