Hier, le 26 août 2024, le Dr Georges Freiha, professeur de médecine à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), est décédé. Il avait été le chef de cabinet de Bachir Gemayel.
Le Dr Georges Freiha avait rencontré Bachir Gemayel en 1970 quand il avait épousé Viviane Gemayel, une cousine du président-martyre. Il avait également commencé sa collaboration avec lui en 1970 quand décéda son beau-père Maurice Gemayel, l’oncle de Bachir Gemayel. Il a donc connu Bachir Gemayel comme avocat, milicien-résistant et homme d’Etat.
Professeur à l’Institut Pasteur et à l’Université René Descartes à Paris, le Dr Georges Freiha fut également le directeur, de 1980 à 1993, de la branche de l’AUB à Beyrouth-Est (OCP- Off campus program) qui commença avec 70 étudiants et en rassembla plus tard 1 600. A la demande de Bachir Gemayel, il fut le conseiller de la Ligue libanaise des étudiants à l’AUB.
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Le Dr Georges Freiha fut également le directeur des 141 comités populaires Kataëb, une instance créée au début de la guerre par Bachir Gemayel et rassemblant 15 000 personnes. Ces comités populaires étaient une sorte de « Parlement du peuple » imaginé par Maurice Gemayel pour faire participer la population au développement de leur quartier et de leur village. Ils ont même pris le relais de l’Etat lorsqu’il ne pouvait plus agir : ramassage des ordures, fonctionnement des boulangeries, des stations d’essence, des dispensaires, etc.
L’un d’eux, Dar al-Amal, regroupait des intellectuels. Il fut remplacé par le Groupe Gamma, sorte de cabinet fantôme et véritable think-tank avec Najib Fayad à sa tête. Le Groupe Gamma était constitué de dix-huit branches équivalentes à dix-huit ministères.
Dans son livre Avec Bachir Gemayel… Souvenirs et mémoires, le Dr Georges Freiha raconta des événements dont il fut le témoin : la réunion de « Nahariya » au cours de laquelle Bachir Gemayel avait été en désaccord avec Menahem Begin et l’Accord de Bickfaya que le président élu conclut avec Ariel Sharon.
Le Dr Georges Freiha écrit[1] :
« 1- Le retrait rapide du Liban des troupes syriennes restantes.
« 2- Israël aidera le Liban à construire une armée forte de 100 000 soldats pour protéger ses frontières.
« 3- Le retrait de toute l’armée israélienne ainsi que des Syriens.
« 4- L’interrogatoire de Saad Haddad, qui sera suivi de sa grâce.
« 5- Le port, l’aéroport et d’autres zones vitales du Liban seront évacués.
« 6- La signature d’un traité de paix après que les musulmans du Liban l’auront accepté et accepté d’y participer. »
Menahem Begin confirma son accord dans un télégramme adressé au president élu lu par l’ambassadeur par intérim des États-Unis au Liban Robert Barret au Dr Georges Freiha le 14 septembre 1982, le jour où Bachir Gemayel mourut dans un attentat[2].
Le 16 septembre 1982, le Dr Georges Freiha, marié à l’une des filles de Maurice Gemayel, accepta d’aider Amine Gemayel qui promit aux Israéliens d’appliquer l’Accord conclu par son frère martyr[3]. Pour faire le suivi, les Israéliens nommèrent David Kimché et Amine Gemayel nomma le Dr Georges Freiha[4].
Le Dr Georges Freiha écrit [5]: « Je suis monté avec lui au Palais Présidentiel. Six jours plus tard, David Kimché m’a contacté et a demandé un rendez-vous pour préparer les détails de l’Accord. J’ai contacté Amine [Gemayel] à ce sujet, mais j’ai été surpris qu’il dise que ce n’était pas le moment de se rencontrer et que nous devions procéder avec prudence. J’ai retardé le rendez-vous et j’ai rencontré Amine [Gemayel] le lendemain matin, comme c’était notre habitude. J’ai discuté de la question avec lui, mais il a de nouveau refusé d’autoriser une réunion. Je lui ai rappelé cette promesse, mais en vain. Le troisième jour, j’ai repris le sujet, mais sa réponse a été sévère et définitive : « Je ne te laisserai pas les rencontrer ! Qu’ils nous lâchent !
« Quelques jours plus tard, à 23 heures, David Kimché a frappé à ma porte, accompagné d’Isaac Leor, le chef de l’armée israélienne au Liban. J’ai été étonné de la visite et je lui ai demandé comment il savait où j’habitais. Il a ri et a dit qu’il connaissait toutes nos maisons. La réunion a duré trois heures en présence de mon épouse Vivianne et s’est terminée par la phrase suivante de [David] Kimché : « Nous savons que le président Amine Gemayel est revenu sur sa promesse. Il nous fera du mal mais il détruira le peuple libanais, en particulier les chrétiens. Il a dit cela en anglais et en français. En sa qualité de directeur général du ministère israélien des Affaires étrangères et de conseiller personnel de Menahem Begin, il nous a informé que ses propos constituent une menace directe de la part d’Israël.
« Il nous a quitté à 2 heures du matin. Comme j’avais déjà démissionné de mon poste de chef de cabinet quelques jours plus tôt, j’ai immédiatement appelé le Dr Élie Karamé, qui était mon voisin, et lui ai demandé de transmettre ce message à Amine [Gemayel] le lendemain matin puisqu’il avait rendez-vous avec lui. Il a d’abord refusé, puis a accepté sur mon insistance. Il est clair qu’à ce stade, j’ai présenté ma démission à Amine [Gemayel].
« Le lendemain, il a transmis le message à Amine [Gemayel], puis m’a rendu visite et m’a dit : « La réaction d’Amine [Gemayel] a été négative et anti-israélienne. »
« Ce qui s’est passé ensuite est un fait historique, depuis la guerre dans le sud du Mont-Liban [dans les cazas d’Aley et du Chouf en 1983] et le déplacement des chrétiens [du sud du Mont-Liban et de l’est de Sidon] jusqu’aux nombreuses autres catastrophes qui ont frappé la communauté chrétienne du Liban. »
Au sein du Comité Exécutif des Forces libanaises, son président, Élie Hobeika, organisa un vote concernant l’Accord tripartite le 20 décembre 1985.
Georges Kassis raconte[*] : « A midi, j’ai assisté à la réunion du Comité Exécutif [des FL], qui a duré jusqu’à cinq heures et demie. Il y a eu une discussion sur l’Accord. Après une discussion assez intense, le vote a eu lieu pour savoir si on l’accepterait si les Syriens n’acceptaient pas nos amendements et le résultat a été le suivant : [Élie] Hobeika a obtenu sept voix contre six ; ceux qui ont approuvé : Élie Hobeika, Élie Assouad, Charles Ghostine, [le Dr] Jean Ghanem, Fawzi Mahfouz, Assaad [dit Asso] Chaftari et Paul Ariss ; [le Dr] Georges Freiha s’est abstenu de voter ; se sont opposés [le Dr] Samir Geagea, Sami Khoueiry, [le Dr] Charles Chartouni, Georges Adwane, Karim Pakradouni et Georges Kassis. Tony [Antoine (dit Tony ou Toto)] Bridi est absent. »
Le Dr Georges Freiha fut souvent critiqué de s’être abstenu de voter.
[*] KASSIS Georges, Journal d’un témoin : Loyauté envers les héros de la Résistance libanaise et fidèles à la vérité, Éditions Saer Al Mashrek (ar), 2021, p. 413.
[1] FREIHA Georges, With Bashir Gemayel: Memories and Memoirs, Éditions Saer Al Mashrek, 2019, p. 221-222.
[2] Ibid., p. 223.
[3] Ibid., p. 272.
[4] Ibid.
[5] Ibid, p. 272-273.



