Le 15 janvier 2026, une unité de l’armée libanaise a mené une série de perquisitions dans la localité d’Al-Qasr, dans le caza de Hermel, au nord-est de la vallée de la Békaa. L’opération s’est soldée par l’arrestation de quatre citoyens libanais, identifiés par leurs initiales H. M., Z. M., A. N. et H. J., et par la saisie d’une grande quantité d’armes et de munitions de guerre.
Selon le communiqué officiel publié par la direction de l’orientation de la commandement de l’armée, ces individus étaient recherchés pour trafic d’armes de guerre et pour avoir tiré des coups de feu dans des circonstances troublant l’ordre public. Les perquisitions, effectuées au domicile des suspects, ont permis de découvrir et de confisquer cet arsenal. Les pièces saisies ont été immédiatement remises aux autorités compétentes et une enquête judiciaire a été ouverte sous le contrôle du parquet concerné.
Une opération ciblée dans une zone à haut risque
La région de Hermel, située à l’extrême nord de la Békaa, jouxte la frontière syrienne sur plusieurs dizaines de kilomètres. Sa topographie accidentée, faite de vallées encaissées et de plateaux difficilement accessibles, en fait depuis longtemps un couloir privilégié pour différentes formes de contrebande. Al-Qasr, village de taille modeste, se trouve précisément dans ce secteur sensible où les contrôles étatiques sont historiquement plus difficiles à exercer de manière continue.
Ces dernières années, l’armée libanaise a multiplié les interventions dans ce caza pour démanteler des réseaux impliqués dans le trafic d’armes, de drogues et de marchandises illicites. Les opérations du 15 janvier s’inscrivent dans cette dynamique de longue date, mais elles interviennent dans un contexte où l’institution militaire cherche à affermir sa présence sur l’ensemble du territoire national, y compris dans des zones où l’autorité de l’État a parfois été concurrencée par d’autres acteurs armés ou par des logiques claniques.
Le communiqué précise que l’action a été déclenchée dans le cadre du « suivi des personnes impliquées dans le commerce des armes de guerre et des individus portant atteinte à la sécurité ». Le lien établi entre le trafic d’armes et les tirs à l’arme automatique ou semi-automatique rappelle que ces deux phénomènes sont souvent imbriqués : les armes saisies servent aussi bien au commerce qu’à des démonstrations de force locales ou à des règlements de comptes.
Un arsenal qualifié de « grande quantité »
Le texte officiel emploie l’expression « kammiyya kabira » (grande quantité) pour décrire les armes et munitions découvertes, sans entrer dans le détail des modèles ou des calibres. Cette formule, régulièrement utilisée par la direction de l’orientation, indique généralement la présence de matériels militaires – fusils d’assaut, lance-roquettes, caisses de munitions de moyen ou gros calibre – et non de simples armes de chasse ou de poing. La qualification « armes et munitions de guerre » retenue dans le communiqué renforce cette lecture : elle exclut les armes légères civiles et désigne des équipements relevant normalement du monopole étatique.
De telles saisies, lorsqu’elles sont annoncées publiquement, visent également à dissuader d’autres réseaux opérant dans la même zone. La proximité de la frontière syrienne rend plausible l’hypothèse d’un approvisionnement extérieur : depuis le début du conflit syrien en 2011, d’importants stocks d’armes légères et lourdes ont circulé dans la région, alimentant à la fois les belligérants syriens et des marchés parallèles au Liban.
La persistance du trafic d’armes dans la Békaa nord
La vallée de la Békaa, et particulièrement son secteur nord, reste l’une des zones où la circulation illégale d’armes est la plus documentée. Les rapports annuels de l’armée font état de dizaines d’opérations similaires chaque année : perquisitions, saisies de dépôts clandestins, arrestations de convoyeurs. Ces actions concernent aussi bien des armes individuelles que des lots destinés à la revente ou à l’usage local.
Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis la fin de la guerre civile, le Liban n’a jamais totalement réussi à récupérer l’ensemble des arsenaux privés ou partisans. Les accords de Taëf de 1989 avaient pourtant posé le principe du monopole de l’État sur les armes, avec une exception temporaire pour la résistance face à l’occupation israélienne. Trente-cinq ans plus tard, ce monopole reste partiellement inachevé, notamment dans certaines régions où des groupes politiques conservent des capacités militaires importantes.
À cela s’ajoute, depuis 2019, l’effondrement économique qui a favorisé l’émergence de nouveaux trafics. La dévaluation de la livre libanaise a rendu les armes plus accessibles sur le marché noir tout en augmentant leur valeur d’échange. Les tirs celebratoires ou intimidants, souvent liés à des événements familiaux ou politiques, se sont multipliés, provoquant régulièrement des victimes collatérales et justifiant des campagnes de répression périodiques.
Le rôle central de l’armée dans le maintien de l’autorité étatique
L’institution militaire libanaise demeure, selon la majorité des sondages d’opinion, l’une des rares structures perçues comme relativement neutres et efficaces. Ses opérations dans la Békaa nord sont généralement conduites en coordination avec les services de renseignement de l’armée, qui disposent d’un réseau d’informateurs locaux. La rapidité avec laquelle l’opération du 15 janvier a été menée suggère une préparation fondée sur des renseignements précis.
Depuis la formation du gouvernement dirigé par Nawaf Salam en février 2025, l’armée a bénéficié d’un soutien politique renforcé pour étendre ses déploiements et ses actions de police judiciaire. Les aides internationales, notamment américaines et françaises, continuent de financer l’équipement et la formation des unités spécialisées dans la lutte contre la contrebande et le trafic d’armes.
La frontière syrienne, point de passage récurrent
La ligne frontalière entre le Liban et la Syrie dans le secteur de Hermel-Qaa reste poreuse malgré les efforts déployés depuis 2014 pour la sécuriser. Des postes d’observation et des patrouilles mobiles ont été installés, mais les passeurs connaissent les itinéraires secondaires. Les armes saisies proviennent souvent d’anciens stocks de l’armée syrienne, de milices ayant combattu dans le conflit voisin ou de productions artisanales.
Les opérations militaires libanaises dans cette zone se doublent parfois d’une coordination discrète avec les forces syriennes sur certains tronçons, mais la priorité reste la fermeture des routes utilisées par les réseaux criminels. La saisie du 15 janvier illustre cette détermination : en frappant directement les receleurs et les détenteurs locaux, l’armée coupe l’une des extrémités de la chaîne d’approvisionnement.
La suite judiciaire et les investigations en cours
Conformément à la procédure habituelle, les quatre suspects ont été transférés avec l’ensemble des pièces à conviction vers les services judiciaires compétents. Dans les affaires de trafic d’armes de guerre, la justice militaire est souvent saisie en première instance. L’enquête devra établir l’origine exacte des armes, les éventuels complices encore en liberté et la destination finale des lots saisis.
De telles procédures aboutissent régulièrement à des condamnations lourdes, allant de plusieurs années d’emprisonnement à des peines plus sévères lorsque les armes sont jugées destinées à des usages terroristes ou à des groupes armés illégaux. Les investigations en cours dans l’affaire d’Al-Qasr-Hermel s’inscrivent dans cette jurisprudence constante.
L’armée libanaise poursuit parallèlement ses patrouilles et ses contrôles renforcés dans le caza de Hermel et dans les localités voisines. D’autres opérations similaires ont été signalées ces dernières semaines dans la même région, confirmant la permanence de la menace représentée par les stocks d’armes illégaux et leur circulation continue à proximité de la frontière syrienne.


