Une stabilité apparente masquant une déconnexion croissante entre taille du secteur et réalité économique nationale
Le bilan agrégé des banques d’investissement opérant au Liban s’est établi à 334 855 milliards de livres libanaises à fin mars 2025, selon les données mensuelles publiées par la Banque du Liban. Au taux officiel de 89 500 LBP/USD, cela équivaut à environ 3,74 milliards de dollars, un chiffre stable par rapport à décembre 2024 (+0,2 %), mais révélateur de l’état de léthargie fonctionnelle du secteur bancaire non commercial.
Ces établissements, théoriquement spécialisés dans le financement des projets, l’ingénierie financière, les prises de participations ou encore la titrisation d’actifs, représentent aujourd’hui moins de 1 % du PIB nominal du pays. Cette marginalisation progressive traduit leur quasi-inexistence dans le redéploiement du capital, leur éloignement du financement productif, et leur dépendance structurelle vis-à-vis de l’environnement politique et réglementaire.
Structure du bilan en LBP et USD
| Poste | Montant (milliards LBP) | Montant équivalent (USD) |
|---|---|---|
| Total du bilan | 334 855 | 3,74 Mds USD |
| Actifs à l’étranger | 72 473 | 809 M USD |
| Dépôts de la clientèle | 81 442 | 910 M USD |
| Fonds propres | 33 150 | 370 M USD |
La répartition montre que près de 21,6 % des actifs sont placés à l’étranger, souvent sous forme de comptes de liquidité ou de réserves réglementaires, alors que les fonds propres représentent moins de 10 % du total du bilan, témoignant d’une faible capacité d’absorption du risque.
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Activité réduite, effet d’image intact
Les banques d’investissement libanaises ne remplissent plus leurs fonctions traditionnelles :
- Très peu de projets structurés depuis 2019
- Disparition des émissions de titres privés
- Absence de marché secondaire local
- Aucune prise de participation stratégique connue depuis 2021
Cette inertie est en contraste avec leur poids symbolique dans le système financier national. La majorité d’entre elles restent contrôlées par de grands groupes bancaires commerciaux, ce qui leur permet de survivre institutionnellement, sans réelle vocation indépendante.
Comparaison régionale
| Pays | Bilan agrégé banques d’investissement (USD) | % du PIB |
|---|---|---|
| Émirats arabes unis | 218 Mds USD | 48 % |
| Arabie saoudite | 131 Mds USD | 31 % |
| Jordanie | 7,4 Mds USD | 16 % |
| Liban | 3,74 Mds USD | 0,9 % |
La sous-dimension bancaire libanaise en matière d’investissement est flagrante, y compris par rapport à des économies de taille et de revenu comparables. Cela confirme que le capital intermédié ne circule plus, ou du moins ne transite plus par des circuits professionnels formalisés.
Analyse critique
Ce chiffre de 3,74 milliards USD est trompeur :
- Il comprend de nombreux actifs non performants
- Les créances sont en majorité concentrées sur des clients liés ou inactifs
- La valorisation comptable est souvent obsolète ou surestimée
En l’absence de supervision externe stricte, les banques d’investissement échappent à un audit approfondi sur leurs portefeuilles. Elles opèrent sur des bases documentaires anciennes, sans transparence publique, et restent non cotées.
Leur maintien est principalement juridique et statutaire, à défaut d’être économique ou financier. Elles servent parfois de réservoirs de bilans pour restructurer discrètement certains actifs du système bancaire commercial.



