jeudi, janvier 22, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Le Conseil des ministres plongé dans le chaos des désaccords budgétaires 2026

- Advertisement -

Le 11 septembre 2025, une séance du Conseil des ministres libanais s’est déroulée dans une atmosphère tendue au palais de Baabda, marquée par des désaccords profonds autour du projet de budget 2026. Présidée par le Premier ministre Nawaf Salam, cette réunion, initialement prévue pour finaliser les grandes lignes de la loi de finances avant sa transmission au Parlement, a révélé des fractures au sein du gouvernement, notamment sur la répartition des crédits alloués aux secteurs de la sécurité et de la santé. Alors que le ministre des Finances, Elias Bou Saab, défend une approche de rigueur budgétaire face à une crise économique persistante, plusieurs ministres s’opposent à ses propositions, et l’opposition politique dénonce un favoritisme régional. Ce blocage menace de compromettre l’adoption du budget avant la date limite constitutionnelle du 31 octobre, plongeant le pays dans une incertitude financière accrue.

Une séance tendue sur la répartition des crédits

La réunion, qui a débuté à 10 heures et s’est prolongée jusqu’à 17 heures, a été marquée par des échanges vifs entre les membres du gouvernement. Le projet de budget 2026, élaboré par le ministère des Finances sous la direction d’Elias Bou Saab, propose une enveloppe globale de 40 milliards de dollars, avec une réduction des dépenses publiques de 8 % par rapport à 2025, dans un contexte où le déficit budgétaire atteint encore 12 % du PIB. Bou Saab a présenté cette rigueur comme une condition sine qua non pour répondre aux attentes des créanciers internationaux et relancer les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI), suspendues depuis 2023. « Nous devons aligner nos finances sur la réalité économique et éviter une nouvelle crise de liquidités », a-t-il déclaré lors d’une intervention à 14 heures, citant une baisse prévue des revenus fiscaux de 15 % en raison de la récession.

Cependant, cette approche a suscité l’ire de plusieurs ministres. Le ministre de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a contesté les crédits alloués à la sécurité, jugés insuffisants pour renforcer les forces de l’ordre face à l’instabilité croissante dans le sud et à Beyrouth. « Avec seulement 3 milliards de dollars pour les forces de sécurité, nous ne pouvons ni équiper nos unités ni garantir la protection des civils », a-t-il martelé, appuyé par le ministre de la Défense, Michel Ménassa, qui a réclamé des fonds supplémentaires pour moderniser l’armée libanaise, confrontée aux tensions avec Israël. De son côté, le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, a dénoncé une coupe drastique de 20 % des budgets hospitaliers, estimant que cela compromettrait l’accès aux soins dans un pays où 70 % des hôpitaux fonctionnent à perte depuis la crise de 2019. « Nous parlons de la vie de milliers de patients, pas de chiffres sur un tableau », a-t-il insisté lors d’un échange tendu avec Bou Saab.

Nawaf Salam, qui avait espéré apaiser les tensions en proposant une médiation, s’est heurté à une résistance croissante. À 16 heures, il a tenté de relancer les discussions en suggérant une révision des priorités, mais le ministre des Affaires sociales, Hanine Sayyed, a quitté la salle en signe de protestation, suivie par al-Hajjar. Cette sortie a suspendu les débats, laissant le Conseil dans l’impasse. Une source proche du gouvernement, sous couvert d’anonymat, a indiqué que Salam envisageait une nouvelle session d’urgence dans les prochains jours, mais les divisions semblent s’enraciner.

Une ligne de rigueur défendue par Bou Saab

Elias Bou Saab, qui a soumis l’avant-projet de budget le 29 juillet 2025 au Conseil des ministres, en conformité avec les délais du code libanais de la comptabilité publique, insiste sur la nécessité d’une discipline budgétaire stricte. Dans un rapport annexe de 1 050 pages, consulté par des officiels, il détaille une stratégie visant à réduire les subventions énergétiques de 2 milliards de dollars et à augmenter les taxes sur les importations de 5 %, afin de générer 3,5 milliards de revenus supplémentaires. « Sans ces mesures, le Trésor risque la banqueroute d’ici fin 2026 », a-t-il averti, soulignant que le Liban doit honorer une dette publique dépassant 90 % du PIB, malgré une restructuration partielle en 2024.

Bou Saab s’appuie sur des consultations avec des experts internationaux, dont des représentants de la Banque mondiale, qui ont salué le 10 septembre une « approche réaliste » face à une économie en récession de 6 % en 2025. Il a également défendu une allocation prioritaire aux infrastructures, avec 5 milliards de dollars pour la reconstruction des réseaux électriques, endommagés par les conflits récents. Cependant, cette orientation a été perçue comme un désintérêt pour les secteurs sociaux, alimentant les critiques internes. Le ministre des Travaux publics, Fayez Rasamny, a rétorqué que « concentrer les fonds sur l’électricité au détriment des routes et des hôpitaux est une erreur stratégique », reflétant un clivage entre les priorités techniques et humanitaires.

L’opposition dénonce un favoritisme régional

Au-delà des tensions gouvernementales, l’opposition politique a saisi l’occasion pour accuser le gouvernement de Nawaf Salam de favoritisme régional. Le bloc du Courant du Futur, dirigé par Saad Hariri, a publié un communiqué le 11 septembre dénonçant une « répartition inéquitable des ressources », alléguant que les régions sunnites, notamment Tripoli et le Akkar, recevraient des crédits inférieurs de 30 % par rapport à Beyrouth et à la Békaa, fiefs de la coalition au pouvoir. Hariri, qui a quitté ses fonctions de Premier ministre en 2022 mais conserve une influence notable, a déclaré lors d’une interview sur MTV Liban : « Ce budget reflète les agendas politiques du gouvernement, pas les besoins des citoyens. »

Ces accusations ont été relayées par des manifestations spontanées à Tripoli le 11 septembre, où des centaines de personnes ont bloqué les routes principales, protestant contre une allocation de seulement 500 millions de dollars pour les infrastructures du nord, contre 2 milliards pour la Békaa. Le ministre de l’Économie, Amer Bisat, a tenté de désamorcer la crise en promettant une révision des chiffres, mais son intervention a été accueillie avec scepticisme. L’opposition chiite, emmenée par le mouvement Amal, a quant à elle critiqué une sous-représentation des régions du sud, où les destructions causées par les affrontements avec Israël nécessiteraient 4 milliards selon leurs estimations.

Des analystes économiques, comme Karim Daher, avocat fiscaliste interrogé par des médias locaux le 11 septembre, estiment que ces désaccords traduisent une lutte de pouvoir plus qu’une divergence sur les principes. « Le budget est devenu un champ de bataille politique, où chaque faction défend ses bases électorales », a-t-il analysé, notant que les législatives prévues en mai 2026 pourraient amplifier ces tensions.

Un calendrier compromis

La Constitution libanaise exige que le budget soit adopté par le Parlement avant le 31 octobre pour entrer en vigueur le 1er janvier 2026. Avec les désaccords actuels, cette échéance semble hors de portée. Le ministère des Finances avait initialement prévu de soumettre le projet au Parlement d’ici le 15 septembre, après un examen final par le Conseil des ministres. Cependant, la paralysie observée le 11 septembre repousse ce calendrier, risquant de forcer le gouvernement à recourir à un budget par décret, une pratique controversée utilisée en 2025 pour le budget de l’année en cours.

Nawaf Salam, nommé Premier ministre en février 2025 après des mois de vide politique, avait fait de la stabilisation économique une priorité de son mandat. Lors de son discours d’investiture, il avait promis « un budget équilibré et équitable pour relancer la confiance nationale et internationale ». Mais les résistances internes et les pressions de l’opposition compromettent cette ambition. Une source diplomatique occidentale, sous couvert d’anonymat, a indiqué le 11 septembre que le FMI pourrait suspendre ses discussions avec le Liban si le budget n’est pas adopté d’ici novembre, privant le pays d’un plan de sauvetage estimé à 3 milliards de dollars.

Le ministre de l’Éducation, Rima Karami, a tenté de relancer les négociations en proposant une commission ad hoc pour réexaminer les chiffres, mais cette initiative a été rejetée par Bou Saab, qui y voit une « perte de temps ». À l’issue de la séance, Salam a annoncé une pause jusqu’au 15 septembre, espérant un compromis, mais les regards se tournent déjà vers une crise budgétaire qui pourrait paralyser davantage un État déjà fragilisé par des années de crise.

Les enjeux immédiats pour l’économie libanaise

Le blocage du budget 2026 intervient alors que le Liban lutte pour se relever d’une dévaluation de la livre libanaise de plus de 90 % sur le marché parallèle et d’une inflation qui a atteint 200 % en 2023 avant de se stabiliser à 50 % en 2025. Les banques, immobilisant 70 % des dépôts en devises, limitent l’accès aux liquidités, tandis que les importations de carburant et de médicaments dépendent de financements internationaux. Le ministère des Finances a averti que sans budget, les salaires des fonctionnaires – 180 000 employés – pourraient être retardés dès octobre, alimentant un mécontentement social déjà palpable.

Les secteurs de la sécurité et de la santé, au cœur des débats, illustrent les priorités divergentes. Les forces de l’ordre, déployées à 25 000 hommes, ont enregistré 150 incidents liés à des manifestations en 2025, nécessitant un rééquipement urgent estimé à 500 millions de dollars. Les hôpitaux, quant à eux, ont vu leurs coûts opérationnels doubler depuis 2019, avec une dépendance accrue aux dons internationaux, comme les 200 millions de dollars promis par l’Arabie saoudite en mars 2025, conditionnés à des réformes.

Le 12 septembre 2025, alors que les ministres se préparent à une nouvelle confrontation, les désaccords persistent, et l’horizon économique s’assombrit. Les négociations avec le FMI, déjà fragiles, pourraient s’effondrer, tandis que les régions en marge des cercles de pouvoir continuent de crier leur frustration face à une répartition perçue comme inéquitable.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi