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Le dossier des ports : un nouveau tarif de scan à 46 dollars par conteneur entre en vigueur à Beyrouth et Tripoli

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Les ports libanais, artères vitales de l’économie nationale, franchissent une étape décisive dans leur modernisation sécuritaire. Des détails précis sur l’installation de scanners avancés dans les ports de Beyrouth et de Tripoli ont émergé récemment, marquant un tournant dans la lutte contre la contrebande et le renforcement des contrôles douaniers. Ce projet s’inscrit dans un contrat d’une durée de six ans, fondé sur un mécanisme de paiement par conteneur scanné, une approche destinée à rationaliser les dépenses tout en générant des revenus proportionnels au volume des opérations. Ces avancées interviennent alors que le Liban s’efforce de consolider ses infrastructures portuaires, encore marquées par les crises économiques persistantes et les conséquences de l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, qui avait ravagé une grande partie des installations et causé des pertes estimées à plus de 15 milliards de dollars.

Les scanners, déployés pour inspecter les conteneurs entrants, mettent l’accent sur les cargaisons complètes, avec un tarif fixé à 46 dollars américains par opération pour chaque conteneur plein, désigné sous le code C33 par l’administration du port de Beyrouth. Ce montant s’applique obligatoirement à l’ensemble des importations et exportations transitant par ces deux ports principaux, à l’exception des conteneurs en transbordement qui en sont pour l’instant exemptés. Les estimations des coûts d’équipement pour chaque scanner gravitent autour de 10 millions de dollars, couvrant l’acquisition de technologies de pointe capables d’analyser jusqu’à 100 conteneurs par heure, contre seulement 40 par jour avec les systèmes antérieurs. Ces appareils intègrent des systèmes d’imagerie optique, de détection automatisée par intelligence artificielle et de pénétration jusqu’à 40 centimètres de métal, permettant d’identifier des substances cachées comme des stupéfiants, des armes ou des devises illicites sans perturber significativement le flux commercial.

Ce déploiement fait partie d’une réforme plus vaste des ports libanais, impulsée par des exigences internationales en matière de sécurité et de transparence. Le contrat de six ans lie l’État libanais à un opérateur privé chargé de l’installation, de la maintenance et de l’exploitation des équipements, avec un modèle économique reposant sur la facturation par unité scannée. Les importateurs et exportateurs assument ainsi directement une portion des frais, proportionnelle à leurs volumes de cargaison, évitant un financement forfaitaire par les caisses publiques. Cette méthode pourrait générer des revenus substantiels pour amortir les investissements initiaux, incluant non seulement l’achat des scanners mais aussi la formation du personnel, les mises à jour logicielles et l’intégration de systèmes de cybersécurité pour protéger les données collectées lors des inspections.

Les détails tarifaires illustrent une stratégie de rationalisation des opérations portuaires. Pour un conteneur plein, le coût de 46 dollars par scan représente une augmentation modérée par rapport aux frais existants, mais elle s’additionne aux taxes douanières en vigueur. Ce tarif a été calibré pour refléter les dépenses réelles, telles que l’énergie consommée par les appareils et la main-d’œuvre qualifiée nécessaire à leur fonctionnement. Les coûts d’équipement, évalués à environ 10 millions de dollars par unité, s’appuient sur des contrats similaires antérieurs, où des investissements comparables ont été alloués à des développements infrastructurels, comme celui conclu en 2022 pour la gestion du terminal à conteneurs de Beyrouth. Au total, deux scanners ont été installés à Beyrouth et un à Tripoli, avec une phase pilote lancée à Beyrouth avant une extension progressive.

Cette initiative s’aligne sur des efforts précédents pour équiper les ports libanais de technologies avancées, motivés par les recommandations du Fonds monétaire international en vue d’un soutien financier. En juin 2025, le cabinet avait approuvé l’installation de ces scanners high-tech pour renforcer la sécurité et la supervision douanière, une mesure soulignée par le ministre des Travaux publics et des Transports, Ali Hamieh, comme essentielle pour restaurer la confiance internationale dans les ports libanais. Les ports de Beyrouth et de Tripoli, qui traitent plus de 80 % des importations du pays, sont particulièrement exposés aux trafics illicites, des armes aux produits contrefaits en passant par les narcotiques, causant des pertes annuelles de plusieurs milliards de dollars à l’économie. Le contrat de six ans prévoit une entrée en vigueur graduelle, avec des opérations débutant pleinement dans les semaines suivant l’installation, estimée à cinq semaines pour chaque site.

Les frais par conteneur scanné introduisent une variable inédite dans l’équation des importations. Pour les conteneurs pleins, le tarif de 46 dollars s’applique uniformément, indépendamment de la valeur ou du contenu de la cargaison, favorisant potentiellement les importateurs de gros volumes en diluant le coût relatif. En revanche, pour les petites et moyennes entreprises dépendant souvent de chargements partiels ou groupés, cette mesure pourrait alourdir les charges opérationnelles. Les estimations des coûts d’équipement englobent l’intégration des scanners dans les systèmes existants, avec des dépenses prévues pour la protection des données et des outils d’analyse de risques basés sur l’intelligence artificielle, permettant un stockage d’images et un partage transfrontalier des scans.

Dans un contexte où le Liban lutte pour stabiliser son économie, ces développements soulignent l’urgence de moderniser les infrastructures portuaires. Le port de Beyrouth, partiellement reconstruit après l’explosion du 4 août 2020 qui a fait plus de 200 morts et des dommages massifs, symbolise la résilience nationale. L’installation de scanners y est perçue comme une prévention contre de futures catastrophes, via un renforcement des contrôles sur les matières dangereuses. À Tripoli, le deuxième port en importance, les scanners visent à accroître l’efficacité, où le terminal à conteneurs gère annuellement des centaines de milliers d’unités, avec une capacité d’inspection passant de 40 conteneurs par jour à 60 par heure grâce à l’intelligence artificielle.

Les perspectives avec le paquet de recettes

Ces mesures s’insèrent dans un cadre budgétaire plus large, où les frais liés aux conteneurs font partie d’un ensemble de recettes destinées à renflouer les caisses de l’État. Le budget 2026, adopté par le Parlement le 29 janvier 2026, juste avant la échéance constitutionnelle, intègre un paquet de taxes et de frais visant à générer des revenus supplémentaires sans alourdir excessivement la fiscalité générale. Parmi ces dispositions, les frais portuaires, y compris ceux pour les scans, sont présentés comme une mesure ciblée sur les importations, avec des projections de recettes atteignant plusieurs dizaines de millions de dollars annuellement, basées sur le volume moyen de conteneurs traités à Beyrouth et Tripoli.

Ce paquet de recettes reflète les pressions du Fonds monétaire international, qui conditionne son aide à des réformes structurelles, dont la lutte contre la contrebande. Les frais par conteneur scanné, à 46 dollars pour les pleins, s’ajoutent à d’autres charges comme les frais de manutention et de stockage, formant un ensemble cohérent pour financer la sécurité portuaire. Des ajustements supplémentaires ont été approuvés, tels qu’une augmentation de la TVA de 11 % à 12 %, effective après le vote du cabinet le 16 février 2026, et une hausse de 300 000 livres libanaises sur chaque bidon d’essence, tandis que la taxe sur le diesel a été supprimée. Pour les conteneurs, des tarifs révisés ont été fixés à 50 dollars pour un conteneur de 20 pieds et 80 dollars pour un de 40 pieds, contribuant à une hausse projetée des recettes portuaires de 20 % grâce à la reprise du commerce international post-pandémie.

Ces projections intègrent une croissance des revenus due à une meilleure collecte des taxes, des mesures anti-évasion comme les scanners, et l’application des frais au taux de change du marché. Le budget 2026 prévoit des dépenses totales d’environ 6 milliards de dollars, avec une grande partie allouée aux coûts opérationnels essentiels pour maintenir l’État fonctionnel, dans une économie dont la production est estimée à un peu plus de 31 milliards de dollars. Les revenus attendus marquent une augmentation de 75 % par rapport à 2024, attribuée en partie aux scanners qui devraient réduire le déficit budgétaire persistant depuis 2019. Cependant, des risques d’application inégale persistent, où les grands importateurs pourraient bénéficier d’exemptions, nécessitant un contrôle rigoureux.

Cette intégration budgétaire ancre les scanners dans une dynamique macroéconomique. Le budget 2026, avec une allocation limitée pour les municipalités et une priorisation des investissements en sécurité, compare favorablement à des initiatives passées où des contrats similaires ont généré des revenus mais aussi des débats sur leur gestion. Les frais liés aux conteneurs servent de levier pour équilibrer les comptes publics, sans recours massif à des subventions, tout en répondant aux exigences internationales pour une transparence accrue dans les opérations portuaires.

Gouvernance : qui contracte, qui contrôle, comment éviter la rente

La gouvernance des ports libanais constitue un enjeu pivotal dans ce dossier. Le contrat pour les scanners, d’une durée de six ans, est géré par l’Autorité portuaire de Beyrouth, sous la tutelle du gouvernement libanais. Ce partenariat implique l’opérateur français CMA CGM, responsable de l’installation, de la maintenance et de l’exploitation des équipements à Beyrouth et Tripoli, où il gère déjà le terminal à conteneurs depuis un contrat signé en 2022 pour une décennie. À Tripoli, une structure analogue est mise en place, avec l’Autorité d’exploitation du port supervisant les opérations quotidiennes.

Le contrôle des scans relève exclusivement des Douanes libanaises, qui détiennent l’autorité sur les processus d’inspection, la saisie des données et les décisions de saisie. Ce partage des rôles vise à garantir une transparence optimale : l’opérateur privé se concentre sur l’aspect technique, tandis que l’État assure la supervision sécuritaire. Des systèmes interconnectés en temps réel, reliés à une salle de contrôle opérée par les Douanes et liée au ministère des Finances, permettent une surveillance continue et éliminent la nécessité d’inspections physiques pour la majorité des conteneurs.

Pour prévenir les pratiques de rente, des mécanismes anti-corruption sont incorporés au contrat. Le Liban, souvent confronté à des accusations de népotisme dans les contrats publics, a adopté des procédures d’appels d’offres, bien que critiquées pour leur opacité par des organismes comme la Banque mondiale. Des clauses spécifiques prévoient des audits indépendants annuels, une limitation des marges bénéficiaires pour l’opérateur – fixées entre 25 et 30 % des revenus générés par les scanners – et une répartition claire des recettes, où CMA CGM reçoit une part en échange de son financement initial. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a souligné que ces scanners, financés par CMA CGM sans charge directe pour l’État, visent à combattre l’évasion douanière, augmenter les revenus du Trésor et protéger les droits des employés portuaires.

Les inspections seront gérées par les Douanes, avec une intégration future d’outils d’analyse de risques et de stockage d’images, renforçant la coopération transfrontalière. Cette gouvernance hybride, public-privé, s’inspire de modèles internationaux, comme ceux soutenus par l’Union européenne et la Banque mondiale, qui ont contribué à des financements pour des upgrades similaires, incluant une subvention de 2,1 millions de dollars pour des scanners AI. Des visites officielles, telles que celle de l’ambassadeur américain Michel Issa en janvier 2026 pour inspecter les scanners à Beyrouth, soulignent l’intérêt international pour ces mesures, visant à aligner les ports libanais sur les standards globaux de sécurité.

L’impact : coût d’importation et prix à la consommation

Les nouveaux frais de scan influent directement sur les coûts d’importation, alourdissant la chaîne logistique dans un pays dépendant à plus de 80 % des importations pour ses besoins essentiels. Avec un tarif de 46 dollars par conteneur plein, ajouté aux ajustements budgétaires comme les 50 dollars pour un 20 pieds et 80 pour un 40 pieds, les importateurs font face à une hausse cumulée des charges portuaires, estimée à 10-15 % pour les volumes moyens. Cette augmentation, bien que modérée individuellement, se répercute sur les secteurs clés comme l’agroalimentaire, les produits pharmaceutiques et les biens de consommation, où les conteneurs pleins dominent.

Pour les entreprises, particulièrement les PME, ces coûts supplémentaires pourraient comprimer les marges, entraînant des délais dans les chaînes d’approvisionnement et une hausse des prix de gros. Par exemple, un importateur de denrées alimentaires traitant 500 conteneurs annuellement verrait ses dépenses grimper de 23 000 dollars rien que pour les scans, sans compter les frais de manutention révisés. Cette pression s’ajoute à l’augmentation de la TVA à 12 %, qui touche directement les biens importés, et à la hausse sur l’essence, impactant les transports terrestres post-portuaires.

À la consommation, les répercussions se manifestent par une inflation accrue sur les produits quotidiens. Dans un contexte d’économie contractée, où l’inflation reste volatile malgré les stabilisations récentes, ces frais portuaires contribuent à une élévation des prix finaux de 2-5 % pour les biens importés, selon des estimations basées sur les volumes traités. Les ménages libanais, déjà confrontés à une dette publique massive et à des salaires érodés, absorbent ces hausses via les supermarchés et les marchés, où les produits étrangers – du lait aux médicaments – voient leurs étiquettes ajustées. Les autorités soulignent que ces mesures, en réduisant la contrebande, pourraient à terme stabiliser les prix en augmentant les recettes fiscales pour des investissements publics, mais les effets immédiats pèsent sur les importations essentielles.

Les secteurs du Nord, dépendants du port de Tripoli, pourraient être particulièrement touchés, avec une hausse des coûts logistiques pour les importateurs locaux. Des projections indiquent que les revenus générés par ces frais pourraient atteindre 50 millions de dollars par an, mais leur répartition – entre maintenance des scanners et budget général – influence directement l’impact sur les consommateurs. Les exemptions pour les transbordements préservent une compétitivité régionale, mais les conteneurs pleins, majoritaires, transmettent les coûts à la chaîne de valeur, amplifiant les pressions sur les prix à la pompe et dans les rayons.

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