Le Fonds monétaire international (FMI) a récemment exprimé ses réserves sur la loi relative à la répartition des pertes financières, approuvée par le cabinet libanais en décembre 2025. Cette mesure, destinée à combler l’écart financier accumulé dans le secteur bancaire depuis la crise de 2019, est considérée comme un premier pas bienvenu par l’institution internationale, mais elle présente des lacunes notables qui nécessitent des modifications pour s’aligner sur les normes internationales. Cette position du FMI met en lumière les défis persistants du Liban dans sa quête de réformes économiques, alors que le pays tente de rebondir après des années de turbulences financières et de conflits régionaux.
Dans un contexte où l’économie libanaise montre des signes de résilience malgré les impacts du conflit régional, le FMI insiste sur la nécessité d’une stratégie plus robuste pour réhabiliter le secteur bancaire et restaurer la viabilité fiscale. La loi sur l’écart financier, souvent appelée « Gap Law », vise à répartir les pertes estimées à plusieurs dizaines de milliards de dollars entre l’État, les banques commerciales et les déposants. Cependant, selon les déclarations officielles, elle doit être affinée pour garantir une protection maximale des petits déposants tout en maintenant la soutenabilité de la dette publique. Cette critique intervient alors que le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, s’efforce de mettre en œuvre des réformes structurelles pour attirer un soutien international et financer la reconstruction.
Un premier pas bienvenu, mais insuffisant
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La loi sur l’écart financier représente un effort concret du gouvernement libanais pour aborder les pertes massives du système financier, accumulées depuis l’effondrement économique de 2019. Adoptée par le cabinet en décembre 2025, elle propose une répartition des responsabilités qui inclut des contributions des actionnaires des banques, une utilisation limitée des réserves de la Banque du Liban (BDL) et une implication modérée de l’État. Les autorités libanaises ont présenté ce texte comme une étape clé vers la restauration de la confiance dans le secteur bancaire, qui reste paralysé par des restrictions sur les retraits et une économie largement informelle basée sur le cash.
Pourtant, le FMI a souligné que cette loi, bien qu’elle reflète un engagement des parties prenantes, comporte des déficiences en matière de substance et de formulation. Parmi les points faibles identifiés figurent un manque de clarté sur les mécanismes de répartition des pertes, qui pourrait prolonger la récession économique en ne protégeant pas adéquatement les déposants ordinaires. Des représentants officiels ont indiqué que des amendements sont nécessaires pour aligner le texte sur les standards internationaux, en particulier ceux relatifs à la restructuration bancaire et à la transparence. Sans ces ajustements, la loi risque de perpétuer un système financier fragile, où les banques continuent d’opérer avec des bilans gonflés de dettes irrécouvrables.
Les raisons d’une critique ciblée
Le FMI explique ses réserves par la nécessité d’assurer une réhabilitation efficace du secteur bancaire tout en préservant la stabilité macroéconomique. Selon des déclarations récentes, la loi actuelle ne prévoit pas suffisamment de garanties pour les petits déposants, dont les économies ont été gelées depuis plus de six ans. Ces déposants, souvent des familles modestes ou des retraités, représentent la majorité des clients bancaires et ont vu leurs fonds se déprécier en raison de l’inflation galopante et de la dévaluation de la livre libanaise. Le FMI insiste sur le fait que toute stratégie de répartition des pertes doit prioriser leur protection, en limitant les « bail-ins » qui transfèrent les charges sur les comptes des clients.
De plus, la loi ne tient pas assez compte de la soutenabilité de la dette publique, qui dépasse les 150 % du PIB selon les estimations récentes. Le gouvernement libanais, sous la direction du ministre des Finances Yassin Jaber, a proposé une approche qui minimise l’impact sur les finances de l’État, mais cela pourrait compromettre la capacité du pays à attirer des financements extérieurs. Le FMI a rappelé que des réformes fiscales ambitieuses sont essentielles pour créer un espace budgétaire dédié à la reconstruction et à la protection sociale, surtout après les dommages causés par les conflits récents. La rétraction de certaines taxes, comme celles sur les carburants, soulève des préoccupations sérieuses quant à la capacité de financement du budget.
Enfin, le FMI pointe du doigt l’absence d’un cadre fiscal à moyen terme ambitieux. Le projet de budget pour 2026, approuvé par le cabinet en septembre 2025, a déjà fait l’objet de critiques pour son manque d’ambition. Sur le plan des recettes, bien que des mesures pour élargir l’assiette fiscale et améliorer la conformité aient été envisagées, des réformes fiscales plus profondes s’imposent pour générer des ressources supplémentaires. Du côté des dépenses, toutes les lignes budgétaires doivent être enregistrées de manière transparente, y compris celles financées par des aides extérieures, afin d’assurer une cohérence avec les financements disponibles.
Les banques libanaises sous le feu des critiques
Les banques commerciales libanaises, regroupées au sein de l’Association des banques du Liban (ABL), ont affiché une attitude résolument défensive face aux réformes proposées. En décembre 2025, l’ABL a publiquement rejeté la neuvième version du projet de loi sur la répartition des pertes, la qualifiant de défectueuse tant sur le fond que sur la forme. Les banquiers arguent que les pertes financières résultent principalement des politiques fiscales insoutenables menées par l’État au fil des décennies, et non de leur gestion. Ils craignent que la loi impose une charge excessive sur les actionnaires et les grandes institutions, menaçant ainsi la viabilité du secteur.
Cette posture a été critiquée pour son manque de coopération. Au lieu de contribuer activement à une solution collective, les banques ont souvent recours à des campagnes médiatiques et à des pressions parlementaires pour atténuer les exigences de restructuration. Par exemple, la loi de résolution bancaire, adoptée en juillet 2025, a été influencée par le lobby bancaire, ce qui a conduit à des dispositions qui concentrent le pouvoir entre les mains d’acteurs liés au secteur, minimisant ainsi la protection des déposants. Le FMI a suggéré onze amendements à cette loi pour la rapprocher des normes internationales, notamment en renforçant les barrières contre les conflits d’intérêts et en imposant une restructuration plus rigoureuse.
L’attitude des banques perpétue un cercle vicieux : en résistant aux réformes, elles prolongent l’économie de cash qui domine le Liban depuis 2019, favorisant l’évasion fiscale et les transactions informelles. Des observateurs soulignent que les banquiers, souvent liés à des élites politiques, ont profité d’années de prospérité artificielle grâce à des investissements risqués dans la dette publique. Aujourd’hui, leur refus d’assumer une part équitable des pertes bloque l’accès à un programme d’assistance du FMI, essentiel pour débloquer des fonds internationaux comme ceux promis lors de la conférence CEDRE en 2018.
Le contexte de la crise économique persistante
Pour comprendre les enjeux, il faut replacer ces critiques dans le cadre de la crise économique libanaise, qui a éclaté en octobre 2019. À l’époque, le pays a fait défaut sur sa dette souveraine, marquant le début d’une dépression sans précédent. La livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur face au dollar, l’inflation a atteint des pics à trois chiffres, et le PIB a chuté de plus de 40 %. Les banques, qui détenaient une grande partie de la dette publique, ont imposé des contrôles de capitaux informels, gelant les dépôts de millions de Libanais.
Depuis la formation du gouvernement Salam en février 2025, des progrès ont été réalisés. Le cabinet, composé de 24 ministres, inclut des figures comme le ministre de l’Économie Amer Bisat, chargé de piloter les réformes. Des autorités de régulation ont été établies dans les secteurs de l’électricité et des télécommunications, et des processus numériques pour la conformité fiscale ont été renforcés. Le président Joseph Aoun a signé les décrets nécessaires pour activer ces mesures, marquant une rupture avec les années de paralysie sous le gouvernement intérimaire de Najib Mikati.
Malgré cela, les défis structurels persistent. La dette publique, estimée à plus de 100 milliards de dollars, pèse lourdement sur les finances. Les réserves de la BDL, bien que légèrement augmentées grâce à une politique monétaire serrée, restent insuffisantes pour relancer le crédit au secteur privé. Le FMI a salué la résilience économique récente, attribuée à un tourisme diaspora dynamique, mais insiste sur des réformes globales pour attirer des investissements étrangers.
Les amendements nécessaires à la loi de résolution bancaire
La loi de résolution bancaire, adoptée en juillet 2025, est un autre pilier des réformes critiqué par le FMI. Ce texte établit un cadre pour restructurer les banques insolvables, mais il accorde trop de latitude aux institutions commerciales et concentre le pouvoir chez des acteurs potentiellement biaisés. Parmi les amendements suggérés figurent des mécanismes plus stricts pour éviter les conflits d’intérêts, une évaluation banque par banque assistée par des experts internationaux, et une reconnaissance préalable des pertes pour limiter l’impact sur les déposants.
Le FMI a souligné que sans ces changements, la loi risque de perpétuer la paralysie du secteur, où les banques opèrent avec des bilans fictifs. Des parlementaires ont rencontré des représentants du FMI pour discuter de ces points, et des propositions incluent la liquidation partielle des réserves d’or de la BDL, bien que cela soit controversé en raison de la loi 42/1986 qui protège ces actifs. Le ministre de la Justice Adel Nassar a indiqué que des ajustements législatifs sont en cours pour renforcer la transparence.
Les efforts du gouvernement pour un cadre fiscal à moyen terme
Face à ces critiques, le gouvernement libanais travaille à un cadre fiscal à moyen terme, essentiel pour restaurer la soutenabilité de la dette. Le budget 2026 prévoit des mesures pour élargir l’assiette fiscale, comme l’imposition de nouvelles taxes sur les revenus élevés et la lutte contre l’évasion. Cependant, la rétraction des excises sur les carburants, décidée pour atténuer l’impact social, a été pointée comme un frein à la génération de recettes.
Le ministre des Finances Yassin Jaber a défendu ces choix en soulignant la nécessité de prioriser la reconstruction après les dommages des conflits. Des dépenses transparentes sont prévues pour les secteurs de la santé, géré par le ministre Rakan Nassereddine, et des travaux publics, sous Fayez Rasamny. Le FMI appelle à une cohérence entre dépenses et financements, en intégrant les aides internationales pour éviter des déficits imprévus.
Les implications immédiates pour le secteur bancaire
Dans les mois suivant l’adoption de la Gap Law, les banques ont intensifié leurs critiques, arguant que le texte menace leur viabilité. L’ABL a publié une lettre ouverte en décembre 2025, avertissant que des dispositions ambiguës pourraient aggraver la récession. Cette résistance a conduit à des fermetures temporaires de succursales en protestation, rappelant les grèves de 2023.
Le FMI, de son côté, maintient que les actionnaires bancaires doivent absorber les premières pertes, suivis des déposants et de l’État, conformément aux normes internationales. Des audits forensiques, comme celui d’Alvarez & Marsal en 2023, ont révélé des pratiques douteuses à la BDL sous l’ancien gouverneur Riad Salamé, mais peu d’actions correctives ont suivi. Le gouvernement actuel, avec le ministre de l’Intérieur Ahmed Al-Hajjar chargé de la sécurité, vise à renforcer les institutions anti-corruption.
Les défis pour les déposants et l’économie réelle
Les déposants restent les premières victimes. Des milliers de familles attendent le remboursement de jusqu’à 100 000 dollars, comme prévu dans la Gap Law. Cependant, sans amendements, ce processus pourrait s’éterniser. L’économie de cash favorise les inégalités, avec un secteur informel dominant.
Le ministre des Affaires sociales, dont le rôle est crucial pour les filets de sécurité, prépare des programmes pour atténuer l’impact. Des citations officielles soulignent que « la protection des déposants est une priorité absolue », mais les actions concrètes tardent.
Les résistances internes et leurs conséquences
Les banques persistent dans leur opposition, avec l’ABL avertissant d’une « undermining du système bancaire ». Cette attitude retarde l’accès au crédit privé, essentiel pour la croissance. Des experts notent que les actionnaires, enrichis par des décennies de profits, doivent contribuer équitablement.
Le gouvernement, avec le ministre de la Défense Michel Menassah assurant la stabilité, vise à surmonter ces obstacles. Les dynamiques confessionnelles, influençant les nominations, compliquent les consensus, mais le cabinet actuel privilégie l’expertise technique.
Les avancées récentes en matière de gouvernance
Des lois comme celle sur l’indépendance judiciaire, adoptée en juillet 2025, renforcent la gouvernance. Le FMI salue ces pas, mais note des lacunes persistantes. La levée partielle du secret bancaire en avril 2025 facilite les audits, alignant le Liban sur les normes anti-blanchiment.
Ces mesures, pilotées par le ministre de la Justice Adel Nassar, visent à restaurer la confiance internationale.



