Lors d’une réunion qui s’est déroulée hier au Grand Sérail, plusieurs ministres libanais ont accusé le haut commissariat aux réfugiés d’être dans l’incapacité à vérifier le statut exact de réfugiés de nombreuses personnes syriennes actuellement au Liban. Ils faisaient ainsi allusion à la différence entre réfugiés politiques qui pourraient ainsi bénéficier d’un asile politiques et des aides liées et réfugiés économiques qui n’en bénéficieraient pas selon les conventions internationales et qui pourraient constituer la majeure partie de ceux présents sur le territoire du pays des cèdres.
Cette information intervient après plusieurs jours de polémique au Liban concernant la présence d’une communauté de réfugiés syriens estimée à 2.5 millions de personnes selon certaines sources pour une population libanaise de 4 millions de résidents au Liban.
Plusieurs ministres dont Mustafa Bayram, Mohammed Wissam Mortada et Abbas Haj Hassan ont plaidé en faveur d’une communication directe avec la Syrie en vue du retour des réfugiés dans des zones sûres de leur pays. Le ministre du travail a dénoncé le complot visant même le Liban, appelant à l’application stricte du code du travail aux travailleurs syriens. Pour rappel, un de ses successeurs avait révélé que près d’un milliers de travailleurs syriens seulement jouissent d’un permis officiel de travail au Liban alors que le travail illégal représente 200 000 personnes.
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Quant au premier ministre, il a indiqué être prêt à se rendre à Damas pour éviter avec les responsables syriens du retour des réfugiés et appelé à ce que le sujet soit sur la table d’une session du cabinet avant l’ouverture du sommet des pays arabes.
Focus
Le Liban à la 2ème place des pays qui accueillent le plus de réfugiés syriens proportionnellement à la population locale, (Haut Commissariat en charge des réfugiés intitulé Global Trends: Forced Displacement in 2019). Le pays des cèdres compte en plus une importante communauté de réfugiés palestiniens dont la présence a été à l’origine de la guerre civile de 1975 à 1990.
Selon le Haut Commissariat aux Réfugiés, le Liban compterait 916 156 réfugiés syriens sur son sol fin 2019, contre 949 666, un an plus tôt. 910 600 réfugiés seraient d’origine syrienne.

Pour rappel, un rapport préparé par le Ministère des finances et le Programme des Nations Unies pour le développement en 2020 sur l’impact de la crise des réfugiés syriens sur l’économie libanaise entre 2011 et 2018 estimait à 46.5 milliards de dollars le coût de la présence des réfugiés syriens au Liban, impactant tous les secteurs, dont celui de l’éducation ou encore de l’électricité mais également provoquant une chute du Produit Intérieur Brut alors que le Liban était impacté par une grave crise économique apparue au grand jour en 2019 et caractérisée par une détérioration rapide de la parité entre livre libanaise et dollar. Ainsi, la monnaie nationale a perdu plus de 90% de sa valeur face au billet vert. 82% de la population libanaise vivrait désormais sous le seuil de pauvreté et 36% dans un état d’extrême pauvreté, amenant à des tensions avec les réfugiés syriens.
Cependant, certains partis politiques refusent jusqu’à aujourd’hui d’évoquer le retour des réfugiés syriens en refusant de discuter des procédures nécessaires avec Damas, même si les autorités libanaises ont entériné un plan visant à favoriser ce retour en 2020.
Face à la détérioration des conditions sociales et économiques, certains réfugiés syriens mais également palestiniens voire même des ressortissants libanais tentent l’exode vers l’Europe, notamment via des boat people à destination de Chypre. Plusieurs embarcations ont été ainsi interceptées ces derniers mois.



