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Le juge Rizkallah rejette la plainte d’Oueidat contre le juge Bitar et permet la reprise du travail judiciaire

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Le juge Habib Rizkallah a rendu ce jeudi 8 janvier 2026 une décision d’inculpation dans l’affaire opposant l’ancien procureur général Ghassan Oueidat au juge Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Dans cet acte, Rizkallah a décidé de classer sans suite la plainte déposée par Oueidat, qui accusait Bitar d’usurpation d’autorité et de se faire passer pour un juge d’instruction. La motivation principale repose sur le fait qu’Oueidat s’était récusé en tant que procureur dans cette affaire, le privant ainsi de toute légitimité pour poursuivre Bitar.

Oueidat avait accusé Bitar de « rébellion contre la justice » et avait imposé une interdiction de voyage à son encontre, affirmant agir pour « prévenir la sédition ». Bitar, de son côté, avait inculpé plusieurs hauts responsables, dont Oueidat lui-même, pour leur rôle présumé dans les négligences ayant conduit à la catastrophe. Les autorités libanaises attribuent l’explosion du 4 août 2020 à un incendie dans un entrepôt où des tonnes de nitrate d’ammonium étaient stockées de manière imprudente depuis des années, malgré des avertissements répétés à des officiels de haut niveau. Cette décision de Rizkallah intervient après des mois de procédures, incluant un interrogatoire de Bitar en novembre 2025, et marque un possible déblocage dans une enquête longtemps paralysée par des recours.

Cette explosion, l’une des plus puissantes non nucléaires enregistrées, a ravagé des quartiers entiers de la capitale libanaise, causant plus de 220 morts et blessant plus de 6 500 personnes. Elle a également provoqué des dommages matériels évalués à environ 15 milliards de dollars, aggravant la crise économique profonde du Liban, avec une inflation persistante et une dévaluation de la livre libanaise. Le juge Rizkallah, en examinant les arguments, a conclu que la récusation d’Oueidat le disqualifiait pour initier une telle procédure, soulignant les principes procéduraux dans un système judiciaire souvent critiqué pour ses interférences.

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Le déroulement de la procédure judiciaire

L’audience devant le juge Rizkallah s’est tenue dans un climat de tensions au sein de l’appareil judiciaire libanais. Oueidat, ancien procureur général, avait déposé sa plainte en janvier 2023, arguant que Bitar outrepassait ses compétences en reprenant l’enquête malgré des recours multiples visant à le dessaisir. Bitar a défendu sa position lors de l’interrogatoire du 7 novembre 2025, insistant sur l’impératif de mener les investigations pour établir les responsabilités dans cette tragédie nationale. Rizkallah avait permis à Bitar de quitter l’audience sans fixer de date immédiate, indiquant un examen approfondi du dossier.

Cette plainte s’inscrit dans une série de défis légaux marquant l’enquête depuis la nomination de Bitar en février 2021, succédant au juge Fadi Sawan dessaisi pour motifs similaires. Plus de 25 demandes de récusation ont été introduites par des politiciens inculpés, paralysant les avancées pendant des périodes prolongées. En janvier 2023, l’enquête avait été suspendue durant 13 mois, avant que Bitar ne la relance en janvier 2025, inculpant dix personnes supplémentaires, dont des responsables de la sécurité, des douanes et du port.

Les interrogatoires ont mis en lumière des divisions internes. Oueidat, inculpé par Bitar pour négligence criminelle, avait motivé sa plainte en affirmant que les actions de Bitar risquaient de semer la discorde dans un pays fragilisé par des crises multiples. Rizkallah, désigné pour trancher cette plainte, a mis l’accent sur les aspects procéduraux, évitant de se prononcer sur le fond. Sa décision de classement du 8 janvier 2026 souligne l’importance de la légitimité des plaignants dans les affaires sensibles, un principe souvent contesté au Liban où l’impunité des élites est récurrente.

En janvier 2024, Rizkallah avait initialement refusé de poursuivre les charges contre Bitar, les qualifiant de défectueuses faute de preuves. Oueidat avait fait appel, prolongeant le litige. En septembre 2025, la Chambre d’accusation de Beyrouth a annulé ce refus, ordonnant la fourniture de documents supplémentaires. L’interrogatoire de novembre 2025 a vu Bitar réfuter point par point les accusations, fournissant des documents sur les étapes de l’enquête.

L’historique de l’explosion au port de Beyrouth

L’explosion du 4 août 2020 demeure un symbole de la défaillance de l’État libanais. Environ 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, substance explosive utilisée comme engrais, avaient été saisies en 2013 d’un navire moldave, le Rhosus, en escale à Beyrouth, et entreposées sans mesures de sécurité adéquates dans le hangar 12 du port. Des rapports des douanes et des services de sécurité avaient alerté les autorités à plusieurs reprises sur les dangers, mais aucune action n’avait été prise.

Les enquêtes initiales ont identifié une chaîne de négligences impliquant ministres, généraux et fonctionnaires. Le juge Sawan avait inculpé quatre anciens ministres, dont l’ancien Premier ministre Hassan Diab, pour homicide involontaire et négligence. Ces accusations ont suscité un tollé politique, entraînant son dessaisissement. Bitar, reprenant le dossier, a élargi le cercle des suspects, incluant l’ancien ministre des Finances Ali Hassan Khalil, l’ancien ministre des Travaux publics Youssef Fenianos, le général Abbas Ibrahim, ancien chef de la Sûreté générale, et le général Jean Kahwaji, ancien commandant de l’armée.

Des inspections avaient confirmé la dangerosité du stock en 2014, 2015 et 2017, avec des recommandations ignorées. Des experts internationaux ont estimé que l’explosion équivalait à 1 100 tonnes de TNT, avec des ondes de choc ressenties jusqu’à Chypre. Les dommages ont affecté plus de 300 000 personnes, des quartiers comme Gemmayzeh et Mar Mikhael étant réduits en ruines. L’impact humanitaire a été immédiat : hôpitaux saturés, multiplication des sans-abri, et une économie en récession plongée dans le chaos.

En janvier 2025, Bitar a convoqué dix employés et responsables supplémentaires, dont des officiels des douanes et de la sécurité. En avril 2025, Ibrahim et Diab ont été interrogés, fournissant des témoignages sur leurs connaissances des avertissements. Cependant, des figures comme Khalil, Zeaiter et Oueidat ont refusé de se présenter, Zeaiter envoyant son avocat à deux auditions en juillet 2025, et Oueidat ignorant sa convocation du 11 juillet 2025.

Les entraves politiques à l’enquête

Dès ses débuts, l’enquête a subi des interférences politiques. Le Hezbollah a mené une campagne contre Bitar, l’accusant de partialité et de politisation. Des manifestations ont eu lieu devant le Palais de justice, et des menaces ont été proférées contre le juge. En octobre 2021, une confrontation armée entre partisans du Hezbollah et des Forces libanaises a causé plusieurs morts, illustrant les risques de déstabilisation.

La suspension de l’enquête en 2023 est intervenue après qu’Oueidat, alors procureur général, a ordonné la libération de suspects détenus et imposé une interdiction de voyage à Bitar. Ce dernier a refusé de s’y conformer, menant à un bras de fer judiciaire. Les recours des inculpés, souvent soutenus par des alliances confessionnelles, ont exploité les failles du système libanais, où la justice est perçue comme instrumentalisée par les factions politiques.

En mars 2025, le nouveau procureur général Jamal Hajjar, successeur d’Oueidat nommé en avril 2025, a levé l’interdiction de coopération avec les forces judiciaires, permettant à Bitar de reprendre ses auditions. Hajjar a justifié cette décision en soulignant la nécessité de respecter l’indépendance judiciaire, conformément aux engagements du gouvernement.

Les évolutions récentes dans les équilibres de pouvoir

La reprise de l’enquête par Bitar en janvier 2025 coïncide avec un changement dans les rapports de force au Liban, suite à la guerre entre Israël et le Hezbollah en 2024-2025. Ce conflit a affaibli le groupe militant, principal opposant à l’enquête, avec des milliers de combattants tués et des infrastructures dévastées au sud du pays. Cette diminution d’influence a créé un espace pour des réformes institutionnelles.

Le 9 janvier 2025, Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée libanaise, a été élu président, mettant fin à un vide présidentiel de plus de deux ans. Dans son discours d’investiture, Aoun a déclaré : « L’armée et la justice doivent être protégées de toute ingérence pour restaurer la confiance du peuple. » Le 8 février 2025, Nawaf Salam, ancien juge à la Cour internationale de Justice, a été nommé Premier ministre, formant un cabinet technocratique de 24 membres orienté vers la reconstruction et les réformes anti-corruption.

Le cabinet Salam inclut Tarek Mitri comme vice-président du gouvernement, Joe Rajji aux Affaires étrangères, Ghassan Salamé à la Culture, et d’autres figures comme Hanine Sayyed aux Affaires sociales. Salam a affirmé lors d’une réunion du cabinet : « Nous nous engageons à appliquer les résolutions de l’ONU, y compris la 1559 sur le désarmement des milices, et à assurer que l’enquête sur le port avance sans entraves. » Ces engagements surviennent alors que le Liban négocie avec le FMI un plan de sauvetage économique, conditionné à des réformes.

En août 2025, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’explosion, le président Aoun a promis que « la justice est en marche », cinq ans après la catastrophe. Bitar a indiqué en mai 2025 qu’il envisageait des inculpations formelles autour du 4 août 2025, après examen de l’origine du nitrate d’ammonium.

Les dimensions internationales et régionales

L’affaire du port de Beyrouth a suscité une attention internationale. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a appelé à plusieurs reprises à une enquête impartiale. En août 2023, une lettre conjointe d’ONG, dont Human Rights Watch, a réclamé une mission d’enquête internationale, arguant que les obstructions locales empêchaient la justice. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré en 2025 : « Les victimes méritent la vérité, et les responsables doivent rendre des comptes pour prévenir de futures tragédies. »

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