Le dirigeant des rebelles islamistes, Ahmed al-Sharaa, connu sous son ancien pseudonyme Abu Mohammed al-Jolani, a lancé un appel à la population syrienne pour célébrer ce qu’il décrit comme un tournant historique. Une semaine après la prise de contrôle de Damas par Hayat Tahrir al-Sham (HTS), il appelle les citoyens à descendre dans les rues ce vendredi pour manifester leur joie.
Dans une vidéo partagée sur Telegram, il déclare : « Je tiens à féliciter le grand peuple syrien pour la victoire de la bénie révolution et je les invite à exprimer leur bonheur. » Ce message s’inscrit dans un contexte où le régime de Bachar al-Assad a été renversé après plus de 12 ans de guerre civile.
Une vidéo qui marque un nouveau départ
Apparaissant vêtu d’un gilet sombre et d’une chemise blanche, Ahmed al-Sharaa s’est adressé directement à la population syrienne. En arrière-plan, le drapeau de HTS témoignait du renouveau de l’autorité au sein du pays. Ce message précède la première grande mobilisation populaire sous la nouvelle direction, prévue pour ce vendredi, jour des prières hebdomadaires.
Le choix du vendredi n’est pas anodin. Depuis le début des soulèvements populaires en 2011, les rassemblements après les prières du vendredi ont souvent marqué les moments forts des manifestations. Cette tradition pourrait reprendre dans un climat politique totalement transformé.
Une prise de contrôle éclair
Le mois dernier, les forces rebelles dirigées par Hayat Tahrir al-Sham ont lancé une offensive qui a stupéfié les observateurs internationaux. En moins de deux semaines, les rebelles ont réussi à renverser le régime de Bachar al-Assad, un événement que beaucoup pensaient improbable après des années de domination du gouvernement. Damas, la capitale stratégique, a été conquise rapidement, symbolisant la chute d’un système en place depuis plusieurs décennies.
Ce renversement marque un tournant non seulement pour la Syrie, mais aussi pour la géopolitique régionale. Avec le contrôle de la capitale, HTS a consolidé son pouvoir et s’efforce maintenant de mettre en place une gouvernance provisoire.
L’installation d’un gouvernement de transition
Dans le cadre de la restructuration politique, un Premier ministre intérimaire a été désigné mardi dernier. Cette nouvelle direction sera chargée de gérer les affaires du pays jusqu’à mars prochain, moment où de nouvelles structures gouvernementales pourraient être mises en place. Les détails concernant la composition de cette administration restent toutefois flous.
Cependant, plusieurs défis attendent ce gouvernement provisoire. Il devra notamment établir une stabilité dans un pays encore ravagé par la guerre, restaurer les infrastructures essentielles et gagner la confiance d’une population éprouvée par des années de conflits et de privations.
Les implications internationales
La chute rapide du régime d’Assad soulève de nombreuses interrogations au niveau international. Plusieurs acteurs régionaux et mondiaux, impliqués dans le conflit syrien, surveillent de près les développements. La Turquie, l’Iran, la Russie et les États-Unis ont tous des intérêts stratégiques en Syrie, et le nouvel ordre pourrait redessiner les alliances.
Pour HTS, qui a longtemps été classé comme une organisation terroriste par de nombreux pays, l’enjeu est aussi de changer cette perception à l’échelle mondiale. La nouvelle direction cherche à projeter une image plus modérée, mais il reste à voir si cette stratégie sera suffisante pour obtenir une reconnaissance internationale.
Les défis internes
À l’intérieur du pays, la tâche s’annonce tout aussi ardue. L’économie syrienne est en ruines, et des millions de Syriens vivent en exil ou dans des camps de réfugiés. La population attend des mesures concrètes pour améliorer les conditions de vie, relancer l’économie et restaurer les services publics essentiels comme la santé, l’éducation et l’électricité.
En outre, des tensions subsistent entre les différentes factions armées présentes en Syrie. Si HTS a réussi à prendre le pouvoir, maintenir l’unité parmi les différentes forces en présence sera une autre épreuve pour le gouvernement provisoire.
Une population divisée
Bien que certains célèbrent la chute du régime Assad, d’autres Syriens restent sceptiques quant à l’avenir sous la direction de HTS. Des accusations concernant les méthodes de gouvernance passées du groupe, ainsi que sa stricte interprétation religieuse, suscitent des craintes, notamment parmi les minorités religieuses et ethniques du pays.
Cette méfiance pourrait compliquer les efforts de consolidation de l’autorité et de réconciliation nationale. HTS devra démontrer sa capacité à gouverner de manière inclusive et à répondre aux besoins urgents de la population.



