jeudi, février 12, 2026

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Le ministre de la Santé lance l’initiative ‘Krim’ pour une couverture santé intégrale aux familles évacuées des bâtiments effondrés à Tripoli

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Le Liban, confronté à une crise multidimensionnelle qui ébranle ses fondations depuis plusieurs années, a une nouvelle fois été frappé par une tragédie humaine à Tripoli, la grande ville du Nord. Le 8 février 2026, deux bâtiments adjacents dans le quartier populaire de Bab al-Tabbaneh se sont effondrés, entraînant un bilan humain lourd : quinze morts et huit blessés, selon les derniers rapports officiels. Cet incident, survenu dans un contexte de négligence chronique des infrastructures, a poussé les autorités à réagir promptement. C’est dans ce cadre que le ministre de la Santé publique, le Dr Rakan Nasser al-Din, a annoncé, lors d’une conférence de presse tenue au siège de son ministère, le lancement de l’initiative ‘Krim’. Cette mesure vise à assurer une couverture santé complète, à 100 %, pour les familles contraintes d’abandonner leurs logements fissurés ou menacés d’effondrement dans la capitale du Nord.

Cette annonce intervient alors que Tripoli, souvent qualifiée de ville la plus pauvre du Liban, fait face à une série d’effondrements similaires depuis le début de l’hiver. Le ministre, entouré de figures clés comme le général Bassam al-Naboulsi, président de la Haute Commission de Secours, et le Dr Abdel Hamid Karimeh, maire de Tripoli, a insisté sur la dimension humanitaire de cette initiative. Elle s’inscrit dans une réponse plus large du gouvernement, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, pour atténuer les souffrances des populations vulnérables. Le Dr Nasser al-Din a ouvert son intervention par des condoléances aux familles des victimes, soulignant le « grand empathie » envers les sacrifices endurés par les habitants de Tripoli, connus pour leur générosité et leur résilience face aux crises passées, des guerres aux épreuves économiques.

L’initiative ‘Krim’, baptisée ainsi en hommage au maire Karimeh selon les observateurs, représente un « rayon d’espoir » dans un paysage marqué par la précarité. Décidée en coordination avec le Premier ministre et l’ensemble du cabinet, elle affirme le rôle de l’État dans le soutien aux citoyens, particulièrement les plus fragiles. Au-delà de l’aspect symbolique, cette mesure répond à une urgence immédiate : les familles évacuées, souvent issues de milieux modestes, se retrouvent sans filet de sécurité sanitaire, exposées à des risques accrus dans des abris temporaires. Le ministre a rappelé que Tripoli, avec sa densité urbaine et son patrimoine architectural vétuste, mérite une attention particulière de la part des institutions publiques.

Une réponse humanitaire à la tragédie de Bab al-Tabbaneh

Le drame du 8 février 2026 à Bab al-Tabbaneh n’est pas isolé. Les autorités locales et la Défense civile ont rapporté que les deux bâtiments, abritant une vingtaine de résidents, se sont écroulés en début d’après-midi, piégeant plusieurs personnes sous les décombres. Les opérations de sauvetage, menées par la Défense civile sous la direction du général Imad Khreiss, ont duré plus de vingt-quatre heures. Huit survivants ont été extraits vivants et transportés vers les hôpitaux voisins, tandis que le bilan des décès s’est alourdi progressivement, passant de six à quinze selon les mises à jour de l’Agence nationale d’information. Les blessés, souffrant de fractures, de contusions et de traumatismes, ont été pris en charge dans des établissements publics comme l’hôpital gouvernemental de Tripoli.

Ce quartier, l’un des plus densément peuplés de la ville, est emblématique des défis auxquels fait face le Nord libanais. Bab al-Tabbaneh, avec ses ruelles étroites et ses constructions datant souvent des décennies passées, illustre les conséquences d’années de sous-investissement. Les experts en urbanisme pointent du doigt l’absence de maintenance régulière, aggravée par la crise économique qui sévit depuis 2019. L’inflation galopante, la dévaluation de la livre libanaise et la pénurie de devises ont rendu impossible pour de nombreux propriétaires la rénovation de leurs biens. Selon des rapports officiels, plus d’une centaine de bâtiments à Tripoli sont classés comme à risque imminent d’effondrement, un chiffre qui a alarmé les autorités locales dès les premiers incidents de l’hiver.

Le maire de Tripoli, le Dr Karimeh, présent lors de la conférence, a souligné l’urgence d’une action coordonnée. Il a rappelé que la municipalité avait déjà identifié 114 structures vulnérables, et que des évacuations forcées étaient en cours pour prévenir de nouvelles catastrophes. Le général al-Naboulsi, de son côté, a évoqué les efforts de la Haute Commission de Secours pour fournir des aides matérielles, incluant des compensations pour le logement temporaire. L’initiative ‘Krim’ s’intègre ainsi dans un plan plus vaste, où la santé devient un pilier central de la résilience communautaire. Le ministre Nasser al-Din a insisté sur le fait que les habitants de Tripoli, qui ont accueilli des réfugiés et des déplacés lors des conflits passés, méritent aujourd’hui un soutien inconditionnel de l’État.

Les contours de l’initiative ‘Krim’

Plongeons dans les détails techniques de cette mesure, tels qu’expliqués par le ministre lors de la conférence. L’initiative ‘Krim’ assure une couverture santé à 100 % dans les hôpitaux gouvernementaux, sous l’égide des programmes existants du ministère de la Santé. Elle cible spécifiquement les familles résidant dans les bâtiments effondrés ou menacés, identifiés par la municipalité et la Haute Commission de Secours. Le processus est automatisé : le ministère reçoit directement les données des autorités locales sur chaque immeuble évacué. Sur cette base, une carte de santé est émise pour chaque membre de la famille, incluant le nom, le numéro d’identité et un code QR lié électroniquement au système ministériel.

À l’arrivée dans un hôpital public, un simple scan du code QR vérifie l’éligibilité du bénéficiaire, garantissant un accès immédiat aux soins sans frais. Les cartes seront distribuées dès le jour de l’annonce via la Haute Commission de Secours, coïncidant avec le versement des aides au logement. Cette couverture n’est pas limitée à l’hospitalisation ; elle s’étend aux services des centres de soins primaires, où les familles évacuées seront rattachées pour des consultations gratuites, des examens médicaux et des suivis par des médecins spécialisés. Le ministre a invité les bénéficiaires à contacter le ministère en cas de dysfonctionnement, soulignant l’importance d’une mise en œuvre fluide.

Cette initiative, bien que limitée aux ressources budgétaires modestes du ministère, priorise les citoyens les plus vulnérables sur le plan socio-économique. Le Dr Nasser al-Din a exprimé le souhait d’étendre un tel modèle à l’ensemble des Libanais, mais les contraintes financières imposent une approche ciblée. Il a conclu en espérant un retour rapide à la normale pour Tripoli, qu’il décrit comme un « phare pour le Nord et pour tout le Liban ». Les directeurs d’hôpitaux publics, présents à la conférence, ont salué cette mesure comme un pas vers une meilleure coordination entre les institutions.

Tripoli, une ville minée par la précarité immobilière

Pour comprendre l’ampleur de la crise, il faut replacer l’effondrement du 8 février dans un contexte plus large. Tripoli, deuxième ville du Liban avec environ 500 000 habitants, souffre d’une pauvreté endémique exacerbée par la crise nationale. Selon des données de la Banque mondiale, le taux de pauvreté dans le Nord avoisine les 70 %, avec des infrastructures dégradées par des décennies de négligence politique. Les effondrements de bâtiments ne sont pas nouveaux : cet hiver seul, cinq incidents similaires ont été recensés, dont un en janvier qui avait déjà fait plusieurs victimes.

Les causes sont multiples. Beaucoup de structures datent de l’époque ottomane ou du mandat français, construites sans normes antisismiques modernes. L’humidité côtière, les pluies hivernales et l’absence d’inspections régulières accélèrent la détérioration. Ajoutez à cela la crise économique : depuis 2019, la livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur, rendant les matériaux de construction inabordables. Les propriétaires, souvent des familles modestes, ne peuvent financer des réparations. La municipalité de Tripoli, malgré ses efforts, manque de fonds pour un plan de rénovation global. Le maire Karimeh a déclaré la ville « zone sinistrée », appelant à une intervention nationale pour évacuer et renforcer les 114 bâtiments identifiés comme dangereux.

Le gouvernement, conscient de ces enjeux, a réagi par une réunion d’urgence le 9 février. Le Premier ministre Salam a promis des fonds pour des logements temporaires et des renforcements structurels. Le président Joseph Aoun a ordonné une mobilisation accrue des services d’urgence. Nabih Berri, président du Parlement, a plaidé pour une priorisation des réhabilitations à Tripoli. Ces engagements s’ajoutent à des initiatives internationales : l’ONU, via son coordinateur humanitaire, a offert un soutien logistique, tandis que la Banque mondiale finance des projets de restauration des soins primaires au Liban.

Le rôle des institutions publiques dans la gestion de crise

Au cœur de cette réponse se trouve le ministère de la Santé, dirigé par le Dr Nasser al-Din depuis février 2025. Nommé dans le cabinet Salam, ce médecin expérimenté a hérité d’un secteur en lambeaux : pénuries de médicaments, émigration du personnel médical et surcharge des hôpitaux publics. L’initiative ‘Krim’ illustre une stratégie de ciblage des urgences, en partenariat avec des entités comme la Haute Commission de Secours et les municipalités. Le général al-Naboulsi a détaillé comment les données sur les évacuations sont partagées en temps réel, permettant une émission rapide des cartes de santé.

Cette coordination interinstitutionnelle est cruciale dans un pays où les clivages confessionnels et politiques ont souvent entravé l’action publique. Le cabinet Salam, formé après des négociations intenses impliquant des partis comme les Forces libanaises et le tandem chiite Hezbollah-Amal, vise une approche technocratique. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a alloué des fonds d’urgence pour les compensations, tandis que le ministère de l’Intérieur supervise les évacuations. À Tripoli, majoritairement sunnite, ces mesures sont perçues comme un geste de solidarité nationale, évitant les accusations de marginalisation régionale.

Implications pour le système de santé libanais

L’initiative ‘Krim’ met en lumière les faiblesses structurelles du système de santé libanais. Avant la crise de 2019, le Liban disposait d’un réseau hospitalier privé robuste, mais l’effondrement économique a transféré la charge vers les établissements publics, souvent sous-équipés. Les hôpitaux gouvernementaux de Tripoli, comme celui de la ville, gèrent déjà une affluence accrue due à la pauvreté. La couverture à 100 % pour les évacués inclut non seulement les hospitalisations mais aussi les soins primaires, couvrant consultations, vaccins et suivis chroniques.

Cela s’aligne sur des programmes plus larges, comme le projet de couverture santé universelle financé par la Banque mondiale, qui vise à étendre les services essentiels aux populations vulnérables. Le ministère gère une cellule de crise pour les catastrophes, coordonnant avec l’OMS pour des stratégies post-trauma. Dans le contexte de Tripoli, où les taux de maladies chroniques comme le diabète et l’hypertension sont élevés, cette initiative pourrait prévenir une dégradation sanitaire chez les déplacés. Les centres de soins primaires, rattachés aux abris temporaires, offriront des services gratuits, réduisant le fardeau sur les urgences.

Les défis persistent : budgets limités, avec une dette publique dépassant 150 milliards de dollars, et une dépendance aux aides internationales. Le FMI, en négociations avec Beyrouth, conditionne son soutien à des réformes, incluant la santé. L’initiative ‘Krim’, bien que locale, pourrait servir de modèle pour d’autres régions, comme le Sud affecté par les tensions frontalières.

Les mesures complémentaires annoncées par le gouvernement

Au-delà de la santé, le gouvernement a détaillé des actions immédiates. Des équipes d’ingénieurs évaluent les bâtiments à risque, avec un délai d’un mois pour évacuer les 114 structures identifiées. La Haute Commission de Secours distribue des aides au logement, estimées à plusieurs milliers de dollars par famille. Le Premier ministre Salam a insisté sur la responsabilité locale pour les inspections, tout en promettant une accountability pour toute négligence. Des partenariats avec des ONG internationales renforcent les opérations de sauvetage et de relogement. Ces étapes, mises en œuvre dans les jours suivant l’effondrement, visent à stabiliser la situation à Tripoli, où des milliers de familles vivent encore sous la menace d’un effondrement similaire.

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