Le 4 février 2026, jour de la Journée mondiale du cancer, le ministre de la Santé publique, le Dr Rakan Nasser Al-Din, s’est rendu au Centre de cancérologie pour enfants du Liban, marquant un moment clé dans les efforts du gouvernement pour renforcer la prise en charge des jeunes patients atteints de cette maladie. Cette visite, qui a réuni des figures publiques et des représentants internationaux, met en lumière les avancées réalisées par le ministère dans un contexte de hausse marquée des cas de cancer au pays des Cèdres. Accompagné de Mme Noura Jumblatt, du ministre du Travail Mohamed Haider, de l’ambassadeur de France au Liban Hervey Magro et du gouverneur de Beyrouth, le juge Marwan Abboud, le Dr Nasser Al-Din a rencontré les responsables du centre ainsi que plusieurs parents suivant le traitement de leurs enfants. Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large de soutien aux structures spécialisées, alors que les statistiques récentes soulignent une progression alarmante des pathologies cancéreuses.
Une hausse préoccupante des cas de cancer au Liban
Les données les plus récentes, issues d’études internationales publiées en 2025 et actualisées en 2026, indiquent que le Liban fait face à l’une des augmentations les plus rapides de cas de cancer dans le monde. Selon un rapport publié dans The Lancet en septembre 2025, le nombre de nouveaux cas a bondi de 162 % entre 1990 et 2023, passant à 233,5 par 100 000 habitants en 2023. Les décès liés au cancer ont quant à eux augmenté de 80 % sur la même période, plaçant le Liban en tête des pays pour cette progression accélérée. Ces chiffres, confirmés par l’Institut pour les métriques et l’évaluation de la santé (IHME) en novembre 2025, reflètent une croissance annuelle moyenne de 4 % des incidences. Parmi les facteurs contributifs, le tabagisme prédomine : près de 50 % des adultes libanais fument, un taux parmi les plus élevés au monde, favorisant les cancers du poumon, de la prostate, du côlon et du sein. La pollution environnementale, exacerbée par l’utilisation généralisée de générateurs diesel depuis la crise électrique de 2019, ajoute à ce fardeau. Des études locales, relayées par le ministère de la Santé en 2025, estiment que les émissions toxiques de ces appareils contribuent à une hausse de 30 % des cas de cancer à Beyrouth et dans les zones urbaines denses. De plus, les résidus de la guerre civile (1975-1990), incluant des dépôts de déchets chimiques, persistent comme sources potentielles de contamination, bien que des mesures de dépollution aient été initiées en 2024 sous l’égide de l’ONU. En 2025, le registre national du cancer, mis à jour par le ministère, a recensé plus de 12 000 nouveaux cas, contre environ 10 000 en 2023, avec une proportion croissante chez les jeunes adultes et les enfants. Chez ces derniers, les leucémies et les tumeurs cérébrales représentent 40 % des diagnostics, souvent liés à des expositions environnementales précoces.
Les efforts du Centre de cancérologie pour enfants face à cette réalité
Fondé en 2002, le Centre de cancérologie pour enfants du Liban (CCCL), affilié à l’hôpital universitaire Saint-Georges à Beyrouth, traite annuellement plus de 300 enfants, offrant des soins gratuits grâce à un modèle financé par des dons et des partenariats. En 2025, le centre a rapporté une augmentation de 15 % des admissions par rapport à 2024, reflétant la tendance nationale. Lors de sa visite, le Dr Nasser Al-Din a salué « les efforts du Centre de cancérologie pour enfants, qui a toujours été le soutien aux enfants infectés ». Il a remercié, au nom du ministère de la Santé publique, « tous les employés du centre, individu par individu, en reconnaissance de leurs efforts pour traiter chaque enfant atteint de cancer, qu’il soit libanais ou résident ». Cette reconnaissance intervient alors que le centre a lancé plusieurs initiatives en 2026, comme sa participation à l’exposition Ataya en janvier, où il a présenté des stands pour sensibiliser et collecter des fonds. Des événements tels que des déjeuners de charité et des campagnes artistiques, en collaboration avec l’Université américaine de Beyrouth (AUB), ont permis de financer des traitements pour plus de 50 enfants supplémentaires cette année. Le CCCL, qui opère sans recours à des appels publics insistants – sous le slogan « Pas de mendicité, pas de supplication » – met l’accent sur des protocoles thérapeutiques avancés, incluant chimiothérapie, radiothérapie et greffes de moelle osseuse. En 2025, il a réalisé 25 greffes, un chiffre en hausse de 10 % par rapport à l’année précédente, malgré les contraintes budgétaires imposées par la crise économique persistante.
L’élargissement des protocoles thérapeutiques par le ministère
Le Dr Nasser Al-Din a détaillé les mesures prises par le ministère depuis sa prise de fonctions en février 2025, dans le cadre du gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam. « Lorsque le ministère l’a reçu, la décision a été prise d’élargir les protocoles thérapeutiques qui étaient limités en raison des capacités modestes », a-t-il expliqué. Cette expansion s’est traduite par une augmentation significative des dépenses en médicaments contre le cancer. En 2024, ces dépenses s’élevaient à 32 millions de dollars ; en 2025, elles ont atteint 103 millions de dollars, soit une hausse de plus de 400 %. Cette progression inclut non seulement les cancers pédiatriques mais aussi les maladies chroniques associées. « En échange de la sécurisation de 64 000 boîtes de médicaments pour le cancer et les maladies chroniques en 2024, 200 000 boîtes de médicaments ont été sécurisées en 2025 », a précisé le ministre. Ces chiffres, issus des rapports annuels du ministère publiés en janvier 2026, démontrent une priorisation malgré un budget étatique contraint. Le crédit revient aux comités médicaux qui ont élaboré et élargi les protocoles, ainsi qu’aux appels d’offres transparents menés par le ministère, qui ont conduit à une réduction significative des prix des médicaments. Par exemple, des négociations avec des fournisseurs internationaux ont permis de baisser les coûts unitaires de certains anticancéreux de 20 % en 2025. Cette transparence, supervisée par le Conseil des ministres, a été saluée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport de décembre 2025, qui note que le Liban a évité une pénurie totale de médicaments malgré la dévaluation de la livre libanaise.
Le rôle clé des partenariats internationaux et locaux
La visite a également mis en exergue les collaborations essentielles pour pallier les lacunes du système de santé public. Le Dr Nasser Al-Din a remercié l’Université américaine de Beyrouth pour son soutien continu. « L’université, dans le cadre de la réponse à sa décision de couvrir entièrement 100 % des greffes de moelle osseuse d’enfants au Liban dans tous les hôpitaux gouvernementaux et privés, fournira 30 greffes de moelle osseuse pour l’année 2026 pour servir les patients libanais », a-t-il annoncé. Ce programme, lancé en 2024 et étendu en 2025, a déjà bénéficié à 45 enfants, selon les données de l’AUB publiées en janvier 2026. L’ambassadeur de France, Hervey Magro, présent lors de la visite, a réaffirmé l’engagement de la France via des aides humanitaires, incluant des dons de médicaments évalués à 5 millions d’euros en 2025. Mme Noura Jumblatt, figure influente dans les causes sociales, a souligné l’importance des initiatives privées, comme celles de la Fondation Jumblatt, qui a financé des équipements pour le CCCL en 2025. Le gouverneur de Beyrouth, Marwan Abboud, a quant à lui évoqué les défis urbains, notant que la capitale concentre 40 % des cas pédiatriques, en raison de la densité démographique et de la pollution.
Vers un diagnostic précoce renforcé
Le ministre a conclu sa déclaration en soulignant que « le ministère de la Santé publique va de l’avant dans son plan stratégique pour faire face au cancer et promouvoir le diagnostic précoce de cette maladie ». Ce plan, adopté en mars 2025 par le Conseil des ministres, prévoit trois campagnes de sensibilisation et de diagnostic précoce en 2026, ciblant les cancers du côlon, de la prostate et du sein. Ces initiatives, financées en partie par des fonds de l’OMS et de l’Union européenne, viseront à dépister 50 000 personnes dans les régions rurales et urbaines. En 2025, des campagnes similaires ont permis de détecter 1 200 cas précoces, réduisant les coûts de traitement de 30 % par patient, selon les évaluations internes du ministère. Le plan intègre également une formation accrue pour 500 médecins généralistes, en partenariat avec l’Ordre des médecins du Liban, pour améliorer la détection chez les enfants. Des ateliers ont déjà eu lieu en janvier 2026 à Tripoli et au Sud-Liban, régions où les taux d’incidence infantile ont augmenté de 12 % en 2025.
Les implications immédiates de l’augmentation des cas
Face à cette hausse, les hôpitaux publics et privés rapportent une saturation croissante. En 2025, le ministère a enregistré une augmentation de 18 % des demandes de subventions pour traitements oncologiques, totalisant 15 000 dossiers. Les dépenses accrues en médicaments, bien que positives, pèsent sur un budget santé limité à 8 % du PIB en 2025, contre 10 % en 2019 avant la crise. Des rapports de la Banque mondiale en décembre 2025 indiquent que 40 % des patients oncologiques libanais interrompent leur traitement en raison de coûts indirects, comme les transports ou les pertes salariales. Chez les enfants, le taux de survie a toutefois progressé à 80 % en 2025, grâce aux protocoles élargis, mais reste inférieur à la moyenne mondiale de 85 %. Les événements de la Journée mondiale du cancer 2026, comme la messe à la co-cathédrale Notre-Dame du Liban ou l’événement à l’AUBMC, ont mobilisé des milliers de participants, collectant des fonds pour des dépistages gratuits. Le CCCL, en particulier, a lancé une campagne artistique le 4 février 2026, utilisant la peinture pour exprimer les émotions des patients, renforçant ainsi la sensibilisation communautaire. Ces actions immédiates, soutenues par le ministère, visent à atténuer les effets de la progression des cas, en priorisant l’accès équitable aux soins dans un contexte de tensions économiques persistantes.

