jeudi, février 19, 2026

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Le monothéisme porte-t-il en lui les germes de la violence ?

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La question dérange. Elle met mal à l’aise, non parce qu’elle serait nouvelle, mais parce qu’elle touche un point sensible que beaucoup préfèrent contourner. Elle ne vise pas la foi en tant que telle, encore moins l’expérience intérieure du sacré. Elle interroge autre chose : le rapport entre vérité, pouvoir et violence.

Y a-t-il, au cœur même du monothéisme, quelque chose qui rend la violence possible — sinon inévitable ?

À première vue, l’idée choque. Le monothéisme se présente comme un appel à l’unité, à l’ordre moral, à la justice. Pourtant, l’histoire, elle, ne cesse de rappeler que les guerres les plus absolues sont souvent nées de vérités absolues.

Avant le monothéisme, les sociétés polythéistes vivaient dans un monde de pluralité. Plusieurs dieux, plusieurs récits, plusieurs façons de donner sens au monde. On pouvait conquérir, dominer, exploiter — mais rarement au nom d’une vérité exclusive. Le dieu de l’autre pouvait être intégré au panthéon sans que l’ordre symbolique s’effondre. La différence n’était pas une hérésie.

Le monothéisme introduit une rupture radicale. Il affirme non seulement qu’il existe un Dieu unique, mais qu’il n’existe qu’une seule vérité ultime. Dès lors, la différence cesse d’être une simple variation : elle devient erreur. Et parfois faute.

Ce basculement est décisif. Car lorsqu’une vérité se pense comme unique et universelle, elle ne peut rester indifférente à ce qui lui résiste. Elle appelle à être transmise. Et plus encore : elle appelle à être reconnue par tous. Là où le polythéisme tolérait la coexistence, le monothéisme tend vers l’unification.

La violence n’apparaît pas immédiatement. Elle surgit à un moment précis : lorsque la conviction intérieure rencontre l’espace politique, lorsque la foi devient norme collective, lorsque le salut devient obligation. Ce n’est plus seulement croire, c’est faire croire. Et parfois faire taire.

Le fanatisme naît rarement du doute. Il naît de la certitude. D’une certitude vécue comme absolue, définitive, non négociable. Le fanatique n’est pas un sceptique exalté, c’est quelqu’un qui est sûr. Sûr de Dieu. Sûr du bien. Sûr de parler au nom d’une vérité qui dépasse toute discussion humaine.

Dans ce cadre, la violence peut se déguiser en vertu. Elle devient purification, correction, fidélité. On ne tue pas par haine, mais pour sauver. On n’exclut pas par cruauté, mais par fidélité à la vérité. C’est là l’une des formes les plus redoutables de la violence : celle qui se pense morale.

Faut-il alors accuser le monothéisme lui-même ? Ce serait trop simple — et sans doute injuste. Car au cœur même des traditions monothéistes, on trouve aussi une autre voie. Une voie plus discrète, souvent marginale : celle de l’humilité spirituelle, du silence, du mystère. Celle qui affirme que Dieu dépasse infiniment ce que l’homme peut en dire.

Le problème ne serait donc pas l’idée d’un Dieu unique, mais la prétention humaine à le posséder, à l’enfermer dans des formules définitives, à confondre la révélation avec son interprétation. Dès que l’homme oublie que sa compréhension est limitée, la vérité cesse d’éclairer et commence à frapper.

Il y a sans doute quelque chose de vrai dans l’intuition que la violence naît là où la vérité se croit totale. Là où elle ne laisse plus de place à l’altérité, au doute, à l’inachèvement. Toute vérité qui ne s’accompagne pas d’humilité finit par devenir une arme.

Peut-être que l’enjeu n’est pas d’abandonner le monothéisme, mais de le désarmer intérieurement. D’accepter que l’absolu, s’il existe, ne se confond jamais totalement avec nos mots, nos dogmes ou nos institutions.

L’histoire semble le rappeler inlassablement : ce ne sont pas les dieux qui font la guerre. Ce sont les hommes lorsqu’ils cessent de douter qu’ils parlent parfaitement en leur nom.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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