Le président de la République libanaise, le général Joseph Aoun, a accueilli ce lundi au palais de Baabda les membres du corps consulaire honoraire, conduits par leur doyen, Joseph Habis, consul général honoraire de Singapour. Cette rencontre, organisée à l’occasion des vœux du Nouvel An, a été l’occasion pour le chef de l’État de souligner l’importance cruciale de la tenue des élections législatives prévues en mai prochain, dans le respect strict des délais constitutionnels. En présence du ministre des Affaires étrangères et des Émigrés, Youssef Raji, et du secrétaire général du ministère, Abdul Sattar Issa, le président Aoun a insisté sur le rôle des consuls honoraires dans la projection d’une image fidèle du Liban à l’étranger, au moment où le pays navigue entre défis économiques persistants et impératifs de stabilité sécuritaire.
Cette réception intervient dans un contexte marqué par les efforts de reconstruction post-conflit, suite au cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, sous l’égide des Nations unies et en application de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Élu le 9 janvier 2025 après plus de deux ans de vacance présidentielle, Joseph Aoun, ancien commandant en chef des Forces armées libanaises, incarne une figure de consensus, soutenue par les États-Unis et l’Arabie saoudite, dans un paysage politique fragmenté par les clivages confessionnels et les influences régionales. Son mandat, entamé il y a un an, a vu la formation d’un gouvernement dirigé par Nawaf Salam le 8 février 2025, composé de 24 ministres, dont une répartition équilibrée entre chrétiens et musulmans, avec une représentation chiite de cinq portefeuilles, incluant les Finances sous Yassine Jaber et la Santé sous Rakan Nassereddine.
Le rôle pivot des consuls honoraires dans la diplomatie parallèle
Au cours de cette audience, le président Aoun a mis en exergue le travail accompli par les consuls honoraires, qu’il a qualifiés de ponts essentiels entre le Liban et les nations qu’ils représentent. « Nous comptons sur vous pour transmettre l’image réelle du Liban aux pays que vous représentez, et non celle que certains s’efforcent de déformer ou d’altérer », a-t-il déclaré, selon le communiqué officiel de la présidence. Cette affirmation reflète les préoccupations récurrentes du chef de l’État face aux campagnes de désinformation qui ont entaché la réputation du Liban, particulièrement depuis la crise économique de 2019, aggravée par l’explosion du port de Beyrouth en août 2020 et la pandémie de Covid-19.
Joseph Habis, s’exprimant au nom du corps consulaire, a ouvert la séance par un discours empreint de solennité. Il a rappelé que l’élection de Joseph Aoun, le 9 janvier 2025, a marqué un tournant historique, mettant fin à un vide présidentiel de plus de deux ans qui avait plongé le pays dans une paralysie institutionnelle et une isolation internationale. « Votre élection a restauré la dignité de l’État et ouvert les portes à une nouvelle ère de stabilité et de construction », a-t-il affirmé. Habis a réitéré l’engagement des consuls honoraires à soutenir le Liban, non seulement en tant que représentants de leurs pays respectifs, mais aussi en tant que citoyens libanais investis dans le bien-être de leurs compatriotes, particulièrement dans les régions du Sud, affectées par les tensions frontalières.
Le doyen a évoqué les initiatives humanitaires et sociales menées par le corps consulaire, soulignant que leur rôle dépasse la simple représentation diplomatique pour inclure des contributions concrètes à l’atténuation des souffrances des Libanais, sans distinction. Il a mentionné des collaborations avec des entités économiques locales, telles que l’Union des chambres de commerce, d’industrie et d’agriculture, visant à ouvrir de nouveaux marchés pour les produits libanais, attirer des investissements et promouvoir les échanges commerciaux et culturels. Ces efforts s’inscrivent dans une stratégie plus large de relance économique, essentielle pour un pays dont la dette publique dépasse les 100 milliards de dollars et où l’inflation a atteint des sommets records, avec un taux officiel de 150 % en 2023, selon les rapports de la Banque mondiale.
Les élections législatives : un enjeu de crédibilité internationale
Le président Aoun a particulièrement insisté sur l’approche des élections législatives, programmées pour mai 2026, conformément à la loi électorale n° 44 de 2017, qui prévoit l’élection de 128 députés selon un système proportionnel confessionnel. « Nous sommes à la veille des élections parlementaires qui doivent se dérouler dans les délais impartis », a-t-il déclaré, qualifiant cet exercice de « rendez-vous constitutionnel qui renforce notre crédibilité auprès de l’extérieur ». Il a lié ces élections aux réformes globales en cours, affirmant qu’il est impossible de n’en réaliser qu’une partie. Cette position fait écho aux pressions internationales, notamment de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI), qui conditionnent l’octroi d’aides financières à des avancées concrètes en matière de gouvernance et de transparence.
Les préparatifs électoraux avancent sous la supervision du ministère de l’Intérieur, dirigé par Ahmad Hajjar, avec un accent sur le vote des expatriés. Plus de 33 390 demandes d’inscription ont été enregistrées pour les Libanais résidant à l’étranger, un processus achevé sans incidents majeurs, comme l’a indiqué une circulaire du ministère des Affaires étrangères en janvier 2026. Des débats persistent toutefois sur la loi électorale, avec des propositions de réformes incluant l’instauration de mégacentres de vote, une quota de genre et des mesures spéciales temporaires pour renforcer la représentation féminine, actuellement limitée à sept députées sur 128 dans le Parlement sortant élu en 2022.
Le président a rappelé les accomplissements du gouvernement Salam, formé il y a près d’un an, qui a comblé les vacances administratives, pris des décisions inédites depuis quatre décennies et initié la numérisation de l’administration publique. Parmi les mesures phares, le projet de loi sur la « faille financière », critiqué avant même sa soumission au Parlement, vise à sécuriser les dépôts bancaires, estimés à plus de 90 milliards de dollars gelés depuis 2019. « Les déposants savent désormais que leurs fonds ne s’évaporeront pas dans le vent, et qu’ils pourront les récupérer dans un délai défini », a expliqué Aoun, soulignant que ce texte, bien qu’imparfait, constitue une base pour des discussions parlementaires.
Les défis sécuritaires et la stabilité au Sud
Dans son intervention, le président Aoun a exprimé ses vœux pour une année 2026 meilleure que la précédente, marquée par des avancées en matière de réformes, de modernisation administrative et de stabilisation du secteur bancaire. Il a particulièrement mis l’accent sur la situation sécuritaire au Sud et aux frontières avec la Syrie, où l’armée libanaise, sous le commandement du général Elias Baysari depuis janvier 2025, a renforcé son déploiement en application de la résolution 1701. Le 20 janvier 2026, lors d’une réception similaire pour le corps diplomatique accrédité, Aoun avait réaffirmé l’engagement du Liban pour une « paix de justice », soulignant le contrôle opérationnel de l’armée au sud du Litani et l’élimination des armes illégales dans la zone.
Ces déclarations interviennent alors que des violations israéliennes du cessez-le-feu persistent, avec des survols de drones et des incursions sporadiques, selon les rapports de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Le gouvernement libanais, par la voix du ministre de la Défense Michel Mnassah, a appelé à une coopération internationale pour consolider la souveraineté de l’État sur les armes, un enjeu central pour désarmer les milices et restaurer le monopole de la force légitime. Le président a loué le rôle des consuls honoraires dans le renforcement de la confiance entre le Liban et la communauté internationale, notant une reprise du tourisme, avec une augmentation de 20 % des arrivées en 2025 par rapport à l’année précédente, signe d’un regain de stabilité perçue.
Les rencontres ministérielles et parlementaires : un agenda chargé
Au-delà de cette réception, la journée du président Aoun a été marquée par plusieurs audiences révélatrices des priorités nationales. Il a reçu le ministre de l’Information, l’avocat Dr. Paul Marcoss, qui l’a informé des résultats de sa visite en Jordanie, où il a rencontré la communauté libanaise lors d’un congrès international sur les médias et l’économie. Marcoss a souligné les préoccupations des expatriés concernant leur droit de vote, un aspect clé des préparatifs électoraux. Il a remercié le président pour son engagement à numériser les archives de Télé-Liban, annoncé lors d’une visite au siège de la chaîne à Hazmieh, marquant la première interview exclusive accordée à un média libanais depuis son élection.
Par la suite, le député Wael Abou Faour, membre de la Rencontre démocratique, a discuté avec le président des évolutions politiques et de la situation au Sud, insistant sur les moyens de protéger le Liban des agressions israéliennes. Abou Faour a réaffirmé le soutien de son bloc aux positions du président, soulignant l’unité nationale face aux menaces extérieures. Ce dialogue reflète les tensions persistantes dans le Sud, où l’armée libanaise a rapporté, en décembre 2025, le démantèlement de plusieurs dépôts d’armes non autorisés, en coordination avec la FINUL.
L’engagement associatif au service de la cohésion sociale
Enfin, le président Aoun a accueilli une délégation de l’association Jamâat Abbad al-Rahman, présidée par son secrétaire général Ahmad al-Houri. Fondée en 1949, cette entité caritative, reconnue d’utilité publique, opère dans les domaines social, culturel et humanitaire, sans affiliation politique. Elle gère plus de 80 projets, incluant une troupe scoute agréée par le ministère de la Jeunesse et des Sports, un centre médical de soins primaires validé par le ministère de la Santé, et un centre de formation professionnelle. Al-Houri a présenté un rapport détaillé sur les activités de l’association, qui soutient plus de 4 000 familles, 350 orphelins et 60 étudiants, mobilisant environ 1 200 volontaires dans tout le pays, de Beyrouth au Qalamoun en passant par le Bekaa et Rachaya.
Le président a salué l’engagement de l’association, soulignant que la construction de la nation est une responsabilité partagée. « Il n’y a pas de crainte pour le pays tant qu’existent des associations comme la vôtre », a-t-il déclaré, louant leur focus sur l’aide sociale et la lutte contre les fléaux, notamment la drogue, qui menace la jeunesse. Il a insisté sur la promotion de la citoyenneté nationale, transcendant les divisions confessionnelles, partisanes ou sectaires, affirmant que « le pays est le toit qui protège tout le monde, et s’il s’effondre, il s’effondre sur tous ».
Cette série d’audiences illustre l’agenda dense du président Aoun, centré sur la consolidation institutionnelle et la mobilisation sociétale. Alors que le Liban prépare ses élections, les indicateurs économiques montrent une légère amélioration, avec une croissance projetée à 2 % pour 2026 par le FMI, soutenue par des réformes bancaires et une reprise touristique. Le gouvernement poursuit la mise en œuvre d’un plan de redressement, incluant la restructuration de la dette et la négociation d’un accord avec le FMI, estimé à 3 milliards de dollars sur quatre ans, conditionné à des audits indépendants et à la transparence des comptes publics.
Les implications immédiates des réformes en cours
Dans le cadre des réformes financières, le ministère des Finances, sous Yassine Jaber, a soumis en novembre 2025 un budget pour 2026 équilibré pour la première fois depuis des années, prévoyant des dépenses de 25 milliards de dollars, avec un déficit réduit à 10 % du PIB. Ce budget intègre des mesures pour augmenter les recettes fiscales, via une taxation accrue sur les importations et une lutte contre l’évasion, estimée à 5 milliards de dollars annuels. Parallèlement, le secteur énergétique, géré par Joseph Saddi, avance sur la diversification des sources, avec des contrats pour l’importation de gaz égyptien et d’électricité jordanienne, visant à réduire les coupures chroniques qui coûtent 2 milliards de dollars par an à l’économie.
Sur le plan sécuritaire, l’armée libanaise a renforcé ses positions au Sud, avec 15 000 soldats déployés au-delà du Litani, en conformité avec la résolution 1701. Des rapports onusiens de janvier 2026 confirment l’absence de tirs depuis le cessez-le-feu, bien que des incidents mineurs persistent. Le président Aoun, lors d’une réunion de sécurité le 16 janvier 2026, a annoncé des ajustements salariaux pour les militaires, alignés sur les réformes publiques, pour maintenir la motivation des forces armées face aux défis frontaliers et internes, incluant le contrôle des flux migratoires depuis la Syrie voisine, où le régime a chuté en décembre 2024.
Ces développements soulignent les efforts du Liban pour regagner sa place sur la scène internationale, avec des initiatives comme la conférence des donateurs prévue à Paris le 5 mars 2026, visant à mobiliser 10 milliards de dollars pour la reconstruction. Le rôle des consuls honoraires, comme souligné lors de la réception, reste pivotal pour faciliter ces partenariats, en promouvant une image stabilisée du pays.



