mercredi, février 25, 2026

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Le président libanais Joseph Aoun exprime la volonté de Beyrouth de s’engager dans l’initiative du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe lors d’une rencontre avec l’émissaire français

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Le président de la République libanaise, le général Joseph Aoun, a reçu ce matin au palais de Baabda Gérard Mestrallet, l’envoyé spécial du président français Emmanuel Macron pour l’initiative du corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe, connue sous l’acronyme IMEC. Au cours de cet entretien, le chef de l’État libanais a souligné la disposition du Liban à s’impliquer dans ce projet d’envergure, qui vise à renforcer les liens commerciaux, infrastructurels et énergétiques entre l’Inde, les pays du Moyen-Orient et l’Europe. Cette déclaration intervient dans un contexte où le Liban, confronté à une crise économique persistante depuis 2019, cherche des opportunités pour relancer son rôle régional en tant que hub logistique et commercial. L’échange a porté sur les avancées de l’initiative, ses objectifs en matière de connectivité et les adaptations nécessaires face aux évolutions géopolitiques actuelles.

Selon les détails fournis par l’Agence nationale d’information (ANI), le président Aoun a examiné avec Mestrallet les étapes franchies par l’IMEC depuis son lancement en septembre 2023 lors du sommet du G20 à New Delhi. L’initiative, soutenue par les États-Unis, l’Inde, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Union européenne, prévoit la création de deux corridors principaux : un oriental reliant l’Inde au Golfe, et un occidental reliant le Golfe à l’Europe via des réseaux ferroviaires, maritimes et sous-marins. L’accent est mis sur le renforcement du commerce, la mise en place d’infrastructures durables, la connexion énergétique – notamment via des pipelines d’hydrogène vert – et la liaison numérique à haut débit. Le président libanais a insisté sur la nécessité de diversifier les itinéraires pour accroître la résilience face aux tensions régionales, une approche qui pourrait ouvrir des perspectives pour le Liban, dont les ports et les infrastructures pourraient s’intégrer dans des extensions futures du corridor.

Cette rencontre s’inscrit dans une série de consultations diplomatiques intenses au Liban, alors que le pays émerge d’une période de vacance présidentielle prolongée. Élu le 9 janvier 2025 avec 99 voix sur 128 au Parlement, Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée libanaise, a pris ses fonctions dans un climat marqué par la fin du cessez-le-feu avec Israël et la nécessité de stabiliser le front sud. Son élection, soutenue par une coalition incluant les États-Unis, la France, l’Arabie saoudite, le Qatar et l’Égypte – regroupés dans le « Quintette » – a mis fin à plus de deux ans d’impasse politique, permettant la formation d’un nouveau gouvernement sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam le 8 février 2025. Ce cabinet de 24 ministres, équilibré confessionnellement, inclut des figures indépendantes et des représentants des principaux blocs, avec une priorité affichée sur les réformes économiques et la reconstruction.

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Une initiative ambitieuse pour connecter trois pôles économiques mondiaux

L’IMEC représente un projet structurant pour l’économie mondiale, visant à contrer les disruptions dans les chaînes d’approvisionnement globales, exacerbées par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient. Annoncé comme une alternative à l’initiative chinoise des Nouvelles routes de la soie, le corridor s’étend sur environ 4 800 kilomètres, avec des investissements estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Selon le mémorandum d’entente signé en 2023, l’objectif est de réduire les temps de transit de 40 % et les coûts de 30 % par rapport aux routes actuelles, comme le canal de Suez. Des études préliminaires indiquent que le corridor pourrait générer des échanges commerciaux annuels supplémentaires de plus de 100 milliards d’euros entre l’Europe et l’Inde, dont le commerce bilatéral a atteint 124 milliards d’euros en 2023, avec une croissance annuelle de 13,2 % pour les importations européennes en provenance de l’Inde.

Les progrès concrets se multiplient depuis 2024. En février 2024, la France a nommé Gérard Mestrallet, ancien PDG d’Engie, comme envoyé spécial pour l’IMEC, soulignant l’engagement de Paris dans le projet. En avril 2025, les travaux de construction ont débuté sur des segments clés, incluant des lignes ferroviaires et des autoroutes dans les pays du Golfe. L’accord intergouvernemental entre l’Inde et les Émirats arabes unis, signé en février 2024 et ratifié en 2025, a permis la mise en place d’un cadre pour l’opérationnalisation du corridor, avec des investissements initiaux de plus de 100 millions de dollars dans des centres technologiques à Bengaluru. En janvier 2026, l’accord commercial entre l’Union européenne et l’Inde devrait accélérer le momentum, en facilitant les flux de biens et de services.

D’autres développements récents renforcent la dimension énergétique et numérique de l’IMEC. En janvier 2025, AM Green a annoncé un partenariat avec le port de Rotterdam pour un corridor de carburants verts d’une valeur d’un milliard de dollars, reliant l’Inde à l’Europe via des pipelines d’hydrogène. Le partenariat entre Adani Ports et le port de Marseille Fos, signé le 18 février 2026 lors de la visite d’Emmanuel Macron en Inde, prévoit la création d’un « Club des ports IMEC » pour coordonner les infrastructures portuaires le long du trajet. Ce partenariat vise à optimiser les flux logistiques, avec une intégration d’intelligence artificielle pour la gestion des cargaisons, réduisant les temps d’attente et améliorant la capacité des hubs comme Mundra en Inde et Marseille en France.

Le rôle potentiel du Liban dans un paysage régional en mutation

Le Liban, avec son positionnement stratégique sur la côte méditerranéenne, pourrait jouer un rôle complémentaire dans l’IMEC, bien que le corridor principal passe actuellement par Israël et la Jordanie. Les discussions avec Mestrallet ont mis en lumière la volonté de Beyrouth de s’impliquer, en explorant des itinéraires alternatifs pour diversifier les voies et atténuer les risques géopolitiques. Le port de Beyrouth, malgré les dommages subis lors de l’explosion du 4 août 2020, reste un atout majeur avec une capacité potentielle de 1,4 million de conteneurs par an une fois réhabilité. Des extensions du corridor vers le nord, via la Syrie ou le Liban, sont évoquées dans des rapports comme celui de l’Atlantic Council d’août 2025, qui souligne la possibilité d’intégrer des pays comme l’Irak, la Syrie et le Liban pour créer des routes nord-sud interconnectées.

Cependant, les défis géopolitiques persistent. Les tensions au sud du Liban, exacerbées par les affrontements entre le Hezbollah et Israël jusqu’au cessez-le-feu de novembre 2024, ont ralenti les investissements régionaux. Le rapport de l’Observer Research Foundation de décembre 2025 note que les partenaires de l’IMEC, y compris l’Inde et l’Arabie saoudite, conditionnent les avancées à une normalisation accrue avec Israël, ce qui complique l’intégration du Liban tant que les questions frontalières, comme celles régies par la résolution 1701 de l’ONU, ne sont pas résolues. Adoptée en 2006, cette résolution appelle au désarmement des milices au sud du Litani et au déploiement exclusif de l’armée libanaise, un point réaffirmé par le secrétaire général de l’ONU António Guterres lors de sa visite à Beyrouth en janvier 2025 : « La mise en œuvre complète de la résolution 1701 est essentielle pour la stabilité régionale et pourrait ouvrir la voie à des projets économiques inclusifs. »

Le gouvernement de Nawaf Salam, composé de ministres comme Yassine Jaber aux Finances (proche de Nabih Berri) et Joseph Saddi à l’Énergie, priorise la reconstruction et les réformes. Le budget 2025, soumis en juillet et approuvé en septembre, prévoit des investissements de 500 millions de dollars dans les infrastructures portuaires, alignés sur les standards IMEC pour la connectivité numérique. Des discussions avec la Banque mondiale, qui a alloué 1,2 milliard de dollars d’aide au Liban en 2025, visent à moderniser les réseaux électriques pour intégrer des flux d’hydrogène vert, un pilier de l’IMEC.

Les enjeux géopolitiques et les adaptations face aux crises régionales

Les évolutions géopolitiques influencent directement l’IMEC. La guerre à Gaza et les tensions en mer Rouge, où les attaques houthies ont disrupté 20 % du trafic mondial en 2025, ont accru l’urgence de routes alternatives. Le rapport de Trends Research de novembre 2025 indique que les conflits en Syrie et au Yémen pourraient reporter les segments terrestres, mais des itinéraires via l’Égypte et le détroit de Tiran sont explorés. L’Arabie saoudite, pivot du corridor, a investi 5 milliards de dollars en 2025 pour étendre son réseau ferroviaire, reliant Djeddah à la frontière jordanienne.

La France, avec son rôle historique au Liban, facilite ces discussions. Lors d’une conférence conjointe à Paris en mars 2025, Emmanuel Macron a déclaré : « L’IMEC n’est pas seulement un corridor commercial ; c’est un vecteur de paix et de développement durable, et le Liban, avec son héritage multiculturel, peut y contribuer significativement. » Cette implication française s’étend à des partenariats comme celui avec le port de Marseille, qui pourrait connecter directement à Beyrouth via des lignes maritimes renforcées.

Par ailleurs, le président Aoun a mandaté son conseiller, le brigadier André Rahal, pour une rencontre avec le président du Parlement Nabih Berri à Aïn el-Tiné ce matin. Selon l’ANI, les échanges ont porté sur les développements généraux et les dernières actualités, incluant les implications de l’IMEC pour la stabilité économique libanaise. Berri, figure clé du mouvement Amal et allié du Hezbollah, a insisté sur la nécessité d’une approche inclusive, évitant toute marginalisation des communautés chiites dans les projets régionaux.

Les perspectives immédiates pour l’intégration libanaise

Les implications immédiates pour le Liban se concentrent sur la préparation infrastructurelle. En 2025, le ministère des Travaux publics a lancé un appel d’offres pour la réhabilitation de la voie ferrée Beyrouth-Tripoli, un projet de 300 millions de dollars financé par l’Union européenne, qui pourrait s’aligner sur les standards IMEC. Des rapports du FMI, publiés en septembre 2025, estiment que l’inflation libanaise, à 70 % en 2024, pourrait baisser à 40 % en 2026 si des réformes comme la restructuration bancaire sont mises en œuvre, facilitant l’attraction d’investissements étrangers.

L’engagement du Liban dans l’IMEC dépend également de la dynamique régionale. Le sommet de Trieste en 2025 a promu le port italien comme « porte d’entrée stratégique » pour l’Europe, avec des extensions potentielles vers la Méditerranée orientale. Des discussions trilatérales Inde-France-Liban, initiées en décembre 2025, explorent des partenariats en énergie renouvelable, où le Liban pourrait exporter de l’électricité via des interconnexions avec la Jordanie. Le rapport de l’Atlantic Council d’août 2025 souligne que des projets comme l’intégration des grilles électriques pourraient générer 2 milliards de dollars de revenus annuels pour les pays participants, incluant potentiellement le Liban.

En parallèle, les tensions persistantes au sud exigent une vigilance accrue. Le rapport de l’ONU de février 2026 note 150 violations du cessez-le-feu depuis novembre 2024, soulignant l’importance de la FINUL pour sécuriser les routes potentielles. Le gouvernement Salam a alloué 200 millions de dollars en 2026 pour renforcer l’armée libanaise, en ligne avec les engagements du Quintette.

Les dynamiques internes libanaises influencent également cette intégration. Le cabinet Salam, avec des ministres comme Tamara Elzein à l’Environnement et Rakan Nasreddine à la Santé, met l’accent sur la durabilité, alignée sur les objectifs verts de l’IMEC. Des consultations avec le Parlement, dominé par Berri, visent à adopter une législation facilitant les investissements étrangers, avec un vote prévu en mars 2026 sur une loi cadre pour les corridors économiques.

Enfin, les implications immédiates se manifestent dans les échanges diplomatiques en cours. La visite prévue de Joseph Aoun au Brésil et sa présidence d’une conférence à Paris en mars 2026 pour soutenir les forces armées libanaises soulignent l’effort pour positionner Beyrouth comme partenaire fiable. Ces initiatives, couplées aux discussions sur l’IMEC, visent à atténuer la dette publique libanaise, estimée à 100 milliards de dollars en 2025 par la Banque mondiale, en attirant des flux commerciaux régionaux.

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