Dans un climat de tensions sécuritaires persistantes au Sud du Liban, les propos tenus par le président de la Chambre, Nabeh Berri, sur les relations entre les habitants de cette région et les forces internationales de la FINUL marquent un tournant symbolique. En déclarant que la souveraineté nationale était une « ligne rouge » et que les citoyens libanais « ne sont pas des intrus à qui l’on impose une surveillance extérieure », Berri repositionne l’action des institutions dans la régulation des frictions locales.
Ce discours intervient dans un moment de crispation croissante entre les populations civiles du Sud et les contingents étrangers opérant sous mandat onusien, alors que les frappes israéliennes continuent de cibler la zone frontalière et que la pression militaire augmente.
La déclaration de Berri : un avertissement adressé à la FINUL
Face aux incidents récurrents impliquant des patrouilles de la FINUL et des résidents des localités méridionales, le président du Parlement a exprimé publiquement son inquiétude. Selon ses termes, « nous ne tolérerons pas que des forces internationales traitent nos citoyens comme des intrus ». Ce propos, fort et solennel, a pour objectif de rappeler aux partenaires internationaux les limites de leur mandat et les obligations de coordination prévues par la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.
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Nabeh Berri a également souligné le rôle central que doit jouer l’armée libanaise dans l’encadrement de toute activité militaire ou sécuritaire sur le territoire national. Il a affirmé que la coordination entre la FINUL et les forces libanaises était non seulement nécessaire, mais indispensable à la stabilité de la région. Ce rappel vise à recentrer le dispositif sécuritaire autour d’une souveraineté pleinement assumée, sans pour autant remettre en cause la présence onusienne.
Le ton du message était mesuré, mais ferme. Il ne s’agissait pas de dénoncer frontalement la FINUL, mais de corriger ce qui est perçu comme des écarts répétés à l’esprit du mandat onusien, notamment dans les interactions avec les populations civiles.
Une situation sécuritaire tendue et évolutive
Le contexte sécuritaire dans lequel cette déclaration s’inscrit est marqué par une intensification des raids israéliens sur les zones frontalières, avec des frappes visant aussi bien des infrastructures supposées appartenir à des groupes armés que des terrains vagues dans des localités proches de la Ligne bleue. Ces attaques provoquent des destructions, mais surtout un sentiment de vulnérabilité croissante chez les résidents.
Ces derniers ont exprimé à plusieurs reprises leur désarroi face à une situation où ni les institutions libanaises ni les forces internationales ne semblent en mesure de leur garantir une protection effective. Les images de maisons endommagées, d’écoles évacuées ou de champs abandonnés sont devenues fréquentes. Cette réalité nourrit un ressentiment diffus envers tous les acteurs présents sur le terrain, y compris la FINUL, perçue par certains comme spectatrice plutôt qu’actrice.
Dans ce climat, des incidents ont été rapportés entre habitants et membres des patrouilles internationales, notamment autour de la prise de photos dans des zones résidentielles, l’accès à des chemins agricoles, ou encore le passage de véhicules blindés dans des villages sans coordination préalable. Ces gestes, pourtant encadrés, sont parfois vécus comme des provocations, et contribuent à alimenter la tension.
Défendre la souveraineté à travers les institutions
La déclaration de Berri ne se limite pas à une protestation conjoncturelle. Elle s’inscrit dans une logique plus large de réaffirmation de la souveraineté nationale, dans une région historiquement sensible. Le Sud du Liban a été pendant des décennies un espace de confrontation, d’occupation et de résistance. Toute présence étrangère y est analysée avec prudence, voire suspicion, même lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre multilatéral.
Pour Berri, rappeler que l’armée libanaise doit rester l’interlocuteur unique de la FINUL, c’est affirmer que l’État, et non une coalition ou une autorité parallèle, est le garant de la sécurité nationale. Cette prise de position vise à prévenir toute escalade entre civils et contingents étrangers, mais aussi à désamorcer les critiques venant des formations politiques qui appellent au départ de la mission onusienne.
Dans ses propos, le président du Parlement a clairement exclu toute remise en cause de la résolution 1701, insistant sur l’importance de la coopération avec les Nations unies. Toutefois, il a exigé que cette coopération respecte les principes de réciprocité et de transparence. Il s’agit donc d’un repositionnement stratégique : maintenir la présence internationale, tout en la soumettant à une vigilance accrue des institutions libanaises.
Le rôle de l’armée comme pivot de la coordination
Au cœur de ce dispositif, l’armée libanaise apparaît comme le seul acteur national capable de stabiliser les interactions entre les différents protagonistes. Berri a insisté sur la nécessité de renforcer les moyens logistiques et humains des forces libanaises dans le Sud, afin qu’elles puissent assurer pleinement leur mission d’encadrement et de coordination.
L’absence d’une coordination systématique entre la FINUL et l’armée est à l’origine de plusieurs malentendus. Les militaires libanais, parfois en sous-effectif, peinent à suivre toutes les patrouilles ou à répondre rapidement aux incidents. Ce décalage opérationnel crée des vides de communication, où les malentendus se transforment en accusations.
En insistant sur ce point, Berri envoie un message double : d’une part aux forces internationales, pour qu’elles respectent les procédures établies ; d’autre part au gouvernement, pour qu’il soutienne davantage les capacités opérationnelles de son armée.
Berri, figure de stabilité et canal d’apaisement
Le choix de Berri de s’exprimer publiquement sur cette question témoigne aussi de son positionnement politique. En tant que président du Parlement et figure historique du mouvement Amal, très implanté dans le Sud, il conserve une autorité morale sur une partie significative de la population locale. En s’adressant à la fois aux habitants, aux militaires, aux contingents internationaux et aux instances politiques, il joue un rôle de médiateur.
Ce rôle est d’autant plus crucial que les tensions pourraient rapidement dégénérer. Le Sud est un espace complexe, où la superposition des acteurs — armée, FINUL, partis politiques, résistants, autorités locales — crée une dynamique instable. La parole de Berri vise à réaffirmer les priorités : protection des civils, respect de la souveraineté, coordination institutionnelle.
Il ne s’agit pas ici d’une rupture, mais d’une mise en garde. En reformulant les termes de l’accord implicite entre l’État libanais et la FINUL, Berri cherche à éviter une escalade, tout en redonnant à l’armée un rôle central. Ce discours intervient aussi dans une séquence politique plus large, où les institutions tentent de restaurer leur crédibilité après une série de crises de gouvernance.



