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L’école privée hors d’atteinte : la flambée des frais de scolarité et l’effondrement éducatif au Liban

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Une augmentation soudaine et massive

Les frais de scolarité dans les écoles privées libanaises ont connu une augmentation brutale estimée à 50 % pour l’année 2025. Cette hausse généralisée frappe l’ensemble des cycles, de la maternelle au secondaire, affectant directement des dizaines de milliers de familles. Elle survient dans un contexte d’effondrement économique, de dépréciation continue de la livre libanaise, et de disparition des subventions publiques au secteur éducatif privé.

Les établissements ont justifié cette décision par la hausse de leurs charges : salaires à payer en dollars, coût des équipements importés, entretien des bâtiments, et surtout alimentation électrique via générateurs privés. En parallèle, les revenus des ménages n’ont pas suivi cette courbe inflationniste. Résultat : de nombreux parents retirent leurs enfants des écoles privées, ou envoient un seul enfant par famille, contraints de faire un choix entre éducation et subsistance.

Le basculement du privé vers le public

Jusqu’à récemment, l’école privée représentait une voie d’excellence, associée à la mobilité sociale, à la qualité d’enseignement et à l’encadrement linguistique. Mais ce modèle, historiquement soutenu par une partie de la classe moyenne, devient inaccessible. Les établissements qui demandaient auparavant entre 1000 et 1500 dollars de frais annuels imposent désormais des montants supérieurs à 2000 dollars. Les paiements en cash, souvent exigés en devises, créent un filtre économique drastique.

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Face à cette réalité, de nombreuses familles se rabattent sur l’enseignement public. Pourtant, celui-ci souffre d’un déficit chronique d’infrastructures et de moyens humains. Les grèves des enseignants se sont multipliées au cours des dernières années, et les interruptions de cours sont fréquentes. Le taux d’absentéisme des professeurs dépasse 30 % dans certains établissements. Les classes surchargées, le manque de matériel pédagogique, et l’absence de suivi individualisé y sont devenus la norme.

Une exclusion silencieuse des classes populaires

La hausse des frais d’écolage exclut de fait les familles issues des classes populaires, mais aussi une part croissante de la classe moyenne. Des témoignages concordants évoquent des parents contraints d’inscrire leurs enfants dans des écoles religieuses ou communautaires à moindres coûts, où les effectifs sont très élevés et les conditions d’apprentissage difficiles. D’autres enfants se retrouvent sans école, faute de place ou de moyens. Le décrochage scolaire devient une réalité palpable, surtout chez les élèves du secondaire, plus coûteux à scolariser.

Les demandes d’aide explosent. Des ONG, des congrégations religieuses et des initiatives caritatives locales tentent de prendre le relais de l’État défaillant, en fournissant des bourses ou des aides ponctuelles. Toutefois, ces solutions restent limitées dans le temps et dans l’espace. Les listes d’attente s’allongent, les critères deviennent plus stricts, et les résultats aléatoires. Une partie de la population enfantine échappe désormais au système éducatif formel, dans une indifférence quasi générale.

Un système scolaire à plusieurs vitesses

L’écart se creuse entre les établissements de luxe, réservés à une élite disposant de revenus en devises, et ceux qui tentent de maintenir un modèle accessible. Dans les premiers, les bâtiments sont rénovés, les activités parascolaires abondantes, et l’accès aux universités étrangères garanti. Dans les seconds, le nombre d’élèves par classe peut dépasser 40, les professeurs ne sont pas remplacés en cas d’absence, et l’enseignement se limite aux matières de base.

Cette dualisation du système scolaire s’accentue année après année. Elle installe une logique de reproduction sociale rigide : seuls les enfants des milieux favorisés peuvent prétendre à une éducation complète, tandis que les autres doivent se contenter d’un parcours écourté, souvent interrompu ou de moindre qualité. L’école, loin d’être un vecteur d’égalité, devient un facteur d’exclusion.

Des directions d’écoles privées sous pression

Les responsables d’établissements privés affirment qu’ils n’ont d’autre choix que d’augmenter leurs frais. Les enseignants exigent des salaires en dollars ou à taux indexé, les fournisseurs imposent des hausses constantes, et l’électricité, assurée par des générateurs, représente un poste budgétaire majeur. Certaines écoles indiquent consacrer plus de 30 % de leur budget annuel à l’alimentation énergétique de leurs locaux.

Malgré cela, les hausses restent opaques. Peu d’établissements communiquent clairement leurs budgets. Les réunions avec les parents débouchent rarement sur un accord. La confiance est rompue entre les familles et les directions, qui se renvoient la responsabilité. Les structures les plus fragiles choisissent parfois de fusionner avec d’autres écoles, ou de fermer purement et simplement.

Aucune régulation de l’État

Le ministère de l’Éducation n’impose aucun plafonnement aux frais de scolarité. Les recommandations formulées par l’administration ne sont pas contraignantes. Aucun mécanisme d’audit régulier des comptes des écoles privées n’existe à ce jour. Le marché fonctionne en totale autonomie, au détriment des familles. Même les promesses de mise en place d’un « chèque éducation » destiné à alléger le fardeau financier des parents sont restées sans suite. Les crédits annoncés n’ont jamais été débloqués, faute de budget ou de volonté politique.

Les familles, isolées, se tournent vers des collectifs informels pour négocier ou protester. Des groupes de parents ont tenté d’obtenir des tarifs différenciés, des plans de paiement échelonnés, ou des compensations pédagogiques, sans réponse uniforme. Certains ont été confrontés à des refus d’inscription en cas de retard de paiement. D’autres ont vu leurs enfants exclus en cours d’année.

La réponse fragile des acteurs alternatifs

Face au désengagement de l’État, de nouvelles structures émergent. Des écoles communautaires, souvent soutenues par des associations locales, proposent un enseignement gratuit ou semi-gratuit. Elles accueillent principalement les enfants issus des quartiers défavorisés, avec un personnel souvent bénévole ou mal rémunéré. Malgré leurs limites, elles permettent de maintenir un lien scolaire pour des élèves qui auraient autrement quitté le système.

Parallèlement, certaines écoles privées réduisent leur programme, simplifient leurs cursus, ou limitent les options linguistiques pour survivre. Le niveau de langue, la diversité des matières, les activités artistiques ou sportives sont les premières victimes de ces réajustements. L’enseignement devient utilitaire, minimum, formaté.

Enseignement à distance et échecs du numérique

Dans les zones reculées ou pour certaines familles ayant perdu tout accès physique à l’école, l’enseignement à distance représente une solution temporaire. Mais il révèle rapidement ses failles : coupures électriques fréquentes, absence de matériel informatique adapté, connexions Internet instables, et absence d’interaction pédagogique. Les enseignants ne sont pas formés aux outils numériques, les parents ne peuvent pas accompagner le travail scolaire. L’autonomie requise est hors de portée pour une majorité d’élèves.

Ce modèle, expérimenté massivement durant la pandémie, a montré ses limites structurelles. Il renforce les inégalités : les enfants issus de familles éduquées et équipées peuvent suivre, les autres décrochent. Le retour au présentiel n’a pas résolu le problème : les pertes d’apprentissage sont importantes, les écarts de niveau se sont creusés, et aucune politique de remédiation n’a été mise en place.

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