À la veille de l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, prévue pour le 6 février 2026, le Comité olympique libanais a annoncé la désignation d’Andrea El Hayek comme porte-drapeau de la délégation libanaise lors de la cérémonie d’ouverture. Ce jeune skieur alpin, âgé de 17 ans, portera les couleurs du Liban dans le stade de Milan, marquant un moment symbolique pour une nation qui participe aux Jeux d’hiver depuis près de huit décennies sans jamais avoir décroché de médaille. Cette nomination, révélée par le Comité international olympique dans sa liste complète des porte-drapeaux, met en lumière le rôle d’El Hayek non seulement en tant qu’athlète, mais aussi comme représentant d’un pays confronté à de multiples défis internes et régionaux.
La délégation libanaise à ces Jeux est composée de deux athlètes masculins, inscrits dans deux disciplines distinctes : le ski alpin pour Andrea El Hayek et le ski de fond pour Samer Tawk. Cette participation modeste s’inscrit dans la continuité des apparitions libanaises aux Jeux d’hiver, où le Liban a envoyé des athlètes à la plupart des éditions depuis 1948, à l’exception de celles de 1994 et 1998. Selon les données officielles du Comité international olympique, le Liban aligne ainsi deux compétiteurs pour un total de deux sports, reflétant les contraintes budgétaires et infrastructurelles qui pèsent sur le développement des sports d’hiver dans le pays.
Le choix d’Andrea El Hayek comme porte-drapeau intervient alors que les préparatifs pour les Jeux battent leur plein. La cérémonie d’ouverture, qui se tiendra dans le stade San Siro de Milan, réunira des athlètes de 92 nations, dont le Liban figure parmi les plus petites délégations. Cette désignation honore un athlète émergent, né le 25 octobre 2008 à Paris, en France, et qui représente le Liban grâce à ses origines familiales. El Hayek, qui concourt sous les couleurs libanaises depuis ses débuts en compétitions internationales, incarne une nouvelle génération de sportifs formés en partie à l’étranger, où les conditions d’entraînement sont plus favorables que dans un Liban marqué par une instabilité persistante.
Une délégation réduite dans un contexte régional tendu
Les Jeux de Milan-Cortina 2026 marquent la 25e édition des Jeux olympiques d’hiver, organisés pour la première fois en Italie depuis ceux de Turin en 2006. Pour le Liban, cette participation intervient dans un cadre géopolitique complexe, avec des tensions régionales qui affectent indirectement le secteur sportif. Le Comité olympique libanais, présidé par Pierre Jalakh depuis 2021, a dû naviguer entre des contraintes financières exacerbées par la crise économique qui sévit au Liban depuis 2019. Selon des rapports officiels de la Fédération internationale de ski (FIS), le Liban bénéficie d’une quota de base pour les petites nations, permettant à des athlètes comme El Hayek et Tawk de se qualifier malgré des classements mondiaux modestes.
Historiquement, le Liban a envoyé 33 athlètes en ski alpin aux Jeux d’hiver, avec une présence sporadique en ski de fond et en skeleton. La meilleure performance enregistrée reste celle de Farida Rahmeh, qui a terminé 19e au slalom féminin lors des Jeux de Lake Placid en 1980. Depuis, les résultats libanais ont oscillé entre des places honorables et des non-finishes, reflétant les limites d’un pays où les sports d’hiver dépendent largement des stations comme celles de Faraya ou des Cèdres, souvent impactées par des conditions météorologiques variables et un manque d’investissements.
En 2026, la délégation libanaise s’aligne avec un effectif minimal, mais les deux athlètes ont été sélectionnés sur la base de leurs performances lors des qualifications FIS entre 2024 et 2025. Le ski alpin et le ski de fond, disciplines choisies, correspondent aux forces traditionnelles du Liban en sports d’hiver, où les athlètes s’entraînent fréquemment en Europe pour compenser l’absence d’infrastructures de haut niveau au pays.
Portrait d’Andrea El Hayek : un jeune skieur alpin en pleine ascension
Andrea Elie Antoine El Hayek, né à Paris mais représentant le Liban, est inscrit en ski alpin, avec des événements à définir parmi le slalom, le slalom géant ou d’autres épreuves techniques. À 17 ans, il fait partie des plus jeunes athlètes de la compétition, et sa qualification repose sur l’obtention de points FIS suffisants lors de courses organisées en 2025 et début 2026. Selon les listes officielles de la FIS, El Hayek a accumulé des points dans plusieurs catégories, avec une moyenne autour de 117 à 166 points FIS dans ses disciplines phares, indiquant un niveau compétitif pour un athlète de son âge mais encore éloigné des élites mondiales.
Ses performances récentes illustrent une progression constante. Le 18 janvier 2026, à Albrechtice v Jizerskych horach en République tchèque, il a terminé 28e au slalom FIS avec 125,40 points. La veille, le 17 janvier, il s’est classé 36e dans la même discipline avec 125,88 points. En slalom géant, le 16 janvier au même endroit, il a obtenu une 57e place avec 159,14 points, et le 15 janvier une 40e place avec 141,92 points. Plus tôt, le 13 janvier à Gaal en Autriche, il a fini 41e au slalom géant avec 166,31 points. Ces résultats, obtenus dans des courses FIS et nationales juniors, montrent une régularité dans les classements intermédiaires, souvent entre la 30e et la 60e place.
En remontant à décembre 2025, El Hayek a participé à des épreuves en Turquie et en Bulgarie. Le 3 janvier 2026 à Bansko en Bulgarie, il a décroché une 11e place au slalom avec 102,34 points, sa meilleure performance récente, suivie d’une 18e place le même jour avec 111,48 points. À Erzurum en Turquie fin décembre 2025, il a connu un non-finish au slalom mais a terminé 23e dans une autre course avec 114,94 points. Au slalom géant à Sarikamis / Kars, il s’est classé 20e avec 117,29 points le 25 décembre, 24e avec 119,19 points le 24, et 22e avec 116,74 points le 23.
Plus tôt dans la saison, en novembre 2025, à Suomutunturi en Finlande, il a obtenu des 51e et 50e places au slalom géant junior avec respectivement 156,66 et 143,84 points. À Levi en Finlande, il n’a pas terminé le slalom. Des courses en salles à Ski Dubai aux Émirats arabes unis en novembre ont vu des classements entre la 9e et la 15e place, avec des points autour de 94 à 104, démontrant une adaptation aux conditions artificielles.
En septembre et août 2025, lors de la Coupe sud-américaine à Cerro Castor en Argentine et El Colorado au Chili, El Hayek a affronté des concurrents plus expérimentés, terminant souvent autour de la 30e à 40e place au slalom et slalom géant, avec des points variant de 135 à 187. Ces expériences internationales, incluant des non-finishes, soulignent les défis techniques pour un athlète en formation.
Les chances d’El Hayek aux Jeux restent mesurées. Avec des points FIS supérieurs à 100 dans la plupart des épreuves, il se positionne dans le bas du tableau mondial, où les leaders comme Marco Odermatt ou Manuel Feller accumulent des scores inférieurs à 10 points. Néanmoins, pour un premier Jeux, l’objectif semble être d’améliorer ses temps personnels et d’éviter les sorties de piste, dans un contexte où les petites nations visent souvent l’expérience plutôt que les podiums.
Samer Tawk : l’expérience du ski de fond libanais
Samer Tawk, né le 3 septembre 1998 à Bcharre au Liban, représente le pays en ski de fond, une discipline où il est le seul athlète libanais qualifié. Âgé de 27 ans, Tawk est un vétéran comparé à El Hayek, ayant déjà participé aux Jeux de PyeongChang en 2018, où il a terminé 105e au 15 km libre. Bénéficiaire d’une bourse olympique, il s’entraîne souvent en Europe et en Asie pour compenser les limites des pistes libanaises.
Ses résultats récents en 2025 et 2026 mettent en évidence une constance dans les compétitions locales et internationales. Le 17 janvier 2026 aux Cèdres au Liban, il a remporté le sprint 1,2 km libre final et qualification FIS. La veille, le 16 janvier, il a répété cette performance en sprint 1,2 km libre. Ces victoires domestiques, face à une concurrence limitée, lui ont permis de consolider ses points FIS.
En décembre 2025 à Trondheim en Norvège, lors de la Coupe du monde, Tawk a terminé 105e au 10 km libre avec 257,06 points, et 86e au sprint classique avec 454,92 points en qualification. Aux Championnats du monde FIS en mars 2025 à Trondheim, il s’est classé 155e au 10 km classique, 152e au sprint libre avec 419,83 points, et 57e au 7,5 km classique qualification avec 312,82 points.
Plus tôt, en février 2025 à Harbin en Chine, il a obtenu une 30e place au 10 km libre avec 280,27 points, mais n’a pas démarré en sprint classique. En mars 2025 aux Cèdres, il a dominé les sprints 1,1 km libre et le 10 km libre national avec 547,59 points.
Ces performances indiquent un niveau stable mais éloigné des sommets, avec des points FIS souvent supérieurs à 250, contre moins de 50 pour les leaders comme Johannes Klaebo. Tawk a toutefois progressé depuis 2018, passant de places au-delà de la 100e à des classements occasionnels dans le top 50 en qualifications mineures.
Les perspectives pour Tawk aux Jeux se concentrent sur les épreuves de sprint et de distance courte, comme le 15 km ou le sprint libre, où il pourrait viser une place dans les 80 premiers, améliorant ainsi son résultat de 2018 dans un champ de plus de 100 compétiteurs.
Le processus de qualification : un chemin semé d’obstacles
La qualification des athlètes libanais s’est déroulée via le système de quotas de la FIS et du CIO, réservé aux nations en développement. Pour le ski alpin, El Hayek a atteint les seuils minimaux en slalom et slalom géant lors de courses en Europe, Amérique du Sud et Moyen-Orient entre août 2025 et janvier 2026. Le Liban a bénéficié d’une allocation de base pour un athlète masculin et féminin, mais seule la place masculine a été pourvue en alpin, la skieuse Manon Ouaiss ayant été écartée en raison d’une blessure, selon des annonces de la fédération libanaise de ski.
Pour le ski de fond, Tawk a sécurisé sa place grâce à des points accumulés en Coupe du monde et championnats, notamment à Trondheim et Harbin. Le quota de base permet à des pays comme le Liban d’envoyer un athlète par discipline sans nécessiter des classements top 300, mais avec un minimum de participations validées.
Ces qualifications ont impliqué des déplacements coûteux, financés en partie par des bourses olympiques et des sponsors privés, dans un Liban où la fédération de ski opère avec un budget restreint.
Les défis persistants des sports d’hiver au Liban
Le développement des sports d’hiver au Liban fait face à des barrières structurelles, amplifiées par la crise économique depuis 2019. Des études sur les motivations et obstacles des athlètes libanais, basées sur des données olympiques, soulignent un manque de ressources financières allouées au sport, avec des budgets publics minimes pour les fédérations. Les athlètes comme Tawk et El Hayek s’entraînent souvent à l’étranger, en Autriche, en Finlande ou en Chine, car les stations libanaises comme Faraya manquent d’équipements modernes et souffrent de coupures d’électricité récurrentes.
La crise a entraîné une dévaluation de la livre libanaise, rendant les voyages et équipements prohibitifs. Malgré cela, la fédération libanaise de ski et biathlon organise des courses locales, comme celles aux Cèdres en janvier 2026, pour maintenir un vivier de talents. Les influences confessionnelles et régionales jouent un rôle, avec des athlètes issus de zones montagneuses comme Bcharre, traditionnellement chrétiennes, où le ski est ancré culturellement.
En 2025, des rapports indiquent une baisse des engagements sportifs au Liban due à l’instabilité, impactant même les paris sportifs et les sponsoring. Pourtant, des victoires locales de Tawk démontrent une résilience, avec des podiums dans des courses FIS au Liban.
Performances récentes et implications immédiates
Les dernières courses d’El Hayek en janvier 2026, comme sa 28e place au slalom en République tchèque, indiquent une forme ascendante juste avant les Jeux. Ses points FIS, stables autour de 125, suggèrent une capacité à naviguer des pistes techniques, bien que des non-finishes en Turquie fin 2025 rappellent les risques d’erreurs sous pression.
Pour Tawk, ses victoires aux Cèdres en janvier 2026 renforcent sa confiance, contrastant avec ses 105e et 86e places en Coupe du monde en décembre 2025. Ces résultats immédiats, obtenus face à une élite norvégienne, mettent en évidence les écarts, mais aussi les gains en endurance depuis ses championnats du monde de 2025, où il a évité les derniers rangs dans certaines qualifications.
Les implications pour les Jeux incluent une préparation finale en Italie, avec des entraînements adaptés aux pistes de Cortina pour El Hayek et de Bormio pour Tawk. Les événements prévus, tels que le slalom géant masculin le 8 février et le 15 km fond le 10 février, offriront des opportunités de mesure face à des favoris comme les Suisses et Norvégiens, dans un contexte où les conditions météo récentes en Italie, avec des chutes de neige abondantes, favorisent les techniciens expérimentés.



