Un recul inquiétant dans les classements mondiaux
L’économie libanaise traverse une période de forte dégradation, marquée par un recul significatif dans les classements internationaux. Plusieurs indicateurs économiques soulignent un affaiblissement structurel dû à l’absence de réformes profondes et à une crise de confiance qui frappe aussi bien les investisseurs locaux qu’étrangers. Le Liban figure désormais parmi les économies les plus fragiles au monde, une position qui reflète la persistance d’un modèle économique obsolète, combiné à une gestion inefficace des finances publiques.
L’effondrement du secteur bancaire et l’instabilité politique chronique ont accéléré la fuite des capitaux, aggravant la pénurie de liquidités et réduisant drastiquement les capacités du pays à financer ses besoins fondamentaux. Les investisseurs internationaux, autrefois intéressés par les opportunités offertes par le Liban en raison de son positionnement stratégique, se montrent désormais extrêmement prudents, freinés par un cadre réglementaire incertain et un système financier en crise.
La perte de compétitivité du Liban sur la scène internationale s’explique également par la faiblesse de ses infrastructures, qui ne permettent plus d’assurer un environnement propice au développement économique. En comparaison avec d’autres pays de la région, le pays souffre d’un retard important dans les secteurs du transport, de l’énergie et du numérique, limitant la capacité des entreprises à se développer et à exporter.
L’incapacité du gouvernement à mettre en place un plan de relance crédible aggrave encore la situation. Les réformes attendues, notamment en matière de réduction du déficit budgétaire et de restructuration du secteur bancaire, restent au point mort, repoussant toute perspective de sortie de crise à moyen terme.
Un climat des affaires en déclin : le Liban parmi les économies les moins compétitives
Le Liban continue de reculer dans les classements économiques mondiaux, traduisant un affaiblissement de son environnement des affaires et de sa compétitivité économique. En 2025, il figure parmi les dix pays les plus fragiles au monde, selon un rapport récent. Cette dégradation s’explique par la stagnation des réformes économiques, la crise de confiance des investisseurs et une gouvernance inefficace, qui empêchent le pays de retrouver un équilibre économique stable.
Sur l’indice mondial de la compétitivité économique, le Liban se classe désormais 138e sur 144 pays, perdant 15 places par rapport à l’année précédente. Cette chute vertigineuse illustre la détérioration continue des infrastructures économiques, la volatilité monétaire et la faiblesse des politiques publiques mises en place pour répondre aux crises successives.
L’économie libanaise souffre particulièrement sur le plan du climat des affaires. Un classement régional des pays arabes évalue plusieurs critères, tels que la transparence financière, la stabilité monétaire et la capacité à attirer des capitaux étrangers. Dans cette évaluation, le Liban occupe la dernière place parmi les 22 pays de la région. Ce résultat est inquiétant, car il souligne l’absence d’un cadre attractif pour les investisseurs et l’incapacité du pays à offrir des garanties financières stables.
Un autre indicateur crucial, l’indice de facilité à faire des affaires (Ease of Doing Business Index), publié par la Banque mondiale, classe le Liban 176e sur 190 pays, ce qui en fait l’un des environnements économiques les plus contraignants au monde. À titre de comparaison, les Émirats arabes unis se situent à la 16e place et l’Arabie saoudite à la 38e. Même des pays en crise comme l’Irak (151e) et la Libye (160e) surpassent aujourd’hui le Liban en matière de facilité à investir et à développer des entreprises.
Le secteur financier constitue l’un des principaux freins à la reprise économique. La crise bancaire de 2019 a profondément affaibli le système financier, entraînant des restrictions sévères sur les retraits et les transactions internationales. En 2024, les sorties nettes de capitaux ont atteint 6,2 milliards de dollars, contre 4,8 milliards en 2023, confirmant une tendance inquiétante de fuite des investissements et de manque de liquidités dans l’économie.
Sur le plan monétaire, la situation est tout aussi préoccupante. La livre libanaise, qui s’échangeait à 1 500 livres pour un dollar avant la crise de 2019, évolue désormais autour de 89 700 livres pour un dollar en février 2025. Cette dépréciation massive en quelques années place le Liban parmi les trois pays ayant la monnaie la plus instable au monde, aux côtés du Venezuela et du Zimbabwe. L’inflation, qui dépasse 192 % sur un an, réduit drastiquement le pouvoir d’achat et la capacité des entreprises à planifier leurs coûts.
Le manque d’infrastructures modernes et fonctionnelles constitue un autre obstacle majeur. Le Liban est classé 141e sur 144 dans l’indice mondial des infrastructures, ce qui reflète l’état catastrophique des services publics et du réseau énergétique. Le pays subit en moyenne 12 heures de coupures d’électricité par jour, obligeant les entreprises industrielles à fonctionner à moins de 50 % de leur capacité.
L’accès au financement est devenu presque impossible pour les entrepreneurs. Les banques libanaises, en crise de liquidités, n’accordent plus de prêts et appliquent des taux d’intérêt excessivement élevés, dépassant les 25 % pour les rares crédits commerciaux disponibles. En conséquence, le nombre d’entreprises ayant fermé leurs portes en 2024 a atteint 7 500, soit une augmentation de 18 % par rapport à 2023.
Le développement technologique et numérique, qui pourrait constituer un moteur de croissance, reste également très limité. Le Liban se classe 127e sur 140 pays pour la vitesse et la fiabilité d’internet, selon un rapport de l’Union internationale des télécommunications. De plus, le coût moyen d’un abonnement internet au Liban est 45 % plus élevé que la moyenne régionale, ce qui entrave l’essor des entreprises technologiques et des start-ups.
Face à cette situation, les investisseurs étrangers fuient le Liban. En 2024, le pays n’a attiré que 220 millions de dollars d’investissements directs étrangers (IDE), contre 2,8 milliards pour l’Égypte et 7,5 milliards pour les Émirats arabes unis. Ce recul illustre le désintérêt des investisseurs internationaux pour le marché libanais, jugé trop risqué et instable.
Pour espérer renverser cette tendance et améliorer le climat des affaires, plusieurs réformes sont nécessaires. Parmi elles, la stabilisation monétaire, la restructuration bancaire, une modernisation des infrastructures et une fiscalité plus transparente sont essentielles. Cependant, en l’absence de volonté politique et de gouvernance efficace, il est probable que le Liban continue de sombrer dans les classements économiques mondiaux, avec des conséquences désastreuses sur l’emploi, la croissance et la stabilité sociale.
Des secteurs en progression, mais un déficit commercial inquiétant
Malgré une économie en grande difficulté, certains secteurs d’activité montrent des signes de résilience, apportant un léger espoir pour l’industrie locale. L’indice de la production industrielle a enregistré une modeste amélioration en 2024, grâce à une reprise des exportations dans des domaines stratégiques. Toutefois, ces progrès restent largement insuffisants pour compenser les déficits structurels du Liban, notamment sa forte dépendance aux importations et son déséquilibre commercial persistant.
L’agroalimentaire est l’un des rares secteurs à avoir enregistré une croissance des exportations. Avec une demande en augmentation pour les produits libanais à l’étranger, notamment le vin, l’huile d’olive et certains produits transformés, les exportations agroalimentaires ont progressé de 12 % en 2024, atteignant 1,5 milliard de dollars. Ce secteur bénéficie d’une réputation internationale solide, et certains marchés, comme les pays du Golfe et l’Europe, restent des débouchés importants pour les produits libanais.
La technologie et l’innovation numérique montrent également un potentiel intéressant. Plusieurs start-ups libanaises ont réussi à lever des fonds auprès d’investisseurs étrangers, notamment dans les domaines de la fintech et des solutions numériques adaptées aux pays en développement. En 2024, les exportations de services technologiques ont atteint 250 millions de dollars, en hausse de 8 % par rapport à l’année précédente.
Cependant, ces résultats positifs sont éclipsés par la structure profondément déséquilibrée de l’économie libanaise. Le pays reste massivement dépendant des importations, ce qui aggrave son déficit commercial et met une pression constante sur la livre libanaise. En 2024, le déficit de la balance commerciale s’est élevé à 12,4 milliards de dollars, un chiffre en hausse de 9 % par rapport à 2023.
Le Liban importe près de 80 % des biens qu’il consomme, une situation insoutenable en période de crise monétaire. Les secteurs industriels nationaux n’arrivent pas à couvrir la demande locale, obligeant le pays à acheter à l’étranger des biens de première nécessité, notamment les produits alimentaires, les médicaments et le carburant. Cette forte dépendance aux importations expose le pays aux fluctuations des prix mondiaux et aux tensions sur les marchés internationaux.
Le secteur énergétique représente une charge particulièrement lourde pour l’économie libanaise. En 2024, le Liban a importé pour 4,7 milliards de dollars de pétrole et de gaz, un chiffre qui pèse lourdement sur la balance commerciale. La dépendance du pays aux sources d’énergie étrangères limite ses capacités de relance économique, car les entreprises et les ménages doivent composer avec des coûts énergétiques très élevés et une fourniture d’électricité instable.
Le secteur manufacturier, qui pourrait jouer un rôle clé dans la diversification de l’économie, peine encore à se structurer. La production locale reste limitée à quelques industries spécifiques, et les entreprises rencontrent des difficultés majeures pour accéder au financement et moderniser leurs équipements. La faiblesse de l’investissement industriel est illustrée par le taux d’utilisation des capacités de production, qui n’a pas dépassé 50 % en 2024, un signe de l’inefficacité structurelle du secteur.
Un autre problème majeur est le coût du transport et de la logistique, qui reste élevé et peu compétitif. Le Liban ne dispose pas d’infrastructures modernes pour réduire les délais et les coûts d’exportation, ce qui pénalise lourdement les entreprises locales qui cherchent à s’implanter sur les marchés étrangers. Le port de Beyrouth, qui était autrefois un hub régional, fonctionne encore à un niveau réduit depuis l’explosion de 2020, ce qui contraint les exportateurs à se tourner vers d’autres ports plus coûteux.
Le tourisme, autrefois un secteur moteur de l’économie libanaise, connaît également une reprise fragile. En 2024, le nombre de visiteurs étrangers a atteint 1,4 million, en hausse par rapport aux 900 000 de 2023, mais encore très loin des 2,5 millions de touristes enregistrés avant la crise. Le manque d’infrastructures modernes, la détérioration de l’image du pays et l’instabilité sécuritaire continuent d’affecter le secteur du tourisme et de l’hôtellerie.
La persistance d’un déficit commercial élevé rend toute tentative de stabilisation de la monnaie plus compliquée. Tant que le pays ne parviendra pas à réduire ses importations et à accroître ses exportations, la pression sur la livre libanaise restera forte, ce qui rendra la gestion de la crise monétaire encore plus difficile.
Pour remédier à cette situation, les experts économiques recommandent plusieurs mesures prioritaires :
- Une politique industrielle ambitieuse pour soutenir la production locale et réduire la dépendance aux importations.
- La modernisation des infrastructures portuaires et énergétiques pour faciliter les échanges commerciaux et réduire les coûts logistiques.
- Un soutien accru aux PME et aux startups pour encourager l’innovation et le développement de nouveaux secteurs économiques.
- La mise en place de nouvelles stratégies pour attirer les investissements étrangers, notamment en offrant des incitations fiscales et un cadre réglementaire plus transparent.
Sans une action rapide et efficace, le Liban risque de continuer à voir son déficit commercial s’aggraver, ce qui compromettrait encore davantage ses perspectives de redressement économique.
Un avenir économique incertain : quelles perspectives pour le Liban ?
L’économie libanaise est dans une impasse structurelle, et les perspectives de redressement à court et moyen terme restent extrêmement limitées. Avec une dette publique dépassant 170 % du PIB, une monnaie ayant perdu près de 99 % de sa valeur depuis 2019 et une inflation qui dépasse les 192 %, le Liban figure parmi les économies les plus vulnérables au monde. Pourtant, des pistes de réforme existent, mais leur mise en œuvre est entravée par des blocages politiques, un manque de vision stratégique et l’absence de volonté réelle des élites dirigeantes.
L’impact de la dette et de l’instabilité financière
Le poids de la dette publique est l’un des principaux freins au redressement économique. Le Liban est l’un des pays les plus endettés au monde en proportion de son PIB, et la crise financière de 2019 a aggravé la situation. Le défaut de paiement de 2020 a rendu l’accès aux financements internationaux plus difficile, et les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) stagnent depuis plusieurs années.
Les conditions imposées par les bailleurs internationaux pour débloquer une aide financière de plusieurs milliards de dollars incluent une réforme du secteur bancaire, une restructuration de la dette et des mesures d’austérité. Mais jusqu’à présent, aucune de ces réformes n’a été pleinement mise en œuvre, ce qui empêche le Liban de retrouver un accès aux financements internationaux.
L’absence de mesures pour restaurer la confiance des investisseurs aggrave également la crise. En 2024, les flux d’investissements directs étrangers (IDE) ont chuté à seulement 220 millions de dollars, un niveau historiquement bas. Les entreprises étrangères évitent désormais d’investir au Liban, considérant que les risques économiques et politiques sont trop élevés.
Les réformes économiques attendues, mais toujours reportées
Pour sortir de cette crise, plusieurs réformes sont jugées indispensables :
- La restructuration du secteur bancaire :
- Le système bancaire libanais, autrefois le pilier de l’économie du pays, est aujourd’hui en faillite.
- Les banques sont incapables de garantir l’accès aux dépôts, et le marché du crédit est pratiquement inexistant.
- Une réforme bancaire en profondeur est nécessaire pour restaurer la confiance et débloquer les liquidités.
- La stabilisation monétaire et la réforme du secteur public :
- L’instabilité de la livre libanaise et la volatilité des taux de change compliquent les transactions commerciales et exacerbent l’inflation.
- Une refonte du budget de l’État, avec une réduction des dépenses publiques et une meilleure gestion des ressources, est impérative.
- Le développement du secteur productif :
- Le Liban doit diversifier son économie en réduisant sa dépendance aux importations et en développant l’industrie locale et les exportations.
- Les secteurs de l’agriculture, de l’industrie manufacturière et de la technologie pourraient jouer un rôle clé dans la reprise économique.
- L’amélioration du climat des affaires :
- Actuellement, les lourdeurs administratives, la corruption et l’inefficacité de la bureaucratie entravent toute relance économique.
- Une réforme de la gouvernance économique, notamment sur la transparence financière et la simplification des procédures administratives, est nécessaire pour attirer les investisseurs étrangers.
Les obstacles politiques à la relance
Si ces réformes ne sont toujours pas mises en œuvre, c’est en grande partie à cause des divisions politiques et des intérêts des élites dirigeantes. L’économie libanaise est dominée par des réseaux clientélistes qui contrôlent les principales institutions financières et économiques du pays. Ces élites, soucieuses de préserver leurs intérêts personnels, bloquent tout changement qui pourrait menacer leur influence.
Le dialogue avec le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres institutions internationales reste bloqué, en raison de l’incapacité des dirigeants à s’accorder sur un plan de réforme cohérent. Sans accord avec le FMI, le Liban reste exclu des aides financières internationales, ce qui aggrave sa dépendance aux fonds de la diaspora et aux financements de certains pays étrangers.
Les perspectives de croissance : une reprise possible ?
Malgré cette situation critique, des opportunités existent pour relancer l’économie libanaise, à condition d’adopter des stratégies claires et cohérentes.
- L’exploitation des ressources énergétiques offshore :
- Le Liban possède d’importantes réserves de gaz naturel en Méditerranée, qui pourraient générer des revenus significatifs.
- Cependant, l’exploitation de ces ressources est freinée par des tensions politiques internes et des différends maritimes avec Israël.
- L’essor du numérique et des startups technologiques :
- Malgré la crise, certaines entreprises libanaises dans le domaine des fintechs, du développement logiciel et des solutions numériques commencent à percer sur les marchés internationaux.
- L’investissement dans ces secteurs pourrait offrir des opportunités d’emplois pour les jeunes diplômés et réduire l’exode des talents.
- Le renforcement du tourisme alternatif et de l’écotourisme :
- Le tourisme a toujours été un pilier de l’économie libanaise, et certains segments, comme l’écotourisme et le tourisme médical, connaissent un regain d’intérêt.
- Avec une politique touristique adaptée, le pays pourrait récupérer une partie des recettes perdues depuis 2019.
Toutefois, ces perspectives restent fragiles et dépendantes de la mise en œuvre de réformes structurelles. Sans un changement radical dans la gouvernance économique et politique, ces opportunités risquent de ne jamais être pleinement exploitées.
Le risque d’un effondrement total de l’économie libanaise
L’absence de réformes et la poursuite de la crise financière font craindre un effondrement encore plus profond de l’économie libanaise. Les scénarios les plus pessimistes incluent :
- Une hyperinflation incontrôlable, qui rendrait la livre libanaise totalement inutilisable pour les transactions.
- Une crise humanitaire aggravée, avec une pauvreté atteignant des niveaux records et un exode massif des jeunes talents.
- Une montée des tensions sociales et politiques, pouvant conduire à des mouvements de contestation plus violents.
Sans une réponse immédiate et des mesures concrètes pour stabiliser l’économie, le Liban risque de se retrouver dans une situation de faillite permanente, avec une perte totale de contrôle sur ses finances publiques et son système bancaire.



