Un contexte de tensions politiques
La nomination de Nawaf Salam au poste de Premier ministre libanais a suscité des réactions diverses au sein de l’échiquier politique. Nabih Berri, président du Parlement et chef du mouvement Amal, a été parmi les figures politiques les plus critiques face à cette nomination. Bien que ses déclarations reflètent une opposition apparente, elles soulèvent également des questions sur la stratégie politique sous-jacente. Dans un paysage marqué par des tensions confessionnelles et des pressions internationales, les propos de Berri offrent un aperçu des dynamiques complexes à l’œuvre.
Une critique de l’ingérence internationale
Dans ses récentes déclarations, Berri a dénoncé ce qu’il considère comme une « imposition étrangère » dans la nomination de Salam. Selon lui, les puissances internationales, notamment la France, les États-Unis et l’Arabie saoudite, ont exercé une pression excessive pour promouvoir un candidat perçu comme favorable à leurs intérêts. Cette critique reflète la méfiance historique des blocs chiites, représentés par Amal et le Hezbollah, envers toute ingérence étrangère dans les affaires internes du Liban.
Berri a également souligné que la nomination de Salam pourrait déséquilibrer la mīthāqīyah, la charte de coexistence confessionnelle, en marginalisant les intérêts des blocs chiites. Cette position met en lumière les inquiétudes des dirigeants chiites quant à une possible diminution de leur influence dans un contexte de réformes exigées par les partenaires internationaux.
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Une opposition motivée par des enjeux économiques
L’opposition de Berri à Salam s’explique également par des enjeux économiques. Amal, qui contrôle historiquement le ministère des Finances, perçoit Salam comme une menace à sa capacité de maintenir son contrôle sur les décisions budgétaires. Berri a exprimé des doutes sur la capacité de Salam à négocier avec le FMI de manière équitable, accusant ce dernier de vouloir imposer des réformes qui pourraient nuire aux communautés les plus vulnérables.
Ces préoccupations économiques s’inscrivent dans un cadre plus large, où Amal et le Hezbollah craignent que les réformes proposées par Salam, telles que la restructuration du secteur bancaire et la révision des subventions, ne soient mises en œuvre au détriment de leurs bases populaires.
Une stratégie de négociation politique ?
Certains analystes politiques estiment que les critiques de Berri visent davantage à renforcer sa position dans les négociations pour la formation du gouvernement qu’à rejeter catégoriquement Salam. En mettant en avant ses préoccupations, Berri pourrait chercher à obtenir des concessions, notamment la conservation du ministère des Finances par Amal et une répartition favorable des portefeuilles ministériels.
Cette stratégie n’est pas nouvelle pour Berri, qui a souvent utilisé des déclarations publiques pour peser sur les négociations internes. Cependant, dans le contexte actuel, cette approche pourrait être perçue comme un obstacle à la formation rapide d’un gouvernement capable de répondre aux défis économiques et sociaux.
Les implications régionales des déclarations de Berri
Les déclarations de Berri ont également des implications régionales. En critiquant la nomination de Salam, Berri envoie un message clair à l’Iran, principal allié du Hezbollah, sur la nécessité de préserver les intérêts chiites dans les négociations. Cela pourrait renforcer les tensions avec l’Arabie saoudite, qui voit en Salam une opportunité de réduire l’influence de l’axe iranien au Liban.
Par ailleurs, ces déclarations risquent de compliquer les relations avec la France, qui joue un rôle clé dans le soutien international au Liban. En accusant Paris d’ingérence, Berri pourrait affaiblir les efforts de Salam pour obtenir une aide financière indispensable à la relance économique.
Un pari risqué pour Berri
Si les critiques de Berri reflètent une stratégie politique calculée, elles comportent également des risques. Dans un contexte où les citoyens libanais exigent des réformes et une fin des blocages politiques, une opposition perçue comme systématique pourrait nuire à la popularité d’Amal. De plus, en s’opposant à Salam, Berri risque d’être isolé politiquement, notamment si les autres blocs parlementaires choisissent de soutenir le nouveau Premier ministre.
Un rôle clé dans les négociations
Malgré son opposition initiale, Berri jouera un rôle central dans les négociations pour la formation du gouvernement. En tant que président du Parlement, il détient une position stratégique qui lui permet d’influencer les discussions sur la répartition des portefeuilles ministériels et les priorités politiques. Salam devra donc composer avec Berri pour garantir la stabilité politique nécessaire à la mise en œuvre de son programme.



