dimanche, février 22, 2026

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Les inégalités et la corruption au Liban : freins aux réformes et à la réduction de la pauvreté

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Le Liban traverse une crise économique et sociale profonde, exacerbée par une inégalité grandissante et une corruption omniprésente. La mauvaise gestion des ressources publiques, couplée à un système clientéliste profondément enraciné, a conduit le pays au bord du gouffre. Les inégalités socio-économiques, déjà marquées avant la crise, se sont considérablement creusées depuis 2019, alimentées par un environnement où la corruption freine toute tentative de réformes.

La nature des inégalités économiques au Liban

Le Liban a longtemps été une société marquée par de profondes disparités économiques entre différentes classes sociales. Le pays présente une distribution inégale des richesses, accentuée par une concentration des ressources et des revenus entre les mains d’une petite élite. Avant la crise, environ 1 % de la population possédait près de 25 % de la richesse nationale, une inégalité qui n’a cessé de s’amplifier ces dernières années.

1. La distribution des revenus

La crise financière et économique qui a frappé le Liban depuis 2019 a eu un effet disproportionné sur les différentes classes sociales. Selon les données de l’ONU, environ 80 % des Libanais vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, contre seulement 30 % en 2018. Ce changement dramatique est particulièrement visible chez les classes moyennes, autrefois stabilisatrices de l’économie, qui ont été précipitées dans la pauvreté en raison de la dévaluation de la livre libanaise et de l’effondrement du système bancaire.

AnnéePourcentage de la population sous le seuil de pauvreté (%)
201830 %
202055 %
202380 %

En revanche, une petite minorité de la population, souvent liée à des réseaux politiques et économiques influents, a réussi à préserver, voire à augmenter, ses richesses grâce à des opérations financières spéculatives et à des pratiques d’évasion fiscale.

2. L’impact de la dévaluation de la livre libanaise

La dévaluation massive de la monnaie nationale a particulièrement impacté les classes moyennes et les plus vulnérables. La livre libanaise a perdu plus de 98 % de sa valeur par rapport au dollar américain, entraînant une inflation galopante. L’inflation des prix alimentaires a dépassé les 240 % en 2023, rendant les biens de première nécessité inaccessibles pour une grande partie de la population.

Les salaires versés en livres libanaises, qui constituent la majorité des revenus pour les travailleurs, n’ont pas été ajustés en fonction de l’inflation, entraînant une perte de pouvoir d’achat généralisée. Seule une minorité de la population, ayant des revenus indexés sur des devises étrangères ou possédant des actifs à l’étranger, a pu échapper à cette dégradation.

La corruption au cœur de l’économie libanaise

La corruption est un phénomène endémique au Liban, qui affecte tous les niveaux de la société et de l’économie. Selon le rapport 2023 de Transparency International, le Liban se classe parmi les pays les plus corrompus au monde, occupant la 154e place sur 180 dans l’Indice de perception de la corruption. La corruption touche principalement le secteur public, mais son influence se fait également sentir dans les secteurs privés et financiers.

1. La corruption dans le secteur public

Le secteur public libanais est gangrené par le clientélisme, les réseaux d’influence et la mauvaise gestion des ressources publiques. Les contrats publics sont souvent attribués à des entreprises proches de l’élite politique, sans passer par des appels d’offres transparents. Le détournement des fonds publics est également monnaie courante, contribuant à l’affaiblissement des infrastructures et des services publics.

La mauvaise gestion des fonds destinés à la reconstruction après l’explosion du port de Beyrouth en 2020 est un exemple emblématique de la corruption dans la gestion des ressources publiques. Des milliards de dollars promis par la communauté internationale pour la reconstruction ont été dilapidés ou sont restés bloqués en raison de l’absence de réformes structurelles.

2. Corruption et élites politiques et économiques

La relation symbiotique entre les élites politiques et économiques est une autre source majeure de corruption au Liban. De nombreux politiciens sont également propriétaires d’entreprises, notamment dans les secteurs des télécommunications, de la construction et de la finance. Cela crée des conflits d’intérêts flagrants, où les décisions politiques sont prises en fonction des intérêts financiers personnels plutôt que de l’intérêt général.

Un exemple notable est celui des banques libanaises, dont les propriétaires sont souvent proches des cercles politiques. Les opérations de « l’ingénierie financière » menées par la Banque du Liban depuis 2016, qui ont permis à certaines banques de réaliser des bénéfices massifs tout en exacerbant la crise de liquidité, illustrent parfaitement ces conflits d’intérêts.

AnnéeProfits des banques sur les opérations de BdL (milliards USD)
201616
201824

3. L’évasion fiscale et la fuite des capitaux

La corruption se manifeste également à travers l’évasion fiscale massive et la fuite des capitaux, qui privent l’État de ressources essentielles pour financer les services publics et les infrastructures. Selon le FMI, plus de 10 milliards de dollars ont quitté le Liban entre 2019 et 2023, fuyant un système financier en faillite.

Cette évasion fiscale est facilitée par des lois laxistes et par des connivences politiques qui permettent aux élites de déplacer leurs fonds à l’étranger sans crainte de répercussions. Cela aggrave les inégalités économiques et affaiblit encore plus les capacités de l’État à redistribuer les richesses ou à financer des programmes sociaux.

Conséquences économiques et sociales

1. L’aggravation des inégalités sociales

La corruption a un impact direct sur l’aggravation des inégalités au Liban. Les classes les plus pauvres et les plus vulnérables sont privées d’accès aux services publics essentiels comme la santé, l’éducation ou encore l’électricité. En revanche, les élites corrompues, ayant accès à des revenus en devises étrangères et à des actifs à l’étranger, continuent de s’enrichir malgré la crise.

2. L’effondrement des services publics

Les ressources publiques étant systématiquement détournées ou mal gérées, les services publics libanais sont dans un état de délabrement avancé. Le système de santé publique, autrefois réputé, est aujourd’hui incapable de répondre aux besoins de la population. Les hôpitaux publics manquent de médicaments, d’équipements, et de personnel qualifié, forçant la population à se tourner vers des établissements privés aux coûts prohibitifs.

De même, le secteur de l’éducation, autrefois un pilier de la stabilité sociale, a vu ses capacités se réduire drastiquement. Les écoles publiques souffrent d’un manque de financement chronique, tandis que les écoles privées, autrefois accessibles à la classe moyenne, sont devenues hors de portée pour une grande partie de la population.

3. Frein aux réformes économiques

La corruption empêche également toute tentative de réformes économiques structurelles. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont proposé des réformes essentielles pour stabiliser l’économie libanaise, notamment la restructuration du secteur bancaire, la réforme du secteur de l’électricité, et la lutte contre la corruption. Cependant, ces réformes sont constamment bloquées par les élites politiques, qui y voient une menace à leurs privilèges financiers et à leur contrôle des ressources publiques.

Les solutions proposées pour combattre les inégalités et la corruption

Pour espérer sortir de la crise, le Liban doit impérativement s’attaquer aux causes profondes des inégalités et de la corruption. Voici quelques pistes de réformes proposées par des experts économiques et des institutions internationales.

1. Réformes institutionnelles et judiciaires

Il est urgent de mettre en place des réformes institutionnelles et judiciaires pour renforcer l’indépendance de la justice et garantir la transparence dans la gestion des affaires publiques. La création d’une haute autorité de lutte contre la corruption, avec des pouvoirs d’enquête indépendants, est une mesure souvent recommandée par les experts. Cette institution devrait être capable de traquer et de sanctionner les pratiques corruptives à tous les niveaux de la société.

2. Transparence et gestion des ressources publiques

La transparence dans l’attribution des contrats publics et la gestion des ressources nationales est un élément clé pour réduire la corruption. L’introduction de systèmes d’appel d’offres transparents, avec une surveillance indépendante, peut contribuer à garantir que les ressources publiques sont utilisées à bon escient. De même, les efforts pour numériser les transactions publiques et réduire l’intervention humaine dans les processus administratifs pourraient aider à minimiser les pratiques corruptives.

3. Redistribution des richesses et justice fiscale

Pour réduire les inégalités, il est essentiel de réformer le système fiscal libanais, actuellement inéquitable et favorable aux élites économiques. Une taxation progressive sur les revenus et le patrimoine, combinée à une lutte accrue contre l’évasion fiscale, permettrait de redistribuer les richesses et de financer les services publics essentiels.

Tableau : Répartition de la richesse au Liban

Catégorie de revenuPourcentage de la richesse nationale détenue (%)
1 % les plus riches25 %
10 % les plus riches55 %
40 % intermédiaires30 %
50 % les plus pauvres5 %

4. Renforcement de la société civile et des médias

Le rôle de la société civile est crucial pour surveiller et dénoncer les abus de pouvoir. Le Liban dispose d’un réseau d’organisations non gouvernementales et de médias indépendants qui jouent un rôle de vigie contre la corruption. Le renforcement de la liberté de la presse, ainsi que la protection des lanceurs d’alerte, peut encourager une plus grande transparence et responsabiliser les décideurs politiques.

Les inégalités et la corruption sont des obstacles majeurs à la reprise économique et sociale du Liban. Sans réformes structurelles profondes, visant à réduire les inégalités de revenus et à combattre la corruption systémique, il sera difficile pour le Liban de sortir de la crise actuelle. Les solutions existent, mais elles nécessitent une volonté politique et des efforts concertés de la part des acteurs nationaux et internationaux. Seule une action déterminée permettra de restaurer la confiance dans les institutions et de bâtir un avenir plus équitable pour l’ensemble de la population.


Sources :

  1. Transparency International, « Corruption Perceptions Index, » 2023.
  2. Banque mondiale, « Poverty and Inequality in Lebanon, » 2023.
  3. FMI, « Lebanon Economic Outlook, » 2024.
  4. ONU, « The Impact of the Economic Crisis on Inequality in Lebanon, » 2023.
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