lundi, février 23, 2026

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Les mensonges de Riad Salamé alors que la Banque Centrale et les banques libanaises tardent à adopter un nouveau « business model »

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Lors de son interview par Bassam Abou Zeid sur la chaîne de télévision saoudienne Al-Hadath le 1er décembre 2020, le gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, a assuré que depuis fin septembre 2020 tous les dépôts en dollars des banques libanaise se trouvent dans celles-ci. Il a également mentionné que 10 milliards de dollars ont été retirés des banques et se trouvent désormais chez les particuliers ou les entreprises.  

Dans le même temps, l’Association des Banques du Liban (ABL) dit que les dépôts des banques se trouvent à la Banque Centrale (Trésor, certificats de dépôts, titres – « securities » – et Eurobonds) ou encore avec les banques correspondantes alors qu’elles ont interdit à leurs déposants de transférer de l’argent à l’étranger, le reste étant prêté ou avancé au secteur privé. 

Il est vrai que le bilan de la BDL montre qu’au 31 octobre 2020, 163 610 milliards de livres libanaises appartenant aux banques (et donc essentiellement à leurs déposants) se trouvaient chez elle, en légère augmentation même. Ceci implique que les dépôts en dollars se trouvent encore à la BDL. 

Enfin, le 24 juillet 2020, Ibrahim Kanaan, Président de la Commission des Finances et du Budget, déclarait à la chaîne de télévision MTV vouloir « reconstituer les dépôts », ce qui ne veut rien dire. 

Les dépôts en dollars – si tant est qu’ils aient même existés pour une partie d’entre eux (voir plus bas dans l’article) – ont donc bien disparu et les dépôts en livres libanaises ont perdu leur valeur en raison de la dévaluation de fait de la livre libanaise malgré la parité fixe officielle (« peg ») avec le dollar en place depuis 1997. 

Les banques ont en réalité échangé leurs liquidités (l’argent des déposants) contre des certificats de dépôts et autres de la BDL… 

La Banque Centrale et les banques libanaises sont coupables non seulement d’avoir mis en place un « business model » reposant sur une pyramide de Ponzi mais aussi, alors que le système politique est paralysé, de ne pas avoir pensé un nouveau modèle, une nouvelle stratégie ni entre 1993 et 2019 ni cette année. Pire, elles se sont opposées au plan du gouvernement accepté par le Fonds monétaire international (FMI) qui visait une restructuration du système financier et la mise en place d’un nouveau modèle, allant même jusqu’à provoquer sa paralysie et l’arrêt des négociations avec le FMI. Elles préconisaient un renflouement du système financier par l’État via ses actifs (« bail-out ») rejeté par la Banque Mondiale, le plus grand contributeur des fonds promis (contre les réformes devant être entreprises par l’État) lors de la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE) à Paris en 2018. 

Il y avait pourtant des opportunités : en mars, le bitcoin pouvait s’acheter à environ 5 000 dollars alors que maintenant il est vendu à 19 000 dollars. En investissant 20 milliards de dollars dans le bitcoin, cela aurait rapporté plus de 75 milliards de dollars à la Banque Centrale et aux banques libanaises. L’investissement dans le bitcoin est risqué et d’autres opportunités existaient telles l’investissement dans l’or qui peut également être considéré comme risqué et qui est passé de 1 500 dollars l’once en janvier à plus de 2 070 dollars cette année et dont le cours est actuellement d’environ 1835 dollars. Autre opportunité : le cours d’Amazon qui a bénéficié du confinement de Europe en raison de la pandémie du Coronavirus est passé d’environ 1 700 dollars à 3 500 dollars en septembre 2020 et est encore à plus de 3 150 dollars aujourd’hui. 

Si ces investissements sont risqués, que dire de ceux des banques auprès de la Banque Centrale et de l’État sans même faire des provisions sur leurs bilans alors même que la BDL a mis en place une pyramide de Ponzi et le Liban ne produit pas suffisamment, importe plus qu’il exporte, a des gouvernants non-réformateurs, n’a pendant longtemps même pas eu de budget adopté et voté et connait donc un déficit chronique ? 

Le résultat de leur investissement « conservateur » non provisionné est que le système financier a des pertes d’au moins 50 milliards de dollars, probablement plus de 60 milliards de dollars. 

Autre point, alors qu’à la fin de l’année dernière, les dépôts bancaires s’élevaient à 158,8 milliards de dollars (toutes monnaies confondues) avec un taux de dollarisation avoisinant les 75 %, Riad Salamé a également expliqué à l’antenne d’Al-Hadath que les dollars sur les relevés bancaires des déposants étaient/sont fictifs (cela correspond d’une part aux intérêts versés sur les dépôts bloqués en dollars et d’autre part aux dépôts en livres libanaises convertis « sur papier » en dollars) et lorsqu’ils étaient/sont vrais, ils ont été/sont dépensés (pour financer les importations et le déficit de l’État). Il a également dit que l’argent qui peut être retiré en espèces ne peut l’être qu’en monnaie locale, ce qui signifie que les dépôts sont en livres libanaises bien que le relevé de compte indique une somme en dollars. Ces dollars sont en effet des livres libanaises convertis en dollars sur le papier uniquement (c’est-à-dire sur les relevés de compte uniquement). De même, les dollars des banques encore à la Banque Centrale selon le gouverneur de la BDL ne sont pas de vrais dollars mais des livres libanaises convertis en dollars sur le papier uniquement (c’est-à-dire sur les comptes de la BDL uniquement). En somme, il n’y a plus ou presque plus de vrais dollars dans le système financier libanais. Ceux qui y ont mis de vrais dollars ont donc vu leurs dollars être dépensés et transférés à l’étranger.

Pourtant, le 12 janvier 2020, sur le compte Twitter de la BDL, Riad Salamé assurait : « Je n’ai jamais mentionné que les dépôts en dollars américains pouvaient être payés en livres libanaises, j’ai dit que les liquidités devaient être garanties par les banques, ce qui signifie que les billets de banque, conformément à la loi, sont en livres libanaises. Que les billets de banque fournis par les banques à leurs clients en dollars américains sont un service que les banques font de leur propre gré. Et je ne me suis pas opposé à cela. »

https://twitter.com/BDL_Lebanon/status/1216439806399602688
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Michel Fayad
Michel Fayadhttp://www.michelfayad.com/
Michel Fayad est un professionnel de l’énergie et de la finance, formateur en géopolitique à l’IFP Training (IFP Énergies nouvelles) et ancien conseiller du ministre libanais de l’Économie et du Commerce. Diplômé entre autres de New York University (NYU) Stern, de la London School of Economics and Political Science (LSE), de HEC Paris et de l’Université Paris Saclay, il a étudié notamment la science politique, la diplomatie, la géopolitique, le droit, l’économie, le management, la finance et la gestion. Son mémoire de Master, consacré à la menace fondamentaliste sunnite au Liban, a été salué par de grands universitaires comme les professeurs Lina Murr Nehmé et Joseph Maïla, ex-directeur de la Prospective et du Pôle Religion au ministère français des Affaires étrangères. Il a conçu, structuré, financé et dirigé des projets dans l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures pour Bluegreen (groupe Bucherer), Bolloré Transport & Logistics et d’autres, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe. Il a également exercé des activités de conseil pour Axa, EDF, Manutan et d’autres. Il a enfin siégé aux conseils d’administration de sociétés énergétiques et minières cotées à la Bourse de Londres (AIM) et sur Euronext Growth Oslo. Doctorant à l’Université Grenoble Alpes et à Sciences Po Grenoble, au sein du Centre d’Études et de Recherche sur la Diplomatie, l’Administration Publique et le Politique (CERDAP²), il consacre sa thèse en science politique à la perte de souveraineté du Liban entre 1984 et 1986, à la suite de l’assassinat de Bachir Gemayel et du sabotage de l’accord avec Israël. Expert reconnu des questions géopolitiques (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Subsaharienne, ex-URSS et ex-Yougoslavie), il intervient régulièrement dans les médias en France (France 2, M6, BFM TV, CNEWS, LCI, France Info TV, France 24, TV5 Monde, Europe 1, RTL, Radio Classique, Sud Radio, Le Figaro, Libération, Marianne, le JDD, Valeurs Actuelles, Atlantico, etc.) et au Moyen-Orient (Asharq Bloomberg, An-Nahar, El-Nashra, L’Orient-Le Jour, Libnanews, etc.) ainsi qu’au sein d’institutions parlementaires et universitaires et auprès de grandes entreprises. Considéré par feu le professeur Antoine Sfeir comme son poulain, ses analyses sont notamment saluées par le professeur Jacques Soppelsa, le diplomate Naji Abi Assi (représentant de la Ligue arabe à Paris), le général François Chauvancy, ainsi que par la professeure Fadia Kiwan, fondatrice de l’Institut de science politique de l’Université Saint-Joseph (Sciences Po Beyrouth). Cours et interventions marquantes : Conférence « Risque de guerre civile au Liban », ESJ Lille et Sciences Po Lille Intervention au Sénat français sur la crise financière et judiciaire du Liban Cours à l’IFP Training : Géopolitique des métaux stratégiques et des terres rares ; Géopolitique des hydrocarbures

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