lundi, février 23, 2026

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Liban : 263 procès-verbaux dressés en quatre jours contre les atteintes au réseau électrique

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La lutte contre les atteintes au réseau électrique au Liban s’intensifie. Du 16 au 19 février 2026, l’Électricité du Liban (EDL), en collaboration étroite avec le ministère de l’Énergie et de l’Eau, les forces de sécurité et sous la supervision du pouvoir judiciaire compétent, a mené une opération ciblée pour démanteler les infractions sur le réseau électrique national. Cette initiative, qui s’inscrit dans une série d’actions récentes, a abouti à l’établissement de 263 procès-verbaux, répartis sur diverses régions du pays. Ces mesures visent à protéger les biens publics et à assurer le bon fonctionnement du service électrique, dans un contexte où les dysfonctionnements chroniques du secteur pèsent lourdement sur l’économie libanaise.

Les détails de cette opération révèlent une répartition géographique précise des infractions détectées. Dans la circonscription de Beyrouth, 37 procès-verbaux ont été rédigés, tandis que celle de Chiyah en a enregistré 34. La région de Saïda, au sud, se distingue par un nombre élevé de 81 infractions, suivie par Wadi al-Zaynah dans la région d’Iqlim al-Kharroub avec 48 cas. Plus à l’intérieur des terres, Chtaura a vu 23 procès-verbaux, Riyak seulement deux, et Jbeil Jannin cinq. Dans le nord du pays, Jounieh n’a compté qu’un seul cas, mais Berqayel en a enregistré cinq, Zgharta cinq, Sir al-Danniyeh 14 et Qlaiyat huit. Ce bilan total de 263 infractions illustre l’ampleur du phénomène, qui affecte tant les zones urbaines que rurales.

Cette campagne n’est pas isolée. Elle fait suite à d’autres opérations similaires menées plus tôt en février 2026. Par exemple, entre le 10 et le 12 février, une action comparable avait conduit à 233 procès-verbaux dans des régions comme Beyrouth (25), Chiyah (29), Saïda (33) et Wadi al-Zaynah (86), avec des chiffres moindres dans Chtaura (huit), Riyak (six), Jbeil Jannin (huit), Baabdat (un), Berqayel (24) et Zgharta (13). Ces efforts répétés soulignent la détermination de l’EDL à traquer les violations, qui incluent des connexions illégales et des manipulations de compteurs, contribuant à des pertes substantielles pour l’État.

L’opération du 16 au 19 février confirme l’engagement de l’EDL à informer périodiquement les citoyens des résultats de ces campagnes, conformément aux procédures légales en vigueur. Dans son communiqué, l’institution a réaffirmé son attachement à la protection des fonds publics et à la garantie d’un service électrique efficace. Ces actions s’inscrivent dans un plan plus large de récupération des arriérés et de réforme du secteur, comme en témoigne la récente annonce de l’EDL concernant la récupération de 10 millions de dollars d’arriérés de paiement sur dix mois, dans le cadre du plan d’urgence national pour le secteur électrique et du plan de réforme élaboré avec le ministère de l’Énergie et de l’Eau. Ces fonds récupérés s’ajoutent aux amendes perçues entre avril 2025 et janvier 2026, marquant un pas vers une stabilisation financière.

Une crise électrique ancrée dans l’histoire

Le secteur électrique libanais est marqué par des dysfonctionnements persistants depuis des décennies. Introduite au début du XXe siècle par les Français pour alimenter les tramways de Beyrouth, l’électricité a connu une structuration étatique progressive. En 1954, le gouvernement a créé l’Office d’Électricité et des Transports en Commun, qui a évolué vers l’Électricité du Liban en 1964, centralisant la production, la transmission et la distribution. Initialement axé sur l’hydroélectricité, qui représentait plus de la moitié de la production en 1963, le secteur a investi dans des infrastructures comme la centrale thermoélectrique de Zouk en 1956.

La guerre civile (1975-1990) a toutefois ravagé le système. Les infrastructures ont été endommagées, les milices ont utilisé l’électricité comme arme, imposant des coupures pour affaiblir les factions adverses. À Beyrouth-Ouest, par exemple, les coupures étaient fréquentes en raison de l’accès limité à la centrale de Jiyeh. La migration interne massive – deux tiers de la population déplacée temporairement, un tiers définitivement – a modifié la demande géographique, favorisant les connexions illégales faute de procédures accessibles pendant le conflit. Les employés de l’EDL, souvent isolés, ont parfois facilité ces pratiques pour aider les résidents dans le besoin.

Après la guerre, la reconstruction n’a pas résolu les problèmes structurels. L’EDL, endettée depuis 1992, a accumulé 40 milliards de dollars de pertes jusqu’en 2020, représentant environ 43 % de la dette publique libanaise. Les tarifs, gelés depuis 1994 sur la base d’un baril de pétrole à 20 dollars, n’ont pas couvert les coûts de production, majoritairement basés sur des combustibles fossiles importés. Entre 2008 et 2018, l’EDL n’a fourni que 55 à 64 % des besoins en électricité, contre 78 % précédemment. En 2018, elle couvrait 63 % de la demande, entraînant des coupures rotatives de 3 à 12 heures par jour.

La crise économique de 2019 a exacerbé la situation. L’effondrement financier, avec une dévaluation de la livre libanaise de plus de 90 % et un PIB réduit de moitié (de 52 milliards en 2019 à 23 milliards en 2021), a rendu impossible l’importation de carburant subventionné. Les sanctions sur la Syrie ont bloqué jusqu’en 2025 la relance du gazoduc arabe, source potentielle de gaz naturel. Des scandales comme celui de Sonatrach en 2020, impliquant du carburant contaminé, et des importations de carburant russe sanctionné à des prix surévalués depuis 2021, ont aggravé les pertes.

Les causes profondes des atteintes au réseau

Les infractions au réseau, comme les connexions illégales et les manipulations de compteurs, sont ancrées dans des facteurs socio-économiques et structurels. La pauvreté, accentuée par la crise, pousse de nombreux ménages à recourir au vol d’électricité pour survivre. En 2023, la moitié de la population vivait sous le seuil de pauvreté, et les coupures généralisées – jusqu’à 23 heures par jour en 2022 – ont forcé le recours à des générateurs privés coûteux. Les pertes non techniques, estimées à 21 % en moyenne, reflètent une corruption petite échelle, comme la corruption de releveurs de compteurs, et une gouvernance faible.

Les disparités régionales jouent un rôle clé. Les zones rurales et périphériques, comme le Sud (Saïda) ou la Békaa, subissent des coupures plus longues – jusqu’à 12 heures par jour contre 3 à 6 à Beyrouth – en raison d’une infrastructure vétuste et d’une demande inégale. Les camps de réfugiés, comme Shatila à Beyrouth-Sud, dépendent presque entièrement d’électricité volée, avec des réseaux de fils anarchiques. Dans ces régions, la précarité économique et l’absence d’application de la loi favorisent les pratiques illégales. La guerre civile a légué un héritage de connexions informelles, persistantes dans les zones déplacées.

La corruption plus large, incluant la surpaiement de fournisseurs de carburant et l’extraction de rentes par les élites, mine l’efficacité du secteur. Ces pratiques réduisent la productivité du travail, augmentent les pertes en transmission et limitent l’accès aux services. L’exemple de Zahlé, où une concession locale assure 24 heures d’électricité sans générateurs de quartier, contraste avec le reste du pays, illustrant comment des arrangements locaux peuvent atténuer les dysfonctionnements nationaux.

Les disparités régionales dans les infractions

L’opération récente met en lumière des disparités régionales marquées. Saïda, avec 81 procès-verbaux, représente près d’un tiers du total, reflétant une prévalence élevée dans le Sud, zone historiquement sous-investie et affectée par la pauvreté. Wadi al-Zaynah suit avec 48 cas, indiquant des problèmes similaires dans les régions rurales du Chouf. À l’opposé, Jounieh n’a enregistré qu’un seul cas, suggérant une meilleure conformité dans certaines zones côtières du Mont-Liban.

Dans le Nord, Sir al-Danniyeh (14) et Qlaiyat (8) montrent une concentration dans les districts d’Akkar et de Minieh-Danniyeh, marqués par une forte présence de réfugiés syriens et une économie fragile. Ces zones, avec un chômage élevé et des infrastructures dégradées, sont propices aux infractions. Des recherches indiquent que le vol d’électricité est plus fréquent dans les régions éloignées de la capitale, où les coupures sont plus sévères et les coûts des générateurs prohibitifs. À Beyrouth et Chiyah, les 71 cas combinés soulignent que le phénomène touche aussi les centres urbains, bien que les coupures y soient moindres.

Ces variations géographiques s’expliquent par des facteurs socio-économiques : dans le Sud et la Békaa, la dépendance aux combustibles importés et les conflits régionaux ont accentué les pénuries. Le Nord, avec ses villages isolés, souffre d’un réseau obsolète, favorisant les connexions sauvages. Globalement, ces infractions aggravent les inégalités, les ménages pauvres payant indirectement via des pertes fiscales.

L’impact économique des fraudes électriques

Les atteintes au réseau ont un coût économique colossal. Environ 30 % de l’électricité produite est volée, représentant une perte annuelle estimée à 200 millions de dollars, basée sur quatre heures de fourniture quotidienne. Ces pertes non techniques contribuent à l’endettement de l’EDL, qui a accumulé 40 milliards de dollars depuis 1992, soit 43 % de la dette publique. Les tarifs bas et les subventions au carburant amplifient le déficit, drainant 3,8 % du PIB annuellement sur la dernière décennie.

Sur le plan macroéconomique, ces fraudes exacerbent la crise libanaise. Elles réduisent l’efficacité des services publics, augmentent les coupures et forcent les ménages à dépenser 40 à 80 dollars mensuels pour des générateurs privés, souvent plus que la facture EDL. Les entreprises subissent des pertes de productivité, avec des fermetures ou des horaires réduits, contribuant à un chômage élevé et à une contraction du PIB. En 2023, l’économie informelle a doublé, atteignant 46 % du PIB (9,86 milliards de dollars), partiellement alimentée par ces dysfonctionnements.

Environnementalement, les générateurs diesel polluent, représentant 38 % de l’exposition quotidienne aux cancérogènes à Beyrouth pour trois heures d’utilisation. Sur le plan social, elles creusent les inégalités : les régions pauvres comme le Sud ou le Nord paient plus cher pour un service inférieur, aggravant la pauvreté qui touche la moitié de la population.

Les efforts de réforme du secteur électrique

Sous la direction du ministre de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, en poste depuis le 8 février 2025, le gouvernement poursuit des réformes. Le plan de récupération des coûts de l’EDL, mis à jour en février 2026, vise à augmenter les heures de fourniture et à réduire les pertes. Un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale, approuvé en 2025, finance des projets d’énergie renouvelable et le renforcement du réseau.

Les campagnes contre les fraudes s’intensifient : depuis avril 2025, 2 938 procès-verbaux ont été établis. Le ministère coordonne avec les forces de sécurité et le judiciaire pour poursuivre les grands contrevenants, traitant le vol massif comme un délit contre les fonds publics. Parmi les sept piliers du plan de relance : nominations méritocratiques, réduction des pertes (30 % dues au vol), et paiement de 80 % des factures publiques en fonds frais à l’EDL.

Les investissements internationaux soutiennent ces efforts. Le Qatar a annoncé en janvier 2026 des investissements de centaines de millions dans le secteur électrique et les forces armées. Des discussions avec l’Égypte et la Jordanie visent à importer du gaz et de l’électricité via la Syrie, suite à la levée des sanctions en mai 2025.

Les développements récents dans la lutte contre les fraudes

En février 2026, les opérations se multiplient. Outre les 263 procès-verbaux du 16 au 19, une campagne antérieure en janvier (26-30) a démantelé des connexions illégales. L’EDL rapporte des progrès : 10 millions de dollars récupérés en arriérés sur dix mois, plus des amendes d’avril 2025 à janvier 2026. Ces fonds financent l’entretien du réseau et la réduction des pertes techniques (10 %).

Le ministre Saddi, lors d’une réunion avec son homologue qatari en février 2026, a discuté de la coopération énergétique pour développer le secteur. Parallèlement, des projets communautaires émergent : en 2026, des villages bénéficient de modèles énergétiques locaux, réduisant la dépendance aux générateurs. L’EDL prévoit de poursuivre ces campagnes, avec des rapports réguliers pour maintenir la transparence.

Ces initiatives interviennent alors que le Liban fait face à une dépendance persistante aux combustibles fossiles, importés d’Irak malgré des arriérés impayés. En 2026, les importations de carburant irakien continuent, malgré des alternatives moins chères, alourdissant la dette à 5,5 milliards de dollars d’ici 2028. Les forces de sécurité assistent l’EDL dans ces opérations, ciblant les vols organisés qui endommagent l’infrastructure, comme le vol de câbles causant des millions de dollars de dommages à Beyrouth en 2023.

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