jeudi, janvier 15, 2026

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Liban : l’ancien ministre de l’Économie, Amin Salam, interdit de voyage dans une affaire de corruption

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Dans un Liban en proie à une crise économique et politique persistante, une nouvelle affaire de corruption secoue l’establishment. Le procureur de la République, le juge Jamal al-Hajjar, a rendu une décision interdisant à l’ancien ministre de l’Économie, Amin Salam, de quitter le territoire national. Cette mesure fait suite à un rapport accablant du Comité économique parlementaire, qui a mis en lumière des accusations graves de détournement de fonds, d’extorsion, de gaspillage de fonds publics et de blanchiment d’argent durant son mandat. Cette affaire s’inscrit dans un contexte où la lutte contre la corruption reste un défi majeur pour un pays au bord de l’effondrement.

Une interdiction de voyage fondée sur des accusations multiples

Amin Salam, qui a occupé le poste de ministre de l’Économie dans le gouvernement de Najib Mikati jusqu’à la nomination de Nawaf Salam comme Premier ministre en janvier 2025, se retrouve désormais dans le viseur de la justice libanaise. Le juge Jamal al-Hajjar, connu pour son rôle dans plusieurs enquêtes sensibles, a émis cette interdiction de voyage après avoir reçu un rapport détaillé du Comité économique parlementaire. Ce document, fruit d’une investigation approfondie, pointe des irrégularités présumées dans la gestion des finances publiques sous la tutelle de Salam.

Les accusations portées contre l’ancien ministre incluent le détournement de fonds publics, l’extorsion de compagnies d’assurance et le gaspillage de ressources étatiques dans un pays où chaque dollar compte pour une population exsangue. Le blanchiment d’argent, une pratique souvent liée à la fuite de capitaux qui a aggravé la crise financière depuis 2019, figure également parmi les chefs d’inculpation potentiels. Ces allégations, si elles sont confirmées, pourraient révéler une nouvelle facette de la corruption systémique qui gangrène les institutions libanaises.

Un mandat sous scrutiny : contrats douteux et dépenses injustifiées

Le passage d’Amin Salam au ministère de l’Économie, entamé en septembre 2021, avait été marqué par des promesses de réforme et de relance économique dans un pays ravagé par l’effondrement de son système bancaire et une inflation galopante. Cependant, les investigations récentes suggèrent que son mandat aurait été entaché par des pratiques douteuses. Parmi les éléments mis en avant par le Comité économique figurent des contrats attribués sans transparence, notamment dans le secteur de l’importation et de la distribution de biens essentiels, ainsi que des dépenses injustifiées qui auraient bénéficié à des proches ou à des alliés politiques.

L’extorsion présumée de compagnies d’assurance est un point particulièrement sensible. Selon des sources proches de l’enquête, Salam aurait exercé des pressions sur ces entreprises pour obtenir des fonds ou des avantages, une pratique qui aurait contribué à maintenir un réseau d’influence au détriment des citoyens. Ces révélations, bien que non encore jugées, alimentent un sentiment de méfiance envers une classe politique accusée de privilégier ses intérêts dans un contexte de crise humanitaire sans précédent.

Une figure controversée dans un paysage politique fracturé

Avant son entrée en politique, Amin Salam s’était bâti une réputation d’avocat d’affaires international et d’économiste, avec une carrière aux États-Unis où il avait travaillé pour des cabinets prestigieux comme Shearman & Sterling LLP et occupé des postes à la Chambre de commerce nationale américano-arabe. Sa nomination au ministère de l’Économie avait été perçue comme un gage de compétence technique dans un gouvernement de transition censé amorcer des réformes exigées par le Fonds monétaire international (FMI). Pourtant, son image d’homme intègre s’est progressivement fissurée face aux défis insurmontables de la crise libanaise et aux soupçons de malversations.

La décision d’interdire son départ intervient dans un climat politique tendu, marqué par la récente élection de Joseph Aoun à la présidence et la désignation de Nawaf Salam comme Premier ministre. Ces changements, salués par certains comme un tournant vers la réforme, ont exacerbé les divisions avec des groupes comme le Hezbollah, qui a vu son influence diminuer. L’affaire Amin Salam pourrait ainsi être interprétée comme un signal d’une justice cherchant à reprendre la main, mais aussi comme un règlement de comptes dans un système où les rivalités politiques influencent souvent les procédures judiciaires.

Une justice sous pression dans un pays en crise

L’interdiction de voyage imposée à Salam n’est pas un cas isolé. Elle fait écho à d’autres mesures similaires prises contre des figures publiques, comme l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salameh, poursuivi pour corruption et emprisonné depuis septembre 2024. Cependant, le système judiciaire libanais, souvent critiqué pour sa lenteur et son manque d’indépendance, peine à transformer ces enquêtes en condamnations effectives. La décision de Jamal al-Hajjar, procureur réputé pour son intransigeance, pourrait marquer une volonté de redorer l’image d’une justice discréditée, mais elle soulève aussi des questions sur son impartialité dans un paysage judiciaire fracturé.

Le Comité économique parlementaire, à l’origine du rapport, regroupe des députés de diverses sensibilités, dont certains issus des mouvements de 2019 hostiles à l’ancienne élite. Cette diversité renforce la légitimité de l’enquête, mais elle n’exclut pas des motivations politiques derrière l’accélération de la procédure contre Salam, notamment dans un contexte de recomposition du pouvoir post-Hezbollah.

Répercussions sur la société et l’économie libanaises

L’affaire Amin Salam survient alors que le Liban tente de se relever des conséquences des frappes israéliennes de 2024 contre le Hezbollah et de la chute de Bachar el-Assad en Syrie, deux événements qui ont redéfini les équilibres régionaux. Avec une population dont plus de 80 % vit sous le seuil de pauvreté et une monnaie dévaluée à près de 89 000 livres par dollar au marché parallèle, les révélations de corruption ravivent la colère des Libanais. Les manifestations de 2019, qui avaient dénoncé une classe dirigeante prédatrice, pourraient trouver un nouvel écho si les accusations contre Salam se confirment.

Sur le plan économique, cette affaire fragilise encore la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux, déjà échaudés par des années de mauvaise gouvernance. Les négociations avec le FMI, conditionnées à des réformes structurelles et à la lutte contre la corruption, risquent de pâtir de ce scandale, alors que le pays a désespérément besoin d’un soutien extérieur pour recapitaliser son système bancaire et relancer son économie.

Perspectives et défis pour la justice

L’interdiction de voyage n’est qu’une étape préliminaire. Amin Salam devra répondre aux accusations devant la justice, dans un processus qui pourrait s’étendre sur des mois, voire des années, vu les lenteurs du système judiciaire libanais. S’il est formellement inculpé, il rejoindrait une liste croissante d’anciens responsables poursuivis, mais rarement condamnés, en raison des interférences politiques et des pressions sectaires. La capacité du juge al-Hajjar à mener cette affaire à terme sera un test crucial pour la crédibilité de la justice dans un pays où l’impunité a longtemps prévalu.

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