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Liban-Syrie : Washington pousse à la normalisation avec Israël, un dossier explosif

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Un contexte régional en mutation

Depuis 2020, la diplomatie américaine s’efforce de redessiner les rapports de force au Moyen-Orient en encourageant les rapprochements entre Israël et ses voisins arabes. Les Accords d’Abraham ont constitué une avancée majeure, permettant aux Émirats arabes unis, au Bahreïn, au Maroc et au Soudan d’officialiser des relations diplomatiques avec l’État hébreu. Fort de ce succès, Washington souhaite désormais pousser plus loin cette dynamique en intégrant le Liban et la Syrie dans ce mouvement de normalisation. La Maison-Blanche espère que ces deux pays, affaiblis par des crises économiques et politiques majeures, seront contraints d’envisager un dialogue avec Israël sous la pression des sanctions et du besoin d’aide internationale.

Les motivations américaines sont multiples. D’une part, Washington veut stabiliser cette région historiquement marquée par des conflits en créant un cadre diplomatique qui réduirait les risques de confrontations militaires. D’autre part, l’isolement de l’Iran est un objectif clé, car la République islamique reste un acteur central dans l’hostilité régionale envers Israël, notamment à travers son soutien au Hezbollah au Liban et aux forces pro-iraniennes en Syrie. L’intégration de Beyrouth et Damas dans un processus de normalisation constituerait un coup dur pour l’axe Téhéran-Damas-Beyrouth, qui repose sur une rhétorique d’opposition à Israël. Enfin, des opportunités économiques sont mises en avant pour convaincre les dirigeants libanais et syriens d’explorer cette voie. Washington laisse entendre qu’une coopération avec Israël pourrait ouvrir la porte à des investissements internationaux et à une assistance économique qui fait cruellement défaut dans les deux pays.

Le Liban face à une question hautement sensible

Au Liban, la perspective d’une normalisation avec Israël est un sujet explosif. Depuis 1948, Beyrouth refuse toute reconnaissance de l’État hébreu et considère Israël comme un ennemi, en raison des nombreuses guerres et des tensions persistantes à la frontière sud. La dernière confrontation majeure en 2006 a laissé des séquelles profondes, et la présence du Hezbollah, acteur militaire et politique influent, rend tout dialogue avec Israël presque inimaginable.

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Toute tentative d’ouverture diplomatique provoquerait immédiatement une crise interne. Les partis politiques proches de l’axe Iran-Syrie, notamment le Hezbollah et le Courant patriotique libre, s’y opposeraient fermement et mobiliseraient leurs bases contre un tel projet. Au-delà des acteurs politiques, une large partie de la population considère encore Israël comme un ennemi historique et refuserait toute concession, surtout sans résolution des questions sensibles comme le sort des réfugiés palestiniens présents sur le sol libanais.

Un possible levier économique pour Beyrouth ?

Si la normalisation avec Israël est perçue comme un tabou politique, certains cercles économiques libanais y voient une opportunité. Le Liban traverse une crise économique sans précédent, avec une inflation galopante, un effondrement du système bancaire et une pauvreté grandissante. Dans ce contexte, certains acteurs prônent une approche plus pragmatique, suggérant que des accords économiques ou énergétiques pourraient être envisagés sans pour autant aboutir à une reconnaissance diplomatique officielle.

La question des frontières maritimes entre le Liban et Israël illustre bien cette réalité. Depuis plusieurs années, les deux pays négocient indirectement sous l’égide des États-Unis pour délimiter leurs zones économiques exclusives en Méditerranée. La possibilité d’exploiter des gisements gaziers offshore représente un enjeu majeur, et un accord pourrait ouvrir la voie à une coopération économique sans impliquer un changement diplomatique radical. Toutefois, même cette approche limitée reste politiquement risquée, car tout rapprochement, même indirect, serait dénoncé par les factions hostiles à Israël.

La Syrie entre pragmatisme et fidélité à l’axe iranien

La situation syrienne est encore plus complexe. Officiellement, Damas refuse toute normalisation avec Israël tant que la question du Golan, territoire syrien occupé depuis 1967, n’est pas réglée. Le régime de Bachar al-Assad a toujours maintenu une ligne dure sur ce dossier, conditionnant tout dialogue à un retrait israélien du Golan, ce qu’Israël refuse catégoriquement.

Cependant, des éléments laissent penser que la Syrie pourrait être tentée par une approche plus pragmatique. Après plus d’une décennie de guerre civile, le régime d’Assad est en quête de reconnaissance internationale et d’un allégement des sanctions occidentales. Certains observateurs estiment que Damas pourrait chercher à négocier un accord limité avec Israël, notamment pour obtenir des bénéfices économiques ou politiques. Toutefois, cette hypothèse se heurte à un obstacle de taille : la dépendance du régime syrien à l’Iran. Téhéran, qui a investi massivement en Syrie pour soutenir Assad, ne tolérerait pas une telle initiative, car cela affaiblirait son influence régionale.

Israël, entre prudence et opportunisme

Israël adopte une position ambivalente sur ce dossier. D’un côté, l’État hébreu cherche à sécuriser ses frontières nord en évitant une nouvelle guerre avec le Hezbollah et en limitant la présence iranienne en Syrie. Une normalisation avec Beyrouth et Damas servirait donc ces intérêts stratégiques en réduisant la menace militaire à sa frontière septentrionale.

Cependant, Israël n’est pas prêt à faire des concessions majeures pour parvenir à un tel accord. La question du Golan reste non négociable pour Tel-Aviv, et les tensions persistantes avec le Hezbollah compliquent toute avancée avec le Liban. De plus, Israël sait que la normalisation avec ces deux pays est bien plus délicate qu’avec les États du Golfe, où les relations avec l’État hébreu ne sont pas marquées par des décennies de conflits armés et d’hostilité directe.

L’opposition de l’Iran et du Hezbollah

L’Iran et le Hezbollah constituent les principaux adversaires de toute normalisation entre le Liban, la Syrie et Israël. Pour eux, un tel processus représenterait un échec stratégique, car il affaiblirait l’axe de résistance qui s’oppose à l’État hébreu depuis des décennies. Téhéran, qui utilise Beyrouth et Damas comme plateformes pour projeter son influence dans la région, voit toute ouverture diplomatique comme une menace pour son pouvoir.

Le Hezbollah, de son côté, a déjà mis en garde contre toute tentative de dialogue avec Israël et pourrait aller jusqu’à provoquer une crise politique ou sécuritaire au Liban si une telle initiative venait à voir le jour. Son arsenal militaire et son influence sur le système politique libanais lui permettent de bloquer toute avancée en ce sens.

Quels scénarios possibles ?

Plusieurs scénarios sont envisageables quant à l’issue de cette pression américaine. Le premier serait un rejet catégorique par Beyrouth et Damas, maintenant le statu quo malgré les pressions diplomatiques et économiques exercées par Washington. Un second scénario verrait l’émergence de discussions indirectes sur des sujets techniques, comme la démarcation des frontières maritimes ou la coopération énergétique, sans reconnaissance officielle. Enfin, un troisième scénario plus audacieux impliquerait une normalisation progressive sous conditions, avec des garanties territoriales et économiques en échange d’un dialogue diplomatique plus large.

Quel que soit le scénario qui se dessine, la normalisation avec Israël reste un sujet brûlant au Liban et en Syrie. Washington espère que les crises économiques et l’isolement diplomatique de ces deux pays les forceront à revoir leur position, mais les résistances internes et les jeux d’influence régionaux rendent ce pari extrêmement incertain. L’avenir de cette initiative dépendra des évolutions politiques à Beyrouth et Damas, mais aussi des rapports de force au sein du Moyen-Orient.

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Newsdesk Libnanews
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