Depuis des décennies, l’Irak est au centre d’un jeu géopolitique complexe où les puissances étrangères cherchent à imposer leur influence. Ce phénomène, exacerbé après l’invasion américaine de 2003, continue de fragiliser la souveraineté du pays. Alors que l’Irak tente de stabiliser son système politique et économique, les ingérences étrangères compliquent les efforts de réconciliation nationale et de reconstruction.
Les États-Unis et l’héritage de l’invasion de 2003
L’invasion américaine de 2003 reste un tournant majeur pour l’Irak. Al Arabi Al Jadid (15 décembre 2024) souligne que cette intervention, justifiée par des accusations de possession d’armes de destruction massive, a non seulement renversé Saddam Hussein mais également détruit les infrastructures étatiques essentielles.
Aujourd’hui, bien que les troupes américaines aient été réduites, Washington maintient une présence stratégique en Irak, notamment à travers des bases militaires. Cette présence est justifiée par la lutte contre le terrorisme, mais elle suscite des critiques, notamment de la part de factions pro-iraniennes qui dénoncent une occupation prolongée. Ad Diyar (15 décembre 2024) rapporte que les manifestations anti-américaines se multiplient, alimentées par la perception que Washington agit avant tout dans son propre intérêt.
L’Iran : Une influence omniprésente
À l’opposé, l’Iran est devenu un acteur incontournable en Irak, notamment après la chute de Saddam Hussein. Téhéran soutient de nombreux groupes armés et factions politiques, souvent affiliés aux milices chiites. Al Quds (15 décembre 2024) rapporte que cette influence se manifeste à travers le financement de partis politiques, le contrôle de certaines milices et des accords économiques avantageux pour l’Iran.
Cependant, cette présence iranienne divise la société irakienne. Les communautés sunnites et kurdes, en particulier, considèrent l’Iran comme une puissance expansionniste cherchant à affaiblir l’identité nationale irakienne. Al Sharq Al Awsat (15 décembre 2024) souligne que cette polarisation ralentit les efforts de réconciliation entre les différentes communautés du pays.
La Turquie et ses ambitions dans le Nord
La Turquie joue également un rôle important dans le Nord de l’Irak, où elle mène régulièrement des opérations militaires contre les bases du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Al Arabi Al Jadid (15 décembre 2024) rapporte que ces incursions, justifiées par des préoccupations sécuritaires, sont perçues comme une violation de la souveraineté irakienne.
En parallèle, Ankara cherche à renforcer son influence économique et culturelle dans les régions sunnites et kurdes. Cette stratégie inclut la construction d’infrastructures et le développement de projets agricoles, mais elle suscite des critiques. Certains accusent la Turquie de chercher à intégrer ces régions dans sa sphère d’influence.
Les ambitions régionales de l’Arabie saoudite
L’Arabie saoudite, bien que moins impliquée militairement, tente également de jouer un rôle clé en Irak. Ad Diyar (15 décembre 2024) rapporte que Riyad finance des projets de développement dans les régions sunnites et cherche à contrer l’influence iranienne en soutenant des factions opposées à Téhéran.
Cependant, cette stratégie, bien qu’elle offre des opportunités économiques, est perçue par certains comme une tentative de diviser davantage les communautés irakiennes. Les analystes estiment que l’approche saoudienne pourrait exacerber les tensions sectaires au lieu de les résoudre.
La Chine et la Russie : Des acteurs en arrière-plan
La Chine et la Russie ont également renforcé leur présence en Irak, mais de manière plus discrète. Al Quds (15 décembre 2024) souligne que Pékin se concentre sur des investissements économiques, notamment dans les infrastructures énergétiques, tandis que Moscou cherche à établir des partenariats militaires et diplomatiques.
Ces deux puissances présentent leurs interventions comme des alternatives aux ingérences occidentales, mais leurs actions suscitent également des inquiétudes quant à leur impact à long terme sur la souveraineté irakienne.
Un équilibre difficile à maintenir
Face à ces multiples ingérences, l’Irak peine à maintenir un équilibre qui garantirait sa souveraineté. Les factions politiques internes, souvent alignées sur des puissances étrangères, rendent difficile la construction d’une vision nationale unifiée. Al Sharq Al Awsat (15 décembre 2024) rappelle que les tentatives de réforme du système politique se heurtent systématiquement aux divisions entre les alliés de l’Iran, des États-Unis et d’autres acteurs régionaux.
Cette fragmentation est particulièrement visible dans la gestion des ressources pétrolières, un secteur clé pour l’économie irakienne. Les disputes entre Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) sur la répartition des revenus du pétrole sont souvent influencées par des acteurs étrangers qui cherchent à tirer parti de ces divisions.
Des initiatives locales pour regagner la souveraineté
Malgré ces défis, certains leaders irakiens tentent de promouvoir des initiatives locales pour renforcer la souveraineté nationale. Cela inclut des appels au dialogue intercommunautaire, la lutte contre la corruption et des efforts pour diversifier l’économie. Ad Diyar (15 décembre 2024) rapporte que ces initiatives, bien que limitées, offrent une lueur d’espoir dans un contexte largement dominé par les influences étrangères.
Les experts estiment que l’Irak doit réduire sa dépendance aux puissances étrangères et investir davantage dans ses propres capacités institutionnelles. Cependant, cela nécessite une volonté politique et un consensus qui font encore défaut dans le paysage actuel.



