L’indice des loyers 2026 compare le coût moyen de location d’appartements à celui de New York City, utilisée comme référence. Une valeur de 80 signifie des loyers d’environ 20 % inférieurs à ceux de New York. L’indicateur repose sur des prix de loyers déclarés, en distinguant centre-ville et hors centre.
Dans ce cadre, Beyrouth se classe 290e sur 504 villes au niveau mondial et 6e sur 13 au niveau régional au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, avec un indice des loyers de 19,1. En lecture relative, 19,1 signifie des loyers en moyenne environ 80,9 % inférieurs à ceux de New York. Cette position situe Beyrouth dans un « milieu de tableau » régional, loin des niveaux du Golfe, mais nettement au-dessus de plusieurs capitales d’Afrique du Nord.
Le détail du classement régional: un Golfe très au-dessus, Beyrouth dans un deuxième peloton
La région est dominée par deux villes du Golfe. Abou Dhabi est 51e mondiale avec un indice de 43,9. Doha est 52e mondiale avec 43,8. En relatif, ces niveaux indiquent des loyers d’environ 56,1 % et 56,2 % inférieurs à ceux de New York, ce qui reste élevé dans un classement où beaucoup de capitales se situent très bas.
Un deuxième groupe suit, toujours ancré dans le Golfe. Riyad est 205e mondiale avec 24,5. Koweït est 225e avec 22,8. Manama est 244e avec 21,8. Beyrouth arrive ensuite, 290e avec 19,1. Le message est net. Beyrouth n’est pas au niveau de la prime locative des marchés les plus riches. Elle n’est pas non plus au plancher régional. Elle est dans une zone intermédiaire.
Plus bas dans le classement, la pente devient continue. Mascate est 343e avec 14,4. Rabat est 375e avec 12,5. Bagdad est 418e avec 10,5. Amman est 438e avec 9,3. Enfin, Tunis est 470e avec 6,3, Le Caire 471e avec 5,6, et Alger 477e avec 5,1.
Ce que disent les écarts: Beyrouth vaut 44 % d’Abou Dhabi, mais trois fois Tunis
La comparaison régionale devient parlante quand on traduit les écarts en ordres de grandeur. L’indice de Beyrouth, 19,1, représente environ 44 % de celui d’Abou Dhabi, 43,9. Il représente aussi environ 44 % de celui de Doha, 43,8. Autrement dit, la « prime Golfe » sur les loyers ressort ici comme plus du double de Beyrouth.
Dans l’autre sens, Beyrouth est très au-dessus du bas de tableau. 19,1 est environ trois fois 6,3 pour Tunis, et plus de trois fois 5,6 pour Le Caire ou 5,1 pour Alger. Cela ne signifie pas que Beyrouth est « chère » au sens absolu. Cela signifie qu’elle se situe nettement au-dessus des capitales où la pression locative, dans les données utilisées, apparaît très faible.
Entre Beyrouth et le peloton immédiatement derrière, l’écart est moins spectaculaire mais réel. Beyrouth à 19,1 est au-dessus de Mascate à 14,4, soit 4,7 points d’indice. Le différentiel est de 6,6 points avec Rabat à 12,5, de 8,6 points avec Bagdad à 10,5 et de 9,8 points avec Amman à 9,3. Ce sont des écarts qui comptent, surtout quand on raisonne en dollars, car ils influencent le coût d’installation d’entreprises, d’équipes expatriées ou d’étudiants.
Lecture économique: un indice « bas » n’est pas un soulagement si les revenus sont comprimés
Un indice de 19,1 peut donner l’impression que le logement est « bon marché » à Beyrouth. C’est une lecture incomplète. L’indice compare des loyers à New York. Il ne dit rien, à lui seul, de la capacité des ménages à payer. Dans une économie où les salaires ont été laminés en monnaie locale et où une part des loyers se négocie en espèces et en devises, un niveau relatif bas peut coexister avec une contrainte très lourde pour un salarié payé localement.
La sévérité juste consiste à distinguer deux réalités qui se superposent. Pour un acteur rémunéré en dollars, Beyrouth apparaît effectivement moins chère que les capitales du Golfe, où l’indice dépasse 43. Pour un acteur rémunéré en livres, la contrainte peut rester aiguë, car la comparaison pertinente n’est pas New York, mais le revenu disponible local. Cet indice ne tranche pas cette question. Il la rend visible indirectement, en montrant une capitale « intermédiaire » sur les loyers, dans une région très polarisée par les niveaux de revenus.
Méthode: un outil utile, mais à manier avec discipline
L’indice repose sur des données déclaratives. C’est un outil de comparaison rapide, pas un relevé statistique officiel. Il apporte une photographie relative, notamment grâce à la séparation centre-ville et hors centre. Il reste sensible à la qualité des contributions et à la structure des annonces observées. Une lecture sérieuse doit donc éviter deux excès. Le premier serait de l’ignorer, alors qu’il donne un repère régional cohérent et détaillé. Le second serait de le traiter comme une vérité définitive, alors qu’il s’agit d’un indicateur indicatif.
Dans ce cadre, le classement de Beyrouth, 290e sur 504 dans le monde et 6e sur 13 dans la région, avec un indice de 19,1, décrit un marché locatif qui n’a ni la prime du Golfe, ni les niveaux très bas de plusieurs capitales d’Afrique du Nord. C’est une position de milieu, qui peut paraître « normale » sur le papier, mais qui reste économiquement fragile tant que la question des revenus et de la formalisation des transactions immobilières n’est pas stabilisée.



