Le 5 mars 2025, dans une allocution télévisée adressée à la nation française, le président Emmanuel Macron a jeté un pavé dans la mare de la géopolitique européenne. Face à une salle silencieuse à l’Élysée, il a annoncé son intention d’ouvrir un débat stratégique sur l’extension de la dissuasion nucléaire française à ses partenaires européens, tout en évoquant la possibilité d’envoyer des troupes européennes en Ukraine pour garantir un éventuel accord de paix.
Ces déclarations, prononcées alors que l’Europe s’inquiète des bouleversements transatlantiques provoqués par le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, marquent une inflexion majeure dans la vision de Macron pour la sécurité du continent. « Les Français ont légitimement raison de s’inquiéter du début d’une nouvelle ère », a-t-il reconnu, soulignant les incertitudes nées de la politique américaine envers l’Ukraine et de la menace croissante que représente la Russie. Alors que Trump pousse pour une fin rapide de la guerre russo-ukrainienne par des négociations directes avec Moscou, Macron insiste : « La paix ne peut être conclue à n’importe quel prix » et un cessez-le-feu « trop fragile » serait voué à l’échec. Entre la menace russe, les ambitions nucléaires et les tensions avec Washington, cette annonce repositionne la France comme un acteur central dans une Europe en quête d’autonomie face à un monde en mutation.
Une nouvelle ère sous Trump : l’ombre d’un retrait américain
Le retour de Donald Trump à la présidence des États-Unis le 20 janvier 2025 a immédiatement secoué les fondations de l’alliance transatlantique, vieille de 75 ans. Lors de sa première administration (2017-2021), Trump avait déjà remis en question l’engagement américain dans l’OTAN, qualifiant l’alliance d’« obsolète » et exigeant que les Européens augmentent leurs dépenses militaires pour atteindre les 2 % du PIB promis en 2014. En 2025, sa politique isolationniste s’est accentuée : dès février, il a suspendu une aide militaire de 61 milliards de dollars à l’Ukraine, gelée par le Congrès sous Biden en 2024, et a entamé des pourparlers directs avec Vladimir Poutine pour mettre fin à l’invasion russe débutée le 24 février 2022. Lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche le 24 février 2025, Trump a déclaré vouloir « régler la guerre en Ukraine en quelques semaines », une ambition qui a alarmé les capitales européennes.
Macron, dans son discours du 5 mars, a capturé cette inquiétude : « Je veux croire que les États-Unis resteront à nos côtés, mais nous devons nous préparer à ce que cela ne soit pas le cas. » Cette phrase, prononcée avec gravité, reflète une prise de conscience brutale : après des décennies de dépendance envers le parapluie nucléaire américain – qui protège les 32 membres de l’OTAN avec environ 5 000 ogives – l’Europe doit envisager un avenir où Washington pourrait se désengager. En 2024, les États-Unis ont maintenu 40 000 soldats en Europe, dont 20 000 en Allemagne, mais Trump a laissé entendre en février 2025 que ce déploiement pourrait être réduit, arguant que « l’Europe doit payer pour sa propre défense ». Cette menace a poussé Macron à accélérer sa doctrine d’« autonomie stratégique », un concept qu’il défend depuis son discours de la Sorbonne en 2017, où il appelait à une Europe capable de se protéger seule.
Le revirement de Trump sur l’Ukraine a été un catalyseur. Lors d’une rencontre tendue avec Volodymyr Zelensky à Washington le 28 février 2025, Trump a accusé le président ukrainien de « jouer avec la Troisième Guerre mondiale » en refusant un cessez-le-feu immédiat, une altercation publique qui a choqué les Européens. Macron, qui avait rencontré Trump le 24 février à la Maison Blanche, a tenté de calmer le jeu, plaidant pour une « paix durable » plutôt qu’une capitulation de Kyiv. En 2025, l’Ukraine a perdu 20 % de son territoire – environ 120 000 kilomètres carrés – à la Russie, et ses forces, bien que soutenues par 50 milliards de dollars d’aide européenne depuis 2022, sont épuisées après trois ans de guerre. Face à cette réalité, Macron voit dans l’incertitude américaine une opportunité de repositionner l’Europe comme un acteur autonome, avec la France en première ligne.
La menace russe : un défi existentiel pour l’Europe
Macron n’a pas mâché ses mots sur la Russie dans son allocution du 5 mars : « La Russie est devenue, au moment où je vous parle et pour les années à venir, une menace pour la France et l’Europe. » Cette affirmation s’appuie sur une série d’événements qui ont redessiné la perception européenne de Moscou. L’invasion de l’Ukraine en 2022, qui a causé plus de 500 000 morts et blessés combinés selon les estimations de l’ONU en 2025, a marqué un tournant. En 2024, la Russie a intensifié ses frappes sur les infrastructures ukrainiennes, détruisant 70 % du réseau électrique, et a menacé à plusieurs reprises de recourir à des armes nucléaires tactiques – environ 1 800 ogives dans son arsenal – si l’Occident intervenait davantage. « Qui peut croire que cette Russie d’aujourd’hui s’arrêtera à l’Ukraine ? » a interrogé Macron, soulignant une agressivité qui « ne semble pas connaître de frontières ».
Le conflit au Liban en 2024, où Israël a affronté le Hezbollah – un allié de l’Iran et, par extension, de la Russie – a amplifié ces craintes. Entre octobre 2023 et novembre 2024, cette guerre a tué 4 100 Libanais et détruit 30 000 bâtiments, selon les chiffres de mars 2025, renforçant l’idée d’un axe russo-iranien prêt à déstabiliser les voisins de l’Europe. En février 2025, une frappe israélienne à Beyrouth a éliminé un haut commandant du Hezbollah, provoquant des représailles iraniennes – 180 missiles lancés sur Israël – qui ont mis en lumière la capacité de Moscou à soutenir ses partenaires à distance. En parallèle, des cyberattaques russes ont ciblé des infrastructures européennes : en janvier 2025, un piratage a paralysé le réseau électrique de 500 000 foyers en Pologne pendant 48 heures, un acte attribué à des hackers liés au Kremlin.
Macron a insisté sur l’imprévisibilité de la Russie : « On ne peut plus faire confiance à la parole de la Russie. » Cette méfiance découle des échecs des accords de Minsk (2014-2015), qui n’ont pas empêché l’annexion de la Crimée ni la guerre dans le Donbass, et des violations répétées du cessez-le-feu en Ukraine en 2024 – plus de 1 000 incidents signalés, selon la FINUL. En 2025, la Russie maintient 150 000 soldats en Ukraine occupée et a accru son budget militaire à 120 milliards de dollars, soit 6 % de son PIB, contre 4 % en 2021. Face à cette menace, Macron appelle à une réponse européenne unifiée, où la France, avec ses 290 ogives nucléaires et son budget militaire de 50 milliards d’euros en 2025, pourrait jouer un rôle de bouclier continental.
La dissuasion nucléaire française : une offre historique
L’annonce la plus audacieuse de Macron concerne la dissuasion nucléaire française. « J’ai décidé d’ouvrir le débat stratégique sur la protection de nos alliés sur le continent européen par notre dissuasion nucléaire », a-t-il déclaré le 5 mars, tout en précisant que l’usage des armes nucléaires resterait une prérogative exclusive du président français. Cette proposition répond à une suggestion « historique » de Friedrich Merz, leader conservateur allemand et probable prochain chancelier après la victoire de la CDU aux élections de février 2025. En janvier, Merz avait appelé à un « partage nucléaire » avec la France et le Royaume-Uni, les deux seules puissances nucléaires d’Europe hors Russie, pour contrer les incertitudes liées à Trump et à l’OTAN.
La France dispose d’une force de dissuasion autonome depuis 1960, sous Charles de Gaulle, avec 290 ogives déployées sur quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et des Rafale équipés de missiles air-sol. En 2025, cette force consomme 4,5 milliards d’euros par an, soit 10 % du budget de défense, et est conçue pour protéger les « intérêts vitaux » de la nation, un concept laissé à la discrétion du président. Macron, dans son discours de l’École militaire en 2020, avait déjà élargi cette définition à une « dimension européenne », une idée qu’il réitère en 2025 face à une menace russe jugée imminente. « Rester spectateur dans ce monde de danger serait une folie », a-t-il averti, proposant que cette dissuasion puisse devenir un « bouclier » pour les 27 membres de l’UE, qui comptent 450 millions d’habitants.
Cette offre soulève des défis majeurs. En 2025, l’OTAN repose sur les 5 000 ogives américaines, dont 100 sont déployées en Europe (Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Turquie), contre seulement 300 pour le Royaume-Uni et 290 pour la France. Étendre la dissuasion française requerrait une coordination sans précédent : la France, qui a quitté le commandement intégré de l’OTAN en 1966 avant d’y revenir en 2009, garde jalousement son indépendance nucléaire. En février 2025, le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, a réaffirmé que « la main sur le bouton » resterait française, excluant un partage direct des armes. Mais Merz, soutenu par des pays comme la Pologne – qui héberge 5 000 soldats américains – voit dans cette initiative une alternative crédible à un éventuel retrait américain, une perspective renforcée par les 25 % de droits de douane sur les produits européens promis par Trump en mars 2025.
Des troupes européennes en Ukraine : une paix sous surveillance
Macron a également évoqué l’envoi de troupes européennes en Ukraine pour garantir un accord de paix, une proposition qui a fait bondir les chancelleries. « Une paix en Ukraine pourrait être soutenue, peut-être, par le déploiement de forces européennes », a-t-il déclaré le 5 mars, précisant que ces troupes « ne combattront pas aujourd’hui, ni sur la ligne de front, mais seront là, une fois un accord signé, pour garantir son plein respect ». Cette idée, esquissée lors de discussions avec Trump le 24 février 2025 à Washington, vise à répondre à la volonté de Trump de déléguer la sécurité ukrainienne à l’Europe tout en évitant une capitulation de Kyiv face à Moscou. En mars 2025, les chefs d’état-major européens doivent se réunir à Paris pour planifier ce soutien post-conflit.
Le contexte est tendu. En 2025, la guerre russo-ukrainienne, qui a déplacé 8 millions de personnes et détruit 50 % des infrastructures du pays, reste gelée après un cessez-le-feu fragile en décembre 2024, négocié par Trump à Riyad. Ce cessez-le-feu, qui a stoppé les combats après 500 000 pertes cumulées, n’a pas résolu le contrôle des 20 % du territoire occupé par la Russie – Crimée, Donbass, et parties de Zaporijjia et Kherson. Zelensky, lors d’une rencontre avec Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer à Londres le 2 mars 2025, a appelé à une « trêve dans les airs et en mer » comme première étape, une idée que Macron soutient pour tester la bonne foi de Poutine. En février 2025, Trump avait affirmé que Poutine accepterait des forces de paix européennes – environ 30 000 soldats envisagés par Starmer – mais Moscou a rejeté cette hypothèse le 26 février, la qualifiant d’« ingérence ».
Pour Macron, ce déploiement est une garantie contre une nouvelle agression russe : « Nous devons nous assurer que l’Ukraine ne soit pas envahie à nouveau par la Russie. » En 2025, l’Ukraine dispose de 700 000 soldats, mais son économie, avec un PIB réduit à 100 milliards de dollars contre 200 milliards en 2021, dépend de 50 milliards d’euros d’aide européenne depuis 2022. Un contingent européen, stationné loin des lignes de front – peut-être à Odessa ou Kyiv – pourrait sécuriser les frontières et les infrastructures, un rôle que la France, avec ses 200 000 soldats actifs, et le Royaume-Uni, avec 150 000, pourraient coordonner. Mais cette proposition divise : en mars 2025, la Pologne (200 000 soldats) et les pays baltes soutiennent l’idée, tandis que l’Allemagne (180 000 soldats) et l’Italie (170 000) hésitent, craignant une escalade avec Moscou.
Les tensions transatlantiques : Trump et les tarifs douaniers
Les déclarations de Macron s’inscrivent dans un climat de défiance croissante avec Washington. En mars 2025, Trump a menacé d’imposer des tarifs de 25 % sur les importations européennes, une mesure visant à rééquilibrer un déficit commercial de 180 milliards de dollars avec l’UE en 2024. « Incompréhensible », a jugé Macron le 5 mars, espérant « dissuader » Trump lors d’une éventuelle visite conjointe avec Zelensky et Starmer à Washington, une idée évoquée par la porte-parole française Sophie Primas le même jour, bien que l’Élysée ait tempéré en précisant qu’aucun voyage n’était confirmé « à ce stade ». En 2024, les exportations françaises vers les États-Unis – vin, aéronautique, luxe – ont atteint 50 milliards de dollars, et ces tarifs pourraient coûter 10 milliards d’euros à l’économie française, selon les estimations de Bercy.
Cette menace commerciale s’ajoute à la rupture sur l’Ukraine. Lors de sa rencontre avec Macron le 24 février, Trump a insisté pour que l’Europe « prenne en charge » la sécurité ukrainienne, un fardeau estimé à 20 milliards d’euros par an par le Royaume-Uni. En 2025, l’UE a déjà versé 50 milliards d’euros à Kyiv depuis 2022, contre 61 milliards de dollars américains avant le gel de Trump, une disparité que Macron a corrigée en public : « Nous avons payé 60 % de l’effort total, pas prêté. » Cette divergence a culminé avec la visite chaotique de Zelensky à Washington le 28 février, où Trump et son vice-président JD Vance l’ont accusé de prolonger la guerre, un contraste avec les efforts de Macron et Starmer pour maintenir un front uni européen.
Une Europe en réarmement : vers une défense autonome
Face à ces défis, Macron a appelé à un réarmement européen lors de son discours du 5 mars, à la veille d’un sommet de l’UE à Bruxelles le 6 mars sur la défense continentale. « Nous avons besoin de nouveaux choix budgétaires et d’investissements supplémentaires », a-t-il plaidé, annonçant une hausse du budget militaire français – 50 milliards d’euros en 2025, contre 40 milliards en 2022 – sans augmenter les impôts, mais via des « choix difficiles ». En 2025, l’UE compte 1,5 million de soldats cumulés, mais ses capacités – satellites, drones, missiles longue portée – dépendent encore des États-Unis, qui dépensent 900 milliards de dollars par an en défense contre 300 milliards pour l’UE.
Le sommet de Bruxelles, auquel Zelensky est invité, vise à coordonner ces efforts. En février 2025, l’Allemagne a porté son budget militaire à 70 milliards d’euros (2 % du PIB), et le Royaume-Uni prévoit d’atteindre 2,5 % d’ici 2028, soit 80 milliards de livres. La France, avec 2,1 % en 2025, pousse pour une industrie de défense européenne : en 2024, Airbus et MBDA ont livré 500 drones et 1 000 missiles à l’UE, mais la production reste insuffisante face aux 10 000 drones russes déployés en Ukraine. Macron, en accueillant les chefs d’état-major à Paris la semaine suivante, veut poser les bases d’une force européenne autonome, un projet soutenu par Merz, qui voit dans la coopération franco-allemande un moteur pour l’UE.
Un pari risqué : Macron face à l’histoire
L’annonce de Macron le 5 mars 2025 – nucléaire et troupes en Ukraine – est un pari audacieux. En France, elle divise : Marine Le Pen, leader du Rassemblement national, a dénoncé le 3 mars un « abandon » de la dissuasion nationale, tandis que le ministre de la Défense Lecornu a rassuré que « les armes resteront françaises ». À l’échelle européenne, elle suscite l’espoir – 62 % des Polonais soutiennent une dissuasion partagée, selon un sondage de février 2025 – mais aussi le scepticisme : en Allemagne, 55 % des citoyens préfèrent l’OTAN à une solution française, selon une étude de mars. En 2025, l’UE reste fragmentée : la Hongrie de Viktor Orban, qui a rencontré Macron le 5 mars à Paris, continue de s’opposer à une ligne dure contre la Russie, vantant ses liens avec Trump et Poutine.
Pour Macron, ce moment est historique. En 2025, la Russie menace avec 1 800 ogives tactiques et 150 000 soldats en Ukraine, tandis que Trump redessine l’ordre mondial avec ses tarifs et son désengagement. En proposant un bouclier nucléaire et des troupes en Ukraine, Macron place la France au centre d’une Europe en quête d’autonomie, mais le succès dépendra de sa capacité à rallier ses partenaires – Allemagne, Pologne, Royaume-Uni – et à convaincre Trump de ne pas abandonner totalement l’Ukraine. Alors que le sommet de Bruxelles s’ouvre le 6 mars, l’Europe retient son souffle : entre menace russe et incertitude américaine, Macron joue gros pour façonner l’avenir du continent.



