Les derniers articles

Articles liés

Majdal Zoun : réactions politiques et diplomatiques après la mort de six soldats

- Advertisement -

L’explosion meurtrière survenue le samedi 9 août 2025 dans le secteur de Wadi Zibqine–Majdal Zoun (caza de Tyr, Sud-Liban) continue de susciter de vives réactions, tant au Liban qu’à l’étranger. Six militaires de l’armée libanaise y ont trouvé la mort, cinq ont été blessés, lors d’une opération de retrait et de neutralisation de munitions dans un tunnel attribué au Hezbollah. Ce drame, survenu dans une zone surveillée par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), ravive les tensions sur la question du monopole des armes par l’État et sur la présence d’arsenaux non étatiques au sud du Litani.


Réactions des autorités libanaises : unité dans la douleur, divergence dans les nuances

Joseph Aoun, président de la République, s’est exprimé depuis le palais de Baabda dans une allocution télévisée. Il a rendu hommage aux « martyrs de l’armée » tombés « dans l’accomplissement de leur devoir de protection de la patrie », présentant ses condoléances aux familles endeuillées et ordonnant que les frais des obsèques soient pris en charge par l’État. « L’armée est le rempart de la nation. Elle ne reculera pas devant ceux qui menacent la paix civile », a-t-il affirmé, ajoutant que « les circonstances seront élucidées, et toute vérité dite, quelle qu’elle soit ».

Nawaf Salam, Premier ministre, a choisi un ton plus offensif, dénonçant « un crime grave qui ne saurait rester impuni ». Il a réaffirmé la nécessité de « garantir l’exclusivité des armes à l’État », soulignant que cet objectif « n’est pas négociable » et que « chaque incident de ce type renforce notre détermination à le réaliser ». Son intervention a été perçue comme un signal politique à la fois interne et externe, adressé aux partenaires internationaux et aux acteurs locaux armés.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Le général Joseph Khalil, commandant en chef de l’armée, s’est rendu sur place dès le dimanche 10 août. Dans un point presse, il a précisé que « les hommes intervenaient sur un site recensé deux jours plus tôt par la FINUL, où des munitions et des roquettes avaient été identifiées ». Il a insisté sur le fait que « la mission visait à neutraliser une menace directe pour les civils », et que l’enquête technique, confiée au parquet militaire, déterminerait si l’explosion relevait d’une erreur de manipulation, d’un piégeage ancien ou d’une autre cause.


Les réactions des forces politiques : solidarité affichée, débats en filigrane

Naim Kassem, secrétaire général du Hezbollah, a exprimé ses « condoléances sincères » aux familles des militaires et salué « le rôle de l’armée dans la défense du Liban ». Il a toutefois mis en garde contre « l’instrumentalisation politique » de l’incident, accusant « l’ennemi israélien » de vouloir « semer la discorde interne ». Cette posture traduit la volonté du Hezbollah de maintenir une image de coopération avec l’armée tout en déplaçant le soupçon vers Israël.

Samir Geagea, chef des Forces libanaises, a adopté un discours plus frontal : « Tant que des dépôts d’armes illégaux subsisteront sur notre sol, nous serons exposés à ce genre de tragédies », a-t-il déclaré. Il a appelé le gouvernement à « agir immédiatement » pour désarmer toutes les milices et « restaurer pleinement la souveraineté de l’État ».

Walid Joumblatt, leader du Parti socialiste progressiste, a réagi sur les réseaux sociaux en rendant hommage aux « héros de l’armée », tout en plaidant pour « une enquête impartiale, à l’abri de toute influence politique ». Il a également mis en garde contre « la tentation de régler des comptes politiques sur le dos de la sécurité nationale ».

Gebran Bassil, chef du Courant patriotique libre, a exprimé sa « solidarité totale » avec les forces armées, mais a appelé à « éviter les accusations prématurées », affirmant que « seule une enquête professionnelle et indépendante » permettra d’établir les responsabilités.

Du côté du bloc Amal, Nabih Berri, président du Parlement, a publié un court communiqué saluant « le sacrifice ultime des soldats » et appelant à « l’unité nationale face aux menaces extérieures ». Sa déclaration, brève et consensuelle, s’inscrit dans la ligne habituelle d’Amal sur ce type d’incidents.


Échos internationaux : solidarité et préoccupations

La FINUL, par la voix de son porte-parole Andrea Tenenti, a présenté ses « profondes condoléances à l’armée et aux familles ». Elle a confirmé que ses observateurs avaient « documenté, deux jours avant l’incident, la présence de roquettes, d’armes et de tunnels dans la zone de Wadi Zibqine » et a réaffirmé « sa détermination à poursuivre la coopération étroite avec l’armée libanaise pour la mise en œuvre de la résolution 1701 ».

La France, par un communiqué de son ministère des Affaires étrangères, a condamné « avec la plus grande fermeté » l’explosion et rappelé « son soutien constant à l’armée libanaise, garante de la stabilité du pays ». Paris a également insisté sur « l’urgence de mettre fin à la circulation d’armes non contrôlées » au Liban.

Les États-Unis, via le Département d’État, ont exprimé leurs condoléances et leur « inquiétude quant à la persistance de dépôts d’armes illégaux au Sud-Liban ». Washington a réaffirmé que « le monopole des armes doit revenir exclusivement à l’État libanais » et a proposé « un soutien technique et logistique » aux opérations de sécurisation.

Israël a officiellement nié toute implication dans l’explosion. Un porte-parole de l’armée israélienne a déclaré : « Il s’agit d’un incident interne libanais. Nous n’avons aucune part dans cette tragédie. » Israël a cependant rappelé sa position selon laquelle « le stockage d’armes par le Hezbollah dans des zones civiles constitue une menace pour toute la région ».

L’Union européenne a également réagi, exprimant sa « solidarité avec l’armée libanaise » et appelant à « éviter toute escalade » dans le sud du pays.


Un drame qui pèse sur l’agenda sécuritaire

Ces réactions révèlent un double mouvement : d’un côté, un consensus apparent autour du soutien à l’armée et de l’exigence d’une enquête ; de l’autre, des lignes de fracture persistantes sur la question du désarmement des milices et du rôle du Hezbollah. L’écho international, quant à lui, met en relief l’enjeu stratégique que représente le Sud-Liban, où se croisent les intérêts sécuritaires du Liban, d’Israël et des acteurs internationaux.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi