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Majdal Zoun : six soldats tués dans un tunnel — ce que l’on sait

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Les faits établis

Samedi 9 août 2025, une explosion meurtrière s’est produite dans le secteur de Wadi Zibqine–Majdal Zoun (caza de Tyr, Sud-Liban). Six militaires y ont perdu la vie alors qu’une équipe de l’armée intervenait sur un site recensé pour la présence d’armements et de munitions. Selon le récit officiel, le drame s’est produit au moment où une unité spécialisée procédait au retrait et à la neutralisation de ces munitions : « explosion de munitions au sein d’une unité du génie au cours d’une opération de retrait et de désamorçage ». Cette séquence est au cœur de la reconstitution initiale des événements par le commandement militaire. 

Le bilan humain est précis : six morts au sein de l’armée, cinq blessés. La composition de la patrouille a été détaillée : quatre militaires appartenaient au 5e brigade, deux au régiment du génie. Ces éléments donnent la mesure de l’exposition opérationnelle de l’armée dans un secteur où la gestion d’anciens stocks d’armements et de dépôts clandestins reste un risque permanent. 

Le site en question

Le lieu de l’explosion n’était pas anodin. Il s’agissait d’une installation souterraine — décrite comme un tunnel — liée au Hezbollah. Des sources concordantes la qualifient explicitement de « tunnel appartenant au Hezbollah », ce qui éclaire la sensibilité du périmètre et la nature des matériaux présents. 

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Autre donnée significative pour l’enquête : moins de quarante-huit heures avant le drame, un détachement français de la FINUL avait photographié et signalé la même structure à Wadi Zibqine. La description faisait état de roquettes, d’armes, de munitions et d’un réseau d’« anfractuosités/tunnels ». Ce marquage préalable contribue à replacer l’intervention de l’armée dans une séquence de repérage et de sécurisation entamée en amont. 

Comment la séquence a basculé

Le déclencheur de la déflagration est au centre des investigations. À ce stade, la mécanique du drame se lit en trois temps : repérage/identification de la structure et de son contenu ; engagement d’une équipe du génie pour le retrait/neutralisation ; explosion au cours de cette manœuvre. Les premières hypothèses techniques évoquent l’instabilité de munitions stockées dans un milieu fermé, combinée aux risques inhérents aux opérations de neutralisation dans des volumes confinés. La version militaire parle d’« explosion de munitions dans l’unité du génie pendant le retrait et la neutralisation », sans trancher publiquement sur l’élément précis d’amorçage. 

Dans le même temps, le contexte opérationnel — tunnel armé, présence antérieure d’engins et de roquettes — milite pour une procédure d’expertise méticuleuse des reliquats, des détonateurs et des résidus d’explosifs. Les enquêteurs examinent à la fois la chaîne de manipulation, l’état des charges, et l’hypothèse d’un piégeage passif oublié dans le temps. À ce stade, la communication officielle reste prudente.

Les six militaires tombés : identités et parcours

Les autorités ont rendu publiques les identités des six soldats morts à Majdal Zoun. Les faire connaître n’est pas un simple devoir de mémoire ; cela éclaire aussi la composition de l’unité, sa jeunesse et son ancrage dans le pays.

Le plus gradé est l’adjudant-chef (mouʾahed awwal) Abbas Fawzi Salhab, originaire de Younine (Baalbek). Il s’était engagé depuis de longues années et avait reçu plusieurs distinctions et félicitations de la hiérarchie. Marié, père d’un enfant, son profil illustre ces sous-officiers d’expérience qui encadrent les plus jeunes sur des missions à haut risque. 

Mohammad Ali Chkeir, engagé comme conscrit, est originaire de Lilaki (Bʿabda). Il avait rejoint l’armée à l’automne 2024 et s’était signalé par des notations élogieuses et des encouragements répétés de sa chaîne hiérarchique. 

Ibrahim Khalil Mustafa, conscrit, venait de Majdaloun (Baalbek). Incorporé à l’été 2023, il avait été distingué à plusieurs reprises. Son nom apparaît aussi dans les comptes rendus locaux des cérémonies funéraires qui ont accompagné ces obsèques multiples. 

Ahmad Fadi Fadel, conscrit, est originaire de Ghobeiry (Bʿabda). Incorporé début 2023, il avait, lui aussi, reçu des témoignages écrits d’appréciation de la part du commandement. 

Yamen al‑Hallak, conscrit de Qarha (Akkar), s’était engagé fin 2024. Son dossier comporte des notes de satisfaction et des félicitations. 

Hadi Nasser al‑Bay, conscrit, était, lui, originaire de Tyr. Incorporé à l’été 2023, il avait été l’objet de distinctions comparables à celles de ses camarades. 

Les itinéraires des dépouilles ont suivi la carte intime du pays : Riyaq–Zahlé, Ghobeiry–Bʿabda, Majdaloun–Baalbek, Dbaal–Tyr, avec honneurs militaires, décorations de guerre et de blessé, et recueillement populaire. La solennité des cérémonies a rappelé le lien viscéral entre l’institution militaire et la société. 

À qui appartenait le site ?

C’est l’un des points qui alimentent légitimement les questions publiques. Les premières informations concordantes le précisent : la structure où s’est produite l’explosion est décrite comme un « tunnel appartenant au Hezbollah ». Le libellé ne laisse guère d’ambiguïté sur la nature du site. Il est par ailleurs cohérent avec la typologie du contenu signalé par la FINUL sur ce même site deux jours avant le drame : roquettes, armes, munitions, cavités. Autrement dit, l’équipe du génie intervenait dans une installation clandestine militarisée, dans un secteur frontalier où l’armée tente, depuis des mois, de cartographier et neutraliser des dépôts anciens et récents. 

Pourquoi et comment : les hypothèses de travail

Trois variables sont prises en compte.

La première est opérationnelle : la dangerosité intrinsèque de munitions instables, parfois stockées et ré‑employées sur de longues périodes, dans des volumes confinés. Dans cette hypothèse, un « accident de manipulation » — au sens large — demeure plausible, surtout lorsque des équipes interviennent sur des chaînes d’armements hétérogènes laissées en l’état. Un interlocuteur officiel a, d’ailleurs, privilégié l’hypothèse de l’erreur humaine, tout en excluant, à ce stade, la thèse d’un ciblage délibéré. 

La deuxième est technique : un piégeage ancien, oublié ou non détecté lors de l’évaluation initiale, qui aurait transformé une manœuvre de retrait en détonation. Cette piste reste à documenter par l’exploitation des résidus et l’analyse balistique.

La troisième est politico‑militaire : un « rôle israélien » évoqué par certains acteurs du débat interne, au motif que l’explosion pourrait viser à créer une rupture de confiance entre l’armée et le Hezbollah. Cette suspicion existe dans l’espace public, mais elle ne s’appuie, à ce stade, sur aucun élément probatoire connu de l’enquête. Le corpus factuel actuellement partagé par l’institution militaire privilégie, en creux, une cause interne au site. 

Ce que la FINUL avait vu, ce que l’armée venait faire

Le passage de la FINUL, deux jours avant le drame, a une double portée. D’abord, il atteste l’existence d’un point chaud, repéré et documenté ; ensuite, il signale la nature des charges présentes, de type roquettes et munitions, en lien avec un réseau de tunnels. Dans cette logique, l’intervention de l’armée — et plus précisément du génie — correspond à une phase classique : sécuriser, inventorier, retirer, neutraliser. La violence de la détonation a interrompu cette séquence. Le fait que la structure soit attribuée au Hezbollah et que son contenu ait été identifié publiquement en amont pèse désormais sur les suites techniques et politiques. 

La dimension humaine : l’épreuve d’une armée et d’un pays

Au‑delà des hypothèses et des responsabilités, la réalité de terrain s’impose : six familles sont endeuillées, une unité est décimée, et le pays a rendu des funérailles nationales à des soldats morts en service. Les témoignages des obsèques — honneurs, décorations, foule — disent la gravité du moment. Les profils des victimes — un sous‑officier expérimenté et cinq jeunes conscrits — renvoient à une armée où la transmission de l’expérience côtoie les premiers gestes opérationnels des plus jeunes, souvent affectés aux tâches les plus pénibles des interventions sur munitions. 

Les retombées sécuritaires et politiques immédiates

Le drame intervient alors que l’exécutif a enclenché la mise en œuvre du principe d’exclusivité des armes par l’État, avec des discussions sensibles sur la méthodologie, le phasage et la zone prioritaire au sud du Litani. Le choc de Majdal Zoun a renforcé, à la fois, l’élan de soutien public à l’armée et la polarisation du débat sur le rythme d’exécution et les lignes rouges. Le rappel que quatre des six victimes provenaient du 5e brigade et deux du génie souligne la centralité de l’institution militaire dans toute stratégie de sécurisation : ce sont ses hommes qui opèrent, et ce sont eux qui paient, les premiers, le prix des déminages et retraits d’arsenaux. 

Le débat sur les responsabilités

La question « à qui incombent les responsabilités ? » appelle une réponse à plusieurs niveaux et, pour l’instant, non définitive.

Responsabilité de fait, d’abord : celle qui découle de la présence avérée d’armes, de roquettes et de munitions dans un tunnel clandestin du Hezbollah, au cœur d’un village du Sud. Ce simple constat, public et documenté, inscrit une part de responsabilité structurelle dans la décision d’avoir stocké et maintenu un tel arsenal dans un environnement civil. 

Responsabilité procédurale, ensuite : celle qui dépendra de l’enquête sur la chaîne de manipulation et de sécurité lors de l’intervention du génie. Si une erreur humaine est confirmée, elle devra être dite. Si un piège ancien est caractérisé, il faudra l’établir ; s’il s’agit d’une réaction imprévisible d’un stock instable, il conviendra de re‑penser les protocoles d’approche et d’extraction dans des tunnels. À ce stade, l’orientation « erreur humaine » est évoquée par une source officielle, mais rien n’est scellé. 

Responsabilité externe, enfin : l’hypothèse d’une action israélienne délibérée est agitée dans le débat intérieur. Elle réapparaît de manière quasi réflexe à chaque incident majeur au Sud. Pour l’heure, le matériau public disponible ne permet pas de l’étayer. L’enquête militaire, encore en cours, n’a pas, à ce stade, accrédité un scénario d’attaque extérieure ciblée contre l’unité. 

Après Majdal Zoun : quelles mesures ?

Trois enseignements opérationnels s’imposent déjà.

Le premier concerne la cartographie exhaustive des « chaînes » de dépôts et tunnels similaires au sud du Litani. La mise à jour de ces données, conjuguée à un dialogue — fût‑il minimal — avec les acteurs de terrain, réduira l’exposition des équipes et limitera les interventions à l’aveugle. 

Le deuxième tient à la doctrine d’intervention du génie dans des structures souterraines. Les procédures de reconnaissance, de dégazage, de triangulation des charges et de neutralisation dans des tunnels doivent bénéficier d’un surcroît de moyens et de temps, sur des fenêtres sécurisées plus longues, pour limiter le risque de détonation imprévue.

Le troisième relève du cadre politico‑sécuritaire : si l’exclusivité des armes par l’État doit être autre chose qu’un slogan, alors l’appui politique, logistique et judiciaire à l’armée devra être continu et lisible, y compris lorsque les opérations s’attaquent à des réseaux souterrains hérités d’années de conflictualité.

Ce que l’on peut dire sans spéculation

À l’heure où l’émotion est grande, la tentation de projeter des lectures définitives est forte. Les faits vérifiés autorisent toutefois des conclusions limitées mais solides : l’explosion a eu lieu lors d’une opération de retrait/neutralisation menée par le génie ; elle s’est produite dans un tunnel clandestin attribué au Hezbollah et répertorié publiquement deux jours auparavant par la FINUL comme contenant roquettes et munitions ; le bilan est de six morts, identifiés et inhumés avec les honneurs, et cinq blessés ; l’hypothèse d’une erreur humaine est évoquée par une source officielle, quand un « rôle israélien » est évoqué dans l’espace public sans corroboration factuelle à ce stade. 


Les six soldats tombés à Majdal Zoun (récapitulatif)

Adjudant‑chef Abbas Fawzi Salhab (Younine–Baalbek) ; conscrit Mohammad Ali Chkeir (Lilaki–Bʿabda) ; conscrit Ibrahim Khalil Mustafa (Majdaloun–Baalbek) ; conscrit Ahmad Fadi Fadel (Ghobeiry–Bʿabda) ; conscrit Yamen al‑Hallak (Qarha–Akkar) ; conscrit Hadi Nasser al‑Bay (Tyr). Obsèques à Riyaq–Zahlé, Ghobeiry–Bʿabda, Majdaloun–Baalbek, Dbaal–Tyr, avec honneurs militaires et décorations.

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